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Hier ‚ÄĒ 22 septembre 2017Framablog

Un cas de dopage : Gégé sous l’emprise du Dr Valvin

Par Goofy

Quand un libriste s’amuse √† reprendre et d√©velopper spectaculairement un petit Framaprojet, √ßa m√©rite bien une interview¬†! Voici Valvin, qui a dop√© notre, –¬†non, votre Geektionnerd Generator aux st√©ro√Įdes¬†!

G√©g√©, le g√©n√©rateur de Geektionnerd, est un compagnon d√©j√† ancien de nos illustrations plus ou moins humoristiques. Voil√† 4 ans que nous l’avons mis √† votre disposition, comme en t√©moigne cet article du Framablog qui vous invitait √† vous en servir en toute occasion. Le rapide historique que nous mentionnions √† l’√©poque, c’est un peu une cha√ģne des relais qui se sont succ√©d√© de William Carvalho jusqu’√† Gee et ses toons en passant par l’intervention en coulisses de Cyrille et Quentin.

Vous le savez, hormis le fr√©n√©tique Luc qu’on est oblig√©s de piquer d’une fl√®che hypodermique pour l’emp√™cher de coder √† toute heure, on d√©veloppe peu √† Framasoft. Aussi n’est-il gu√®re surprenant que ce petit outil ludique soit rest√© en sommeil sans √©volution particuli√®re pendant ces derni√®res ann√©es o√Ļ la priorit√© allait aux services de D√©googlisons.

Enfin Valvin vint, qui √† l’occasion de l’ajout d’une tripot√©e de nouveaux personnages se mit √† coder vite et bien, poursuivant avec la complicit√© de Framasky – √ī Beaut√© du code libre¬†! – la cha√ģne amicale des contributeurs.

Mais faisons connaissance un peu avec celui qui vient d’ajouter g√©n√©reusement des fonctionnalit√©s sympathiques √† G√©g√©.

Commen√ßons par l’exercice rituel¬†: peux-tu te pr√©senter pour nos lecteurs et lectrices. Qui es-tu, Valvin¬†?

Salut Framasoft, je suis donc Valvin, originaire de Mont√©limar, j’habite maintenant dinch Nord avec ma petite famille. Je suis un peu touche-√†-tout et il est vrai que j’ai une attirance particuli√®re pour le Libre mais pas uniquement les logiciels.

 

Qu’est-ce qui t’a amen√© au Libre¬†? Tu es tomb√© dedans quand tu √©tais petit ou bien tu as eu droit √† une potion magique¬†?

J’ai commenc√© en tant qu’ing√©nieur sur les technologies Microsoft (d√©veloppement .NET, Active Directory, SQL Server…) J’avais bien commenc√© non¬†? Puis Pepper m’a concoct√© une potion et puis …. vous savez qu’elle ne r√©ussit pas souvent ses potions¬†?

Plus s√©rieusement lors de mon parcours professionnel, j’ai travaill√© dans une entreprise o√Ļ Linux √©tait largement d√©ploy√©, ce qui m’a amen√© √† rencontrer davidb2111, libriste convaincu depuis tout petit (il a d√Ľ tomber dans la marmite …). Et je pense que c’est lui qui m’a mis sur la voie du Libre…

Cependant ce qui m’a fait passer √† l’action a √©t√© la 1re campagne ¬ę¬†D√©googlisons Internet¬†¬Ľ… Elle a d√©but√© juste apr√®s mon exp√©rience de e-commerce, quand je g√©rais un petit site web de vente en ligne o√Ļ j’ai d√©couvert l’envers du d√©cor¬†: Google analytics, adwords, comparateurs de prix… et pendant que j’int√©grais les premiers terminaux Android industriels.

Je suis maintenant un libriste convaincu mais surtout défenseur de la vie privée. Certains diront extrémiste mais je ne le pense pas.

Dans ta vie professionnelle, le Libre est-il pr√©sent ou bien est-ce compliqu√© de l’utiliser ou le faire utiliser¬†?
Aujourd’hui, je suis une sorte d’administrateur syst√®me mais pour les terminaux mobiles industriels (windows mobile/ce mais surtout Android). Pour ceux que √ßa int√©resse, √ßa consiste √† r√©f√©rencer du mat√©riel, industrialiser les pr√©parations, administrer le parc avec des outils MDM (Mobile Device Management), mais pas seulement¬†!

Je suis en mission chez un grand compte (comme ils disent) o√Ļ le Libre est pr√©sent mais pas majoritairement. On le retrouve principalement c√īt√© serveur avec Linux (CentOS), Puppet, Nagios/Centreon, PostgreSQL … (la liste est longue en fait). Apr√®s je travaille sur Android au quotidien mais j’ai un peu du mal √† le cat√©goriser dans le Libre ne serait-ce qu’en raison de la pr√©sence des Google Play Services.

J’ai la chance d’avoir mon poste de travail sous Linux mais j’utilise beaucoup d’outils propri√©taires au quotidien. (j’d√©marre m√™me des fois une VM Windows … mais chuuuut¬†!¬†!).

Je suis assez content d’avoir mis en place une instance Kanboard (Framaboard) en passant par des chemins obscurs mais de nombreux utilisateurs ont pris en main l’outil ce qui en fait aujourd’hui un outil officiel.

On d√©couvre des choses diverses sur ton blog, des articles sur le code et puis un Valvin fan de graphisme et surtout qui est pr√™t √† contribuer d√®s qu’il y a passion¬†? Alors, tu as tellement de temps libre pour le Libre¬†?

Du temps quoi¬†?… Malheureusement, je n’ai pas beaucoup de temps libre entre le travail, les trajets quotidien (plus de 2 heures) et la famille. Du coup, une fois les enfants couch√©s, plut√īt que regarder la t√©l√©, j’en profite (entre deux dessins).
Mes contributions dans le libre sont principalement autour du projet de David Revoy, Pepper & Carrot. J’ai la chance de pouvoir vivre l’aventure √† ses c√īt√©s ainsi que de sa communaut√©. Et dans l’univers de la BD, c’est in√©dit¬†! D’ailleurs je te remercie, Framasoft, de me l’avoir fait d√©couvrir¬†:)
Si je peux filer un petit coup de main avec mes connaissances sur un projet qui me tient √† cœur, je n’h√©site pas. Et m√™me si ce n’est pas grand-chose, √ßa fait plaisir d’apporter une pierre √† l’√©difice et c’est √ßa aussi la magie du Libre¬†!
J’ai eu parfois l’ambition de lancer moi m√™me des projets libres mais j’ai bien souvent sous-estim√© le travail que √ßa repr√©sentait …

Et maintenant, tu t’attaques au geektionnerd, pourquoi tout √† coup une envie d’am√©liorer un projet/outil qui vivotait un peu¬†?
Je dois avouer que c’est par hasard. J’ai vu un message sur Mastodon¬†qui m’a fait d√©couvrir le projet. Il n’y a pas si longtemps, je m’√©tais int√©ress√© au projet Bird’s Dessin√©s et j’avais trouv√© le concept sympa. Mais tout √©tait un peu verrouill√©, notamment les droits sur les r√©alisations. J’aime bien le dessin et la bande dessin√©e, le projet du g√©n√©rateur de Geektionnerd m’a paru tr√®s simple √† prendre en main… du coup, je me suis lanc√©¬†!

Tu peux parler des probl√®mes du c√īt√© code qui se sont pos√©s, comment les as-tu surmont√©s¬†¬†?
Globalement, √ßa s’est bien pass√© jusqu’au moment o√Ļ j’ai voulu ajouter des images distantes dans la biblioth√®que. Le pire de l’histoire c’est que √ßa fonctionnait bien √† premi√®re vue. On pouvait ajouter toutes les images que l’on voulait, les d√©placer… Nickel¬†! Et puis j’ai cliqu√© sur ¬ę¬†Enregistrer l’image¬†¬Ľ et l√†… j’ai d√©couvert la magie de¬† CORS¬†!

CORS signifie Cross Origin Ressource Sharing et intervient donc lorsque le site web tente d’acc√©der √† une ressource qui ne se situe pas sur son nom de domaine.
Il est possible de créer une balise image html qui pointe vers un site extérieur du type :

<img src="https://www.peppercarrot.com/extras/html/2016_cat-generator/avatar.php?seed=valvin" alt="c'est mon avatar" />

En revanche, r√©cup√©rer cette image pour l’utiliser dans son code JavaScript, c’est possible mais dans certaines conditions uniquement. Typiquement, si j’utilise jquery et que je fais¬†:

$.get("https://www.peppercarrot.com/extras/html/2016_cat-generator/avatar.php?seed=Linux", function(data){
    $("#myImg").src = data ;
}) ;

On obtient :

Cross-Origin Request Blocked : The Same Origin Policy disallows reading the remote resource at https://www.peppercarrot.com/extras/html/2016_cat-generator/avatar.php?seed=Linux. (Reason : CORS header 'Access-Control-Allow-Origin' missing).

En revanche, si on utilise une image h√©berg√©e sur un serveur qui autorise les requ√™tes Cross-Origin, il n’y a pas de souci¬†:

$.get("https://i.imgur.com/J2HZir3.jpg", function(data){
    $("#myImg").src = data ;
}) ;

Tout cela en raison de ce petit en-t√™te HTTP que l’on obtient du serveur distant¬†:

Access-Control-Allow-Origin *

o√Ļ `*` signifie tout le monde, mais il est possible de ne l’autoriser que pour certains domaines.
Avec les canvas, √ßa se passait bien jusqu’√† la g√©n√©ration du fichier PNG car on arrivait au moment o√Ļ l’on devait r√©cup√©rer la donn√©e pour l’int√©grer avec le reste de la r√©alisation. J’avais activ√© un petit param√®tre dans la librairie JavaScript sur l’objet Image

image.crossOrigin = "Anonymous" ;

mais avec ce param√®tre, seules les images dont le serveur autorisait le Cross-Origin s’affichaient dans le canvas et la g√©n√©ration du PNG fonctionnait. Mais c’√©tait trop limitatif.

Bref, bien compliqué pour par grand-chose !

J’ai propos√© de mettre en place un proxy CORS, un relais qui rajoute simplement les fameux en-t√™tes mais √ßa faisait un peu usine √† gaz pour ce projet. Heureusement, framasky a eu une id√©e toute simple de t√©l√©chargement d’image qui a permis de proposer une alternative.
Tout cela a fini par aboutir, après plusieurs tentatives à ce Merge Request : https://framagit.org/framasoft/geektionnerd-generator/merge_requests/6

Et après tous ces efforts quelles sont les fonctionnalités que tu nous as apportées sur un plateau ?

Chaud devant ! ! Chaud ! ! !

  • Tout d’abord, j’ai ajout√© le petit zoom sur les vignettes qui √©tait trop petites √† mon go√Ľt

  • Ensuite, j’ai agrandi la taille de la zone de dessin en fonction de la taille de l’√©cran. Mais tout en laissant la possibilit√© de choisir la dimension de la zone car dans certains cas, on ne souhaite qu’une petite vignette carr√©e et cela √©vite de r√©-√©diter l’image dans un second outil.

  • Et pour terminer, la possibilit√© d’ajouter un image depuis son ordinateur. Cela permet de compl√©ter facilement la biblioth√®que d√©j√† bien remplie¬†:)

Merci¬†! D’autres d√©veloppements envisag√©s, d’autres projets, d’autres cartoons dans tes cartons¬†?

D’autres d√©veloppements pour Geektionnerd¬†? Euh oui, j’ai plein d’id√©es … mais est ce que j’aurai le temps¬†?
Рintégration Lutim pour faciliter le partage des réalisations
Рrecherche dans la librairie de toons à partir de tags (nécessite un référencement de méta-data par image)
– s√©paration des toons des bulles et dialogues¬†: l’id√©e serait de revoir la partie gauche de l’application et trouver facilement les diff√©rents types d’images. Notamment en d√©coupant par type d’image¬†: bulles / personnages / autres.
– ajout de rectangles SVG pour faire des cases de BD
Рamélioration de la saisie de texte (multi-ligne) et sélection de la fonte pour le texte
– …
Je vais peut-être arrêter là :)

Sinon dans les cartons, j’aimerais poursuivre mon projet Privamics dont l’objectif est de r√©aliser des mini-BD sur le sujet de la vie priv√©e de fa√ßon humoristique. Mais j’ai vu avec le premier √©pisode que ce n’√©tait pas une chose si facile. Du coup, je privil√©gie mon apprentissage du dessin¬†:)

Bien entendu, Pepper & Carrot reste le projet auquel je souhaite consacrer le plus de temps car je trouve que le travail que fait David est tout simplement fantastique !

Le mot de la fin est pour toi…
Un grand merci √† toi Framasoft, tu m’as d√©j√† beaucoup apport√© et ton projet me tient particuli√®rement √† cœur.

Vive le Libre ! ! ! :)

À partir d’avant-hierFramablog

Créateurs du numérique, parlons un peu éthique

Par Framalang

Une lettre ouverte de la communaut√© des technologies de l’information invite √† r√©fl√©chir un peu √† la notion de responsabilit√© de chacun, compte tenu de l’enjeu du num√©rique pour nous tous.

Une invitation √† r√©fl√©chir et d√©battre donc, au-del√† de la p√©tition (encore une¬†!) aux accents id√©alistes. Nous avons peut-√™tre tous besoin de nous demander ce que nous faisons concr√®tement pour nous mettre en phase avec nos id√©aux. C’est en ce sens que la traduction que nous vous proposons nous semble digne d’int√©r√™t.

Pendant 48 heures, les 150 participants issus du monde du num√©rique (des d√©veloppeurs et d√©veloppeuses, des designers, mais aussi des philosophes, des enseignant⋅e⋅s et des artistes)¬† du Techfestival de Copenhague ont √©chang√©, d√©battu et se sont accord√©s entre autres pour lancer cet appel dont vous trouverez la version originale sur la page https://copenhagenletter.org/

Les auteurs précisent :

Cette lettre reflète (notre) engagement, et lance un débat sur les valeurs et les principes qui guident la technologie.

Vous avez bien lu¬†: voil√† une petite bande qui estime que ce n’est pas la technologie ou le profit qui doivent guider leur activit√© mais des valeurs et des principes.

Oserons-nous avancer que cette perspective, qui peut exister dans le milieu libriste, est bien rare dans une communaut√© de travailleurs du num√©rique (si cette expression vous heurte dites-nous pourquoi…) ou la notion de responsabilit√© est trop souvent mise sous le tapis.

S’il vous faut des exemples¬†: la responsabilit√© de ceux qui con√ßoivent des algorithmes, on en parle¬†? Les objets connect√©s qui commencent √† investir notre vie quotidienne, quels principes en gouvernent la conception¬†? L’administration des bases de donn√©es sensibles, quels garde-fous¬†?

Si après avoir parcouru cet appel vous souhaitez signer et donc vous engager, vous trouverez le lien au bas de la page.

Traduction Framalang : mo, goofy, PasDePanique, Penguin, xi, audionuma et des anonymes

 

La lettre de Copenhague, 2017

 

√Ä tous ceux qui fa√ßonnent la technologie aujourd’hui

Nous vivons dans un monde o√Ļ la technologie d√©vore la soci√©t√©, l’√©thique et notre existence elle-m√™me.

Il est temps d’assumer la responsabilit√© du monde que nous cr√©ons. Il est temps que les √™tres humains passent avant le business. Il est temps de remplacer la rh√©torique creuse du ¬ę¬†construire un monde meilleur¬†¬Ľ par un engagement √† agir concr√®tement. Il est temps de nous organiser et de nous consid√©rer comme responsables les uns envers les autres.

La technologie ne nous est pas sup√©rieure. Elle devrait √™tre gouvern√©e par nous tous, par nos institutions d√©mocratiques. Elle devrait respecter les r√®gles de nos soci√©t√©s. Elle devrait r√©pondre √† nos besoins, individuels et collectifs, tout autant qu’√† nos envies.

Le progr√®s ne se limite pas √† l’innovation. Nous sommes des b√Ętisseurs-n√©s. √Ä nous de cr√©er une nouvelle Renaissance. Nous ouvrirons et animerons un d√©bat public honn√™te sur le pouvoir de la technologie. Nous sommes pr√™t⋅e⋅s √† servir nos soci√©t√©s. Nous mettrons en œuvre les moyens √† notre disposition pour faire progresser nos soci√©t√©s et leurs institutions.

B√Ętissons sur la confiance. Jetons les bases d’une v√©ritable transparence. Nous avons besoin de citoyens num√©riques, pas de simples consommateurs. Nous d√©pendons tous de la transparence pour comprendre comment la technologie nous fa√ßonne, quelles donn√©es nous partageons et qui peut y avoir acc√®s. Se consid√©rer les uns les autres comme des produits de base dont on peut tirer le maximum de valeur √©conomique est d√©sastreux, non seulement pour notre soci√©t√© qui est un ensemble complexe et interconnect√©, mais aussi pour chacun d’entre nous.

Concevons des outils ouverts √† l’analyse. Nous devons encourager une r√©flexion continue, publique et critique sur notre d√©finition de la r√©ussite, qui pr√©cise comment nous construisons et concevons pour les autres. Nous devons chercher √† concevoir avec ceux pour qui nous concevons. Nous ne tol√©rerons pas une conception qui viserait la d√©pendance, la tromperie ou le contr√īle. Nous devons cr√©er des outils que nous aimerions voir utilis√©s par nos proches. Nous devons remettre en question nos objectifs et √©couter notre cœur.

Passons d’une conception centr√©e sur l’homme √† une conception centr√©e sur l’humanit√©.
Notre communaut√© exerce une grande influence. Nous devons prot√©ger et cultiver son potentiel de faire le bien. Nous devons le faire en pr√™tant attention aux in√©galit√©s, avec humilit√© et amour. En fin de compte, notre r√©compense sera de savoir que nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour rendre notre jardin un peu plus vert que nous ne l’avons trouv√©.

Nous qui avons sign√© cette lettre, nous nous tiendrons, nous-m√™mes et chacun d’entre nous, pour responsables de la mise en pratique de ces id√©es. Tel est notre engagement.

En signant, vous acceptez que votre nom soit listé. Un mail de confirmation vous sera envoyé. Votre adresse mail ne sera partagée avec personne.

Vous √™tes invit√©⋅e √† signer* ou r√©pondre √† la Lettre de Copenhague, et √† partager son contenu.

Contact (en anglais) : hej@copenhagenletter.org

 

*Note¬†: mardi 19/09 √† 13h50 plus de 1300 signatures et plus de 2100 √† 19h30, ce qui est plut√īt bien compte tenu de la cible particuli√®re de ce texte.

Code open source contre gros système

Par Framalang

57 lignes de code et deux ou trois bidules √©lectroniques feraient aussi bien voire mieux qu’un gros syst√®me co√Ľteux. Telle est la d√©monstration que vient de faire un d√©veloppeur australien.
L’exp√©rience que relate ici Tait Brown rel√®ve du proof of concept, la d√©monstration de faisabilit√©. La spectaculaire √©conomie de moyens num√©riques et financiers qu’il d√©montre avec 57 lignes de code open source et des appareils √† la port√©e d’un bidouilleur ordinaire n’est peut-√™tre pas une solution adaptable √† grande √©chelle pour remplacer les puissants et massifs syst√®mes propri√©taires mis en place par des entreprises. Pas plus que les services libres de Framasoft n’ambitionnent de remplacer les GAFAM, mais d√©montrent que des solutions alternatives libres et plus respectueuses sont possibles et viables, et de plus en plus disponibles.

Outre le pied de nez r√©jouissant du hacker occasionnel aux institutions locales (ici, la police de l’√©tat australien de Victoria) qui ont confi√© un traitement informatique √† des soci√©t√©s priv√©es, ce petit t√©moignage ouvre au moins une question¬†: le code est mis au service de la police au b√©n√©fice des citoyens (rep√©rer les voitures vol√©es, pister la d√©linquance…), mais peut fort bien ne faire qu’augmenter la surveillance de masse au d√©triment des m√™mes citoyens, avec les cons√©quences pas du tout triviales qu’on conna√ģt et d√©nonce r√©guli√®rement. Le fait que le code open source soit auditable est-il un garde-fou suffisant¬†?

 

Comment j’ai recr√©√© un logiciel de 86 millions de dollars en 57 lignes de code

par Tait Brown

Publication originale : How I replicated an $86 million project in 57 lines of code
Traduction Framalang : xi, Lyn., goofy, framasky, Lumibd, Penguin

Quand un essai √† base de technologie open source fait le boulot ¬ę¬†suffisamment bien¬†¬Ľ.

La police est le principal acteur du maintien de l’ordre dans l’√Čtat du Victoria, en Australie. Dans cet √Čtat, plus de 16 000 v√©hicules ont √©t√© vol√©s l’an pass√©, pour un co√Ľt d’environ 170 millions de dollars. Afin de lutter contre le vol de voitures, la police teste diff√©rentes solutions technologiques.

Pour aider √† pr√©venir les ventes frauduleuses de v√©hicules vol√©s, VicRoads propose d√©j√† un service en ligne qui permet de v√©rifier le statut d’un v√©hicule en saisissant son num√©ro d’immatriculation. L’√Čtat a √©galement investi dans un scanner de plaque min√©ralogique¬†: une cam√©ra fixe sur tr√©pied qui analyse la circulation pour identifier automatiquement les v√©hicules vol√©s.

Ne me demandez pas pourquoi, mais un apr√®s-midi, j’ai eu envie de r√©aliser un prototype de scanner de plaques min√©ralogiques embarqu√© dans une voiture, qui signalerait automatiquement tout v√©hicule vol√© ou non immatricul√©. Je savais que tous les composants n√©cessaires existaient et je me suis demand√© √† quel point il serait compliqu√© de les relier entre eux.

Mais c’est apr√®s quelques recherches sur Google que j’ai d√©couvert que la Police de l’√Čtat du Victoria avait r√©cemment test√© un appareil similaire dont le co√Ľt de d√©ploiement √©tait estim√© √† 86 millions de dollars australiens. Un commentateur fut√© a fait remarquer que 86 millions de dollars pour √©quiper 220 v√©hicules, cela repr√©sentait 390 909 AUSD par v√©hicule.
On devait pouvoir faire mieux que ça.

 

Le système existant qui scanne les plaques minéralogiques avec une caméra fixe

Les critères de réussite

Avant de commencer, j’ai d√©fini √† quelles exigences cl√©s devait r√©pondre la conception de ce produit.

Le traitement de l’image doit √™tre effectu√© localement
Transmettre en continu le flux vid√©o vers un site de traitement centralis√© semblait l’approche la moins efficace pour r√©pondre au probl√®me. La facture pour la transmission des donn√©es serait √©norme, de plus le temps de r√©ponse du r√©seau ne ferait que ralentir un processus potentiellement assez long.
Bien qu’un algorithme d’apprentissage automatique centralis√© ne puisse que gagner en pr√©cision au fil du temps, je voulais savoir si une mise en œuvre locale sur un p√©riph√©rique serait ¬ę¬†suffisamment bonne¬†¬Ľ.

Cela doit fonctionner avec des images de basse qualité
Je n’avais ni cam√©ra compatible avec un Raspberry Pi, ni webcam USB, j’ai donc utilis√© des s√©quences vid√©o issues de dashcam [NdT : cam√©ra install√©e dans un v√©hicule pour enregistrer ce que voit le conducteur], c’√©tait imm√©diatement disponible et une source id√©ale de donn√©es d’√©chantillonnage. En prime, les vid√©os dashcam ont, en g√©n√©ral, la m√™me qualit√© que les images des cam√©ras embarqu√©es sur les v√©hicules.

Cela doit reposer sur une technologie open source
En utilisant un logiciel propri√©taire, vous vous ferez arnaquer chaque fois que vous demanderez un changement ou une am√©lioration, et l’arnaque se poursuivra pour chaque demande ult√©rieure. Utiliser une technologie open source √©vite ce genre de prise de t√™te.

Solution

Pour l’expliquer simplement, avec ma solution, le logiciel prend une image √† partir d’une vid√©o dashcam, puis l’envoie vers un syst√®me de reconnaissance des plaques min√©ralogiques open source install√© localement dans l’appareil, il interroge ensuite le service de contr√īle des plaques d’immatriculation et renvoie le r√©sultat pour affichage.
Les donn√©es renvoy√©es √† l’appareil install√© dans le v√©hicule de police comprennent¬†: la marque et le mod√®le du v√©hicule (pour v√©rifier si seules les plaques ont √©t√© vol√©es), le statut de l’immatriculation et la notification d’un √©ventuel vol du v√©hicule.
Si cela semble plut√īt simple, c’est parce que c’est vraiment le cas. Le traitement de l’image, par exemple, peut √™tre op√©r√© par la biblioth√®que openalpr. Voici vraiment tout ce qu’il faut pour reconna√ģtre les caract√®res sur les plaques min√©ralogiques¬†:

 openalpr.IdentifyLicense(imagePath, function (error, output) {
 // handle result
 }) ;
 (le code est sur Github)

Mise en garde mineure
L’acc√®s public aux API de VicRoads n’√©tant pas disponible, les v√©rifications de plaques d’immatriculation se font par le biais du web scraping (NdT¬†: une technique d’extraction automatis√©e du contenu de sites web) pour ce prototype. C’est une pratique g√©n√©ralement d√©sapprouv√©e, mais il ne s’agit ici que d’un test de faisabilit√© et je ne surcharge pas les serveurs de quiconque.

Voici à quoi ressemble mon code, vraiment pas propre, utilisé pour tester la fiabilité de la récupération de données :

(le code est sur Github)

Résultats

Je dois dire que j’ai √©t√© agr√©ablement surpris.

Je m’attendais √† ce que la reconnaissance des plaques min√©ralogiques open source soit plut√īt mauvaise. De plus, les algorithmes de reconnaissance d’images ne sont probablement pas optimis√©s pour les plaques d’immatriculation australiennes.

Le logiciel a √©t√© capable de reconna√ģtre les plaques d’immatriculation dans un champ de vision large.

Annotations ajout√©es sur l’image. Plaque min√©ralogique identifi√©e malgr√© les reflets et l’axe de prise de vue

Toutefois, le logiciel a parfois des problèmes avec des lettres particulières.

Mauvaise lecture de la plaque, le logiciel a confondu le M et le H

Mais… il finit par les corriger¬†:

Quelques images plus tard, le M est correctement identifié à un niveau de confiance plus élevé

 

Comme vous pouvez le voir dans les deux images ci-dessus, le traitement de l’image quelques images plus tard a bondi d’un indice de confiance de 87¬†% √† un petit peu plus de 91¬†%.

Il s’agit de solutions tr√®s simples au niveau de la programmation, qui n’excluent pas l’entra√ģnement du logiciel de reconnaissance des plaques d’immatriculation avec un ensemble de donn√©es locales.
Je suis certain que la pr√©cision pourrait √™tre am√©lior√©e en augmentant le taux d’√©chantillonnage, puis en triant suivant le niveau de confiance le plus √©lev√©. On pourrait aussi fixer un seuil qui n’accepterait qu’une confiance sup√©rieure √† 90¬†% avant de valider le num√©ro d’enregistrement.
Il s’agit de choses tr√®s simples au niveau de la programmation, qui n’excluent pas l’entra√ģnement du logiciel de reconnaissance des plaques d’immatriculation avec un jeu de donn√©es locales.

La question à 86 000 000 dollars

Pour √™tre honn√™te, je n’ai absolument aucune id√©e de ce que le chiffre de 86 millions de dollars inclut – et je ne peux pas non plus parler de la pr√©cision d’un outil open source sans entra√ģnement sp√©cifique adapt√© au pays par rapport au syst√®me pilote BlueNet.
Je m’attendrais √† ce qu’une partie de ce budget comprenne le remplacement de plusieurs bases de donn√©es et applications logicielles existantes pour r√©pondre √† des demandes de renseignements sur les plaques d’immatriculation √† haute fr√©quence et √† faible latence plusieurs fois par seconde par v√©hicule.
D’un autre c√īt√©, le co√Ľt de 391 000 dollars par v√©hicule semble assez √©lev√©, surtout si le BlueNet n’est pas particuli√®rement pr√©cis et qu’il n’ existe pas de projets informatiques √† grande √©chelle pour la mise hors service ou la mise √† niveau des syst√®mes d√©pendants.

Applications futures

Bien qu’on puisse ais√©ment √™tre soucieux de la nature orwellienne d’un r√©seau qui fonctionne en continu de mouchards √† plaques min√©ralogiques, cette technologie a de nombreuses applications positives. Imaginez un syst√®me passif qui analyse les autres automobilistes √† la recherche d’une voiture de ravisseurs et qui avertit automatiquement et en temps r√©el les autorit√©s et les membres de la famille de leur emplacement et de leur direction.

Les v√©hicules Tesla regorgent d√©j√† de cam√©ras et de capteurs capables de recevoir des mises √† jour OTA (NdT¬†: Over The Air, c’est-√†-dire des mises √† jour √† distance) – imaginez qu’on puisse en faire une flotte virtuelle de bons Samaritains. Les conducteurs Uber et Lyft pourraient √©galement √™tre √©quip√©s de ces dispositifs pour augmenter consid√©rablement leur zone de couverture.

En utilisant la technologie open source et les composants existants, il semble possible d’offrir une solution qui offre un taux de rendement beaucoup plus √©lev√© – pour un investissement bien inf√©rieur √† 86 millions de dollars.

La rentrée des GAFAM

Par Gee

Prenons un peu des nouvelles des fameux GAFAM avec l’ami Gee qui nous synth√©tise les derniers exploits de ces entreprises aux pouvoirs de plus en plus larges et inqui√©tants… malheureusement, les quelques anecdotes racont√©es ici sont tir√©es de faits r√©els (les sources sont donn√©es apr√®s la BD).

Sources :

Crédit : Simon Gee Giraudot (Creative Commons By-Sa)

Le Ray’s Day en BD !

Par Gee

Aujourd’hui, comme tous les 22 ao√Ľts, c’est le Ray’s Day¬†: un jour o√Ļ l’on c√©l√®bre les livres et la lecture… Un √©v√©nement auquel Framasoft et les framasoftien⋅nes ont d√©j√† particip√© √† plusieurs reprises.

Cette ann√©e, c’est notre ami Gee qui en donne une petite pr√©sentation en BD. En vous souhaitant un bon Ray’s Day¬†!

Crédit : Simon Gee Giraudot (Creative Commons By-Sa)

M Carré : le développement durable sur votre bureau

Par framasoft

Nous les geeks, nous savons bien qu’avec une bonne distribution Gnu/Linux et un coup de pinceau anti-poussi√®re de temps en temps, un ordinateur peut vivre tr√®s longtemps.

Les fondateurs de la soci√©t√© M Carr√© remettent en forme les PC familiaux et vont s’attaquer √† ceux des entreprises. Sans se poser en int√©gristes du Libre, ils r√©√©duquent doucement avec la seule arme qui marche¬†: des r√©sultats.

Remercions-les pour tous ces dimanches qu’on ne passera plus √† r√©installer le PC du beau-fr√®re. ^^

Le d√©veloppement durable, on en parle, mais c’est tellement mieux quand on s’y met¬†!

Salut les gars¬†! Nous vous avions interview√©s au moment o√Ļ vous lanciez votre start-up.¬† On aimerait bien savoir o√Ļ vous en √™tes. Alors, dites, vous gagnez des sous¬†?¬†:-P

Oui, l’entreprise fonctionne bien et continue de grandir, gr√Ęce au millier de personnes de tous les horizons qui nous ont fait confiance. Nous avons d√©cid√© de nous focaliser pour cette deuxi√®me ann√©e plus sur les professionnels, parce que malheureusement les impacts de l’obsolescence dans ces secteurs sont trop souvent li√©s au remplacement du mat√©riel. Notre porte reste √©videmment toujours ouverte √† tout le monde.

Plus globalement, c’est quoi votre bilan, apr√®s un an et demi¬†?

Tout d’abord, Mcarr√© nous apporte une superbe exp√©rience. Vous savez, quand on se lance dans une entreprise, c’est comme tout projet, ce n’est pas √©vident tous les jours, car nous devons nous r√©apprendre tout le temps. Et aimer ce que l’on fait, en l’occurrence la passion de l’informatique pour nous, est primordial. C’est ce qui fait aussi notre qualit√© de service.
Et puis nous apprenons tout le temps¬†! L’informatique √©volue plus vite que ce que l’on a pu anticiper et cela suppose pour nos esprits jeunes, de se remettre en question et de revoir √† la fois notre catalogue et notre cahier des charges.
Le deuxi√®me constat, c’est que beaucoup de gens en ont marre de jeter, et c’est une tr√®s bonne nouvelle pour l’√©cologie. Nous avons beaucoup de personnes qui viennent nous voir apr√®s s’√™tre senti arnaqu√©es dans d’autres structures. Alors, au del√† de l’√©cologie, c’est aussi la relation client qu’il faut r√©enchanter, pour que la confiance se recr√©e √† nouveau.

Remise du label LVED sur Lyon (Lyon Ville √Čquitable et Durable) – photo Mcarr√©

 

En tout cas vous √™tes toujours √† fond, vous faites des vid√©os de promo rigolotes, vous montez des partenariats… Parlez-nous de tout √ßa.

Vous avez parfaitement r√©sum√© notre √©tat d’esprit. Notre objectif n’a pas chang√© depuis le d√©but¬†: construire un monde durable et accessible. C’est ambitieux et indispensable, alors nous faisons tout en sorte pour y parvenir. Nous avons augment√© notre gamme de services et de produits, ce qui nous permet d’√™tre op√©rationnels de l’ordinateur jusqu’au r√©seau, d’une machine durable √† la remise √† neuf d’un Mac qui a 15 ans. C’est cette expertise qui nous permet de devenir l’interlocuteur unique de nombre d’entreprises, avec ce souci du d√©tail pour remettre l’informatique √† sa place¬†: un outil.

Et toujours libristes, ou vous avez été obligés de faire des concessions ? (on a vu une Google Map sur votre site Wix, attention les geeks, ça pique, NoScript va couiner)

Libristes, oui, dans une relation non exclusive¬†! Nous n’avons jamais cach√© que nous travaillons sur tous les syst√®mes d’exploitation. Et pour nous, c’est extr√™mement important, car cela nous permet de toucher tout le monde. Changer les habitudes, c’est bien et possible mais c’est moins notre action quotidienne, qui se fait plus dans la sensibilisation. Notre travail c’est avant tout de rendre la machine de son propri√©taire durable, accessible et qu’il puisse l’utiliser mieux quand il part de chez nous que quand il arrive. C’est aussi un point fort.

Nan, mais, je veux dire, vous réparez encore des Windows ?

Oui, et, je vais vous faire frémir, nous faisons pire. Nous remettons à neuf des Mac.

La promesse de Mcarré

 

Vous avez le temps de contribuer à des projets libres ?

Oui, nous contribuons √† Odoo. Nous avons choisi ce logiciel et r√©alis√© quelques d√©veloppements. Nous esp√©rons pouvoir un jour participer activement et r√©guli√®rement √† cette communaut√©. Nous sommes encore en phase d’apprentissage. Et nous voulons aller plus loin, nous utilisons beaucoup de logiciels libres pour nous et nos clients¬†; et participer √† hauteur d’un pourcentage sur notre b√©n√©fice est quelque chose que nous voulons faire.

Vous avez plein de témoignages de clients contents, combien sont authentiques ? :-P

Je vais décevoir la concurrence, mais tous. Et nous ne les avons même pas achetés !

Vous embauchez, c’est cool. Il faut √™tre un gros geek, pour devenir ¬ę¬†mentor¬†¬Ľ chez M2¬†?

Pas forcément un geek, mais un passionné. Nous avons besoin de profils qui partagent également nos valeurs et qui nettoient la cuisine. Tous ceux qui passent par chez nous sont soumis à notre training et doivent savoir réaliser ce que nous appelons le Fastech (remise à neuf de votre ordinateur), même à la compta. Je vous rassure, dans ce cas, nous repassons derrière. :)

Alors, c’est s√Ľr qu’√† midi √ßa parle souvent geek. Mais nous sommes tr√®s attentifs √† ce que tout le monde ait d’autres passions. Comme les trois fondateurs. C’est indispensable pour l’√©quilibre.

L’√©tape d’apr√®s¬†?

Nous allons √™tre honn√™tes, nous ne voulons pas nous arr√™ter l√†. Nous voulons que les ordinateurs durent 10 ans en dur√©e d’utilisation. Et nous voulons continuer √† avoir un impact positif √† travers la France et pourquoi pas √† l’√©tranger. Nous avons d√©j√† re√ßu des demandes pour quelques pays.

Et le dernier mot ? (vous avez déjà fait le coup des céréales.)

Arr√™tez de renverser du quinoa sur vos claviers d’ordinateurs, ils ne s’en porteront que mieux¬†!

Le grand voyage libre d’Odysseus

Par framasoft

Suite de notre feuilleton de l’√©t√© sur les illustrateurices libres. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de retrouver √Čric Querelle, alias Odysseus.

Bonjour √Čric, rassure-toi, on n’est pas encore totalement s√©niles, on ne va te reposer les m√™mes questions que lors de notre derni√®re entrevue. Peux-tu nous dire ce que tu as fait ces deux derni√®res ann√©es¬†?

Eh bien, en allant un peu farfouiller sur les blogs, je me rends compte que pas mal de choses ont été faites depuis.

Ainsi, pour r√©sumer, Abel et Bellina ont construit une cabane et sont all√©s √† la piscine, il y a eu un ¬ę¬†Grand Voyage¬†¬Ľ, des dessins divers, des dessins d’actualit√©, quelques ¬ę¬†Petits Mots¬†¬Ľ, des po√©sies pour enfants (tiens, je m’y remettrais bien¬†!), l’Odysseus-generator (Merci Cyrille¬†!), des r√©cits autres que les miens enregistr√©s en audio, quelques petites collaborations √ß√† et l√†.

Les petits mots d’Odysseus

 

J’ai aussi continu√© √† collaborer avec les copains d’Abul√Čdu.

J’ajoute √©galement que Herv√© le Carr√© conna√ģt d√©sormais une version italienne (+audio) gr√Ęce √† Nilocram. C’est une des joies que peut procurer le Libre tant pour celui qui donne que pour celui qui re√ßoit.

Ces derni√®res semaines, tu publies beaucoup de dessins d’actualit√©. C’est parce que les enfants ne comprennent rien que tu changes de public¬†;-)¬†?

Je les laisse bien en paix pendant les vacances…¬†:-p

Le dessin de presse m’int√©resse depuis longtemps et j’appr√©cie m’y confronter de temps √† autres. C’est un exercice qui m’est assez difficile car il faut allier qualit√© du dessin et/ou de la mise en sc√®ne et la pertinence du message. De mon propre aveu, je r√©unis rarement les trois en m√™me temps.¬†;-)

Odysseus imagine une sanction bien terrible pour Hanouna !

 

Mais je persiste √† le faire et je profite de l’occasion pour tester de nouvelles choses (exemple r√©cent¬†: un mix de dessin et photo) et alterner les outils (feutres, Gimp, Krita que je voudrais essayer ou Inkscape qui garde ma pr√©f√©rence).

Je me mets aussi au défi de dessiner des personnes connues issues de tous horizons (mais souvent de Belgique) tout en essayant de garder mon style graphique.

Peux-tu nous parler un peu plus en d√©tails, du ¬ę¬†Grand Voyage¬†¬Ľ qui nous semble √™tre un album vraiment remarquable¬†?

Le Grand Voyage

Merci¬†! Je suis vraiment satisfait et fier de cette histoire car, de mon point de vue je pense justement √™tre parvenu √† allier pertinence et qualit√© du r√©cit avec un soin tout particulier que j’ai essay√© d’apporter √† la colorisation. √áa a √©t√© long… tr√®s long et moi qui ai parfois tendance √† vouloir terminer au plus vite pour m’en ¬ę¬†d√©barrasser¬†¬Ľ et ¬ę¬†faire de la place¬†¬Ľ pour autre chose, j’ai d√Ľ m’organiser, m’armer de patience et faire parfois de gros efforts pour ne pas me pr√©cipiter.

L’id√©e de d√©part n’√©tait pas de parler de la pluie et du cycle de l’eau, mais de parler des nuages et du voyage ce n’est qu’apr√®s que le cycle de l’eau a… coul√© de source.

En tout cas c’est un album pour lequel je me suis r√©ellement amus√© √† jouer avec les ombres, les reflets.

Pas trop de dur de trouver de la motivation après un tel aboutissement ?

Je ne cache pas qu’il m’a fallu un certain temps pour red√©marrer apr√®s le ¬ę¬†Grand Voyage¬†¬Ľ car j’avais le sentiment que j’avais atteint mes limites.

Ma motivation est restée bien intacte (ouf ! ;-)) même si elle fluctue parfois, comme tout le monde, sans aucun doute.

En revanche, il m’est quasiment impossible d’attaquer une histoire si elle n’est pas 100¬†% claire dans mon esprit ou si elle ne me satisfait pas compl√®tement. C’est sans doute la raison pour laquelle il y a parfois un laps de temps tr√®s (tr√®s) long entre deux histoires et je redoute parfois le manque d’id√©es. Une seule solution¬†: (se) laisser aller.

Quelles sont tes relations (en tout bien tout honneur) avec les autres auteurs libres ?

Tr√®s bonnes et tr√®s cordiales. J’ai de relativement fr√©quents contacts avec P√©h√§ et Cyrille Largillier que j’ai rencontr√©s plusieurs fois et avec qui j’ai de tr√®s bons contacts et avec qui je collabore bien volontiers.

Et alors, quand est-ce que vous nous refaites une partie de Tac au Tux avec Gee et Péhä ?

Hem¬†! On a un peu perdu cela de vue, il faut bien avouer que l’on s’est probablement laiss√©s rattraper par nos quotidiens respectifs. Tout √† fait entre nous, il y en a un en cours entre P√©h√§ et moi – par voie postale – depuis..… fin 2016 et je plaide coupable. Je m’engage publiquement √† lui renvoyer ma r√©ponse au plus vite.

Je relance, au passage, Gee et Nylnook. ;-p

Tu as ouvert une boutique de produits dérivés de tes illustrations. Ça y est, tu es riche ? Toi aussi, tu as vendu 10 000 T-shirts le premier jour ?

Absolument. Je me suis achet√© deux tasses, on m’a achet√© un T-shirt et un sticker. Je suis effectivement sur la bonne voie. Mais la route est encore bien longue…¬†;-)

Tu as particip√© √† un festival derni√®rement, c’est quelque chose de nouveau pour toi. Raconte-nous cette premi√®re.

J’ai eu l’honneur d’√™tre convi√© dans le cadre du Festival d’Art Contemporain Num√©rique Transm√©dia MONBYAI √† l’initiative d’Antoine Moreau. C’√©tait la premi√®re fois que j’√©tais invit√©, en tant qu’auteur, √† sortir de chez moi.¬†:-) J’y ai pass√© un week-end vraiment agr√©able et tr√®s enrichissant √† la rencontre d’autres auteurs du libre, mais aussi d’enfants et d‘adultes √† qui j’ai pu faire d√©couvrir mon petit monde √† la biblioth√®que (atelier contes) et en ville (expo).

J’en garde un excellent souvenir.

D√©vions un peu du dessin, pour √©voquer une autre de tes facettes artistiques, la chanson. Les plus libristes appr√©cieront l’ ¬ę¬†Ode √† la LAL¬†¬Ľ. Ton dernier titre ¬ę¬†Les hommes qui errent¬†¬Ľ aborde un sujet sensible avec sensibilit√©.

J’aime bien √©crire des chansons. Et, tout comme pour le dessin, le musicien averti y trouvera sans aucun doute des approximations tr√®s approximatives¬†;-) mais peu importe…

Depuis pas mal de temps, je ressentais l’envie, voire le besoin d’√©voquer le sujet des migrants. J’avais commenc√© avec deux ou trois planches en crayonn√©s pour en faire un r√©cit qui devait s’appeler ¬ę¬†L’Exil d’Amal¬†¬Ľ avec l’intention de les proposer au fur et √† mesure, comme un feuilleton. Cette mani√®re de fonctionner m’avait emball√©. Je comptais √©voquer l’arrachement √† ses racines, le choix de partir, la marche, les obstacles, l’arriv√©e dans l’Eldorado europ√©en √† travers le regard de la petite Amal.

Mais j’ai tr√®s vite senti que j’allais m’engluer vers un r√©cit larmoyant et qui ne me convaincrait pas. Alors j’ai abandonn√©.

Puis, suite √† une de ces trop nombreuses nouvelles de rafiots r√©cup√©r√©s en Mer M√©diterran√©e coupl√©e √† celle des migrants d√©gag√©s dans un parc de Bruxelles, cette phrase m’est venue¬†:¬†¬ę¬†Il y a des hommes qui se perdent au fond de la mer pour une chim√®re¬†¬Ľ Et c’est comme √ßa que la chanson est n√©e.

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors que ta production dessin√©e s’adresse principalement aux plus jeunes, les chansons sont plut√īt destin√©es aux plus vieux.

J’ai besoin d’alterner les cr√©ations pour enfants et celles destin√©es pour un public adulte, comme les chansons en l’occurrence, afin de ne pas avoir le sentiment de tourner en rond dans le m√™me domaine. Raison pour laquelle le site est partag√© en deux¬†: le Petit Monde est destin√© aux enfants et le blog aux adultes.

Bref, j’aime varier les plaisirs.¬†:-)

Pour m√©langer ces deux univers, la chanson et le dessin, on ne pourrait pas imaginer un jour un concert dessin√© comme le fait actuellement Steve Waring¬†? Bon d’accord, ils sont deux sur sc√®ne, cela sera plus dur pour toi.¬†;-)

Je ne connaissais pas Steve Waring et, après visionnage, ça me parle. Qui sait ? :-)

Mais, effectivement, pour ce qui est du choix…

ūüíĺ

Un logiciel médical libre contre l’emprise du privateur prédateur

Par framasoft

Attention, c’est du lourd.

Ce qu’explique ici J√©r√īme a de quoi faire douter non de la m√©decine mais bien de l’intelligence et de la vigilance de nombreux praticiens.

Voil√† des professionnels qui apr√®s de longues ann√©es d’√©tudes ont un haut niveau de comp√©tence dans leur domaine, mais qui semblent d’une incroyable n√©gligence sur la confidentialit√© des donn√©es de leurs patients (pourtant, le serment d’Hippocrate…)

Loin de rester dans la d√©claration d’intention, le libriste convaincu auquel nous donnons la parole agit concr√®tement via son entreprise pour diffuser les bonnes pratiques au sein d’une profession qui selon lui a beaucoup de retard dans le domaine de l’informatique m√©dicale.

Bonjour, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle J√©r√īme Pinguet, j’ai 38 ans, je suis m√©decin g√©n√©raliste, d√©veloppeur de logiciel libre et entrepreneur.

C’est quoi cette histoire de m√©decine ¬ę¬†libre¬†¬Ľ, elle est prisonni√®re, la m√©decine¬†?

Les logiciels utilis√©s au quotidien par les professionnels de sant√©, par exemple pour conserver des notes √† l’issue d’une consultation de m√©decine g√©n√©rale, pour visualiser les images d’un examen de radiologie, ou pour transmettre des donn√©es √† un autre professionnel de sant√© sont dans leur immense majorit√© des logiciels privateurs, non libres.

Les m√©decins sont confront√©s √† des multiples tentatives d’influence d√®s le d√©but de leurs √©tudes et jusqu’√† la fin de leur carri√®re.

D√®s les premiers stages √† l’h√īpital en tant qu’√©tudiants hospitaliers, l’industrie pharmaceutique envoie des visiteurs m√©dicaux qui leur distribuent des documents, des livres ou des stylos sigl√©s avec le nom de marque d’un m√©dicament et le nom du laboratoire. Quand ils deviennent m√©decins en formation (internes) les m√©thodes d’influence incluent le financement de repas ou de formations, ou encore de l’aide pour leur th√®se.

Aujourd’hui, des groupes d’√©tudiants comme la Troupe du RIRE, essaient de lutter contre cette influence n√©faste et contre la pr√©sence de ces visiteurs au sein des h√īpitaux universitaires.

Les m√©decins g√©n√©ralistes qui exercent en mode lib√©ral, dans leurs cabinets, re√ßoivent la visite des repr√©sentants de l’industrie pharmaceutique qui font le pied de grue dans la salle d’attente et qui sont aguerris aux techniques de communication. Il est souvent difficile de refuser la visite m√©dicale. Depuis quelques ann√©es, la communication de l’industrie pharmaceutique aupr√®s des prescripteurs passe par des publicit√©s au sein des logiciels professionnels.

La loi interdit la publicit√© au sein du module de prescription, mais un lobbying efficace de l’industrie pharmaceutique lui permet de s’associer aux √©diteurs de logiciels pour proposer des bandeaux ou des √©conomiseurs d’√©cran publicitaires qui apparaissent quelques secondes avant ou apr√®s la prescription. Ces m√©thodes sont efficaces, et en m√™me temps que les plans sociaux diminuent le nombre des repr√©sentants qui viennent frapper √† la porte des m√©decins, des partenariats entre l’industrie et les √©diteurs font ressurgir l’influence par la fen√™tre des logiciels.

Donc, malheureusement, la m√©decine n’est pas libre de l’influence n√©faste des lobbies, et ce n’est pas limit√© √† l’industrie pharmaceutique.

Tu es sans doute t√©moin quotidiennement des risques pour la confidentialit√© des donn√©es m√©dicales que repr√©sentent l’usage du cloud, d’outils propri√©taires opaques, voire des transmissions de fichiers ou leur croisement dans un dossier m√©dical unique… peux-tu expliquer la situation et donner quelques exemples¬†?

Le syst√®me cens√© prot√©ger la transmission des informations m√©dicales le plus r√©pandu s’appelle Apicrypt. L’entreprise qui √©dite cette solution au nom de l’association APICEM n’a jamais publi√© aucun audit. Le code n’est pas accessible. Les algorithmes utilis√©s ne sont pas publi√©s. Les quelques analyses de reverse engineering publi√©s par des informaticiens curieux sont tr√®s n√©gatives. J’ai √©crit de nombreux messages sur les forums et les listes de discussion qui regroupent des professionnels de sant√© pour tenter d’alerter mes coll√®gues mais rien n’y fait. Cette solution qui v√©hicule 50¬†% des donn√©es m√©dicales des fran√ßais a tout de ce que les sp√©cialistes en s√©curit√© informatique et les cryptologues appellent la snake-oil crypto.

La plupart des logiciels m√©dicaux distribu√©s par les √©diteurs fran√ßais membres de la FEIMA (F√©d√©ration des √Čditeurs d’Informatique M√©dicale et Param√©dicale Ambulatoire) contiennent un module concoct√© par l’entreprise IMS Health, leader mondial de la vente de donn√©es sant√© √† l’industrie pharmaceutique. Ce module ne peut jamais √™tre supprim√© par l’utilisateur. Les m√©decins re√ßoivent des propositions pour revendre les donn√©es m√©dicales de leurs patients √† cette entreprise IMS Health (r√©cemment rachet√©e par Quintiles). Apr√®s activation du module, en √©change de leur travail de codage et de l’envoi d’informations (notamment leurs prescriptions), ils re√ßoivent de l’argent ou des r√©ductions sur le co√Ľt de l’abonnement au logiciel ou √† la base de donn√©es sur les m√©dicaments. Ils peuvent aussi recevoir des bons d’achats.

Je ne sais pas si les médecins qui font ça préviennent leurs patients.

Il est inacceptable d’imposer la pr√©sence d’un tel module dans le logiciel des m√©decins, m√™me s’il n’est pas activ√©. Qu’arriverait-t-il si ce module, programm√© pour transmettre des donn√©es vers l’ext√©rieur, √©tait d√©tourn√© de son usage par un tiers malveillant¬†?

Il est √©galement inacceptable que des m√©decins se pr√™tent √† ce commerce¬†: m√™me s’ils sont une infime minorit√©, ils remettent en cause le caract√®re absolu du secret m√©dical, qui est le fondement de la relation de soin.

La relation de confiance entre patient et médecin est compromise si nos données médicales ne demeurent pas strictement confidentielles. Photo par Vic  (CC BY-2.0)

 

Quelles sont les chances pour les logiciels libres de se faire une place dans le milieu médical, à commencer par notre médecin généraliste ?

Classiquement, dans beaucoup de domaines, la m√©decine a dix, vingt, trente ans de retard. C’est le cas pour l’informatique m√©dicale. C’est une activit√© un peu √† part. Parfois, il y a de bonnes raisons pour lesquelles les choses n’√©voluent pas aussi vite que dans les autres secteurs du num√©rique. Le c√īt√© clunky des logiciels m√©dicaux est parfois une fonctionnalit√©, pas un d√©faut¬†: il s’agit d’√©viter les erreurs m√©dicales, au risque d’obtenir une exp√©rience utilisateur d√©sagr√©able par rapport √† la derni√®re application pour smartphone.

La r√©volution du logiciel libre aura lieu. Je fais tout pour qu’elle arrive vite. La m√©decine g√©n√©rale lib√©rale, mon domaine de pr√©dilection, est en crise. Une crise de vocation essentiellement. Les jeunes m√©decins g√©n√©ralistes dipl√īm√©s n’ont plus envie de faire ce m√©tier. 80¬†% font autre chose.

Donc, soit cette profession √©volue, soit elle dispara√ģt. J’aimerais participer modestement √† redorer le blason de cette m√©decine en proposant des outils innovants mais sans concession sur l’√©thique. La plupart des m√©decins ne le savent pas encore, mais ils ont un besoin vital de logiciels libres¬†!

Tu as manifestement une double casquette, m√©decin la journ√©e et d√©veloppeur la nuit¬†? Quelle a √©t√© ta part de contribution (et celle d’autres contributeurs) dans la cr√©ation de ce logiciel¬†?

J’ai √©t√© m√©decin rempla√ßant pendant 4 ans puis j’ai arr√™t√© de pratiquer la m√©decine pour cr√©er une soci√©t√© de service en logiciel libre en 2012. J’utilisais Ubuntu depuis 2008. En 2011, au cours d’un de mes remplacements o√Ļ le logiciel de prescription √©tait obsol√®te et inutilisable, j’ai d√©couvert sur les forums francophones d’Ubuntu l’existence d’un logiciel libre de gestion des dossiers patients appel√© Medintux qui fonctionnait avec un module de prescription libre appel√© FreeDiams. Ca m’a rendu service et j’ai commenc√© √† contribuer √† la documentation, √† faire remonter des bugs. FreeDiams pouvait √™tre compil√© en tant que logiciel ind√©pendant mais c’√©tait √©galement un plugin au sein d’un projet d’EMR (Electronic Medical Record) appel√© FreeMedForms cr√©√© par Eric Maeker, m√©decin aussi, en 2008.

Au d√©but mon entreprise fournissait des services pour Medintux et FreeMedForms mais j’ai √©t√© rapidement frustr√© par le manque d’√©volution du code de Medintux et je me suis consacr√© enti√®rement √† FreeMedForms. J’ai pris des responsabilit√©s croissantes au sein de la communaut√© en g√©rant le wiki, les forums, les mailings lists, en cr√©ant un VPS pour h√©berger certains de ces services de mani√®re autonome, jusqu’√† mes premiers commits C++/Qt en 2014.

En 2015 j’√©tais la seule personne √† maintenir le projet et le code source, j’ai sorti deux nouvelles versions. J’ai aussi repr√©sent√© le projet aux RMLL 2014 et 2015.

En 2016 j’ai d√©cid√© de forker FreeMedForms pour cr√©er un nouveau projet appel√© FreeHealth EHR (Electronic Health Record).

Au niveau des commits je suis le deuxi√®me commiteur du projet, loin derri√®re Eric Maeker qui a √©crit plus de 75¬†% du code. FreeHealth int√®gre le code, le design et la structure en plugins de l’IDE Qt (Creator) ainsi que de quelques autres projets libres. Mes derniers programmes, je les avais √©crits en GFA Basic sur ATARI 520 STF il y a tr√®s longtemps¬†! J’ai d√Ľ r√©apprendre la programmation en urgence en 2014 avec comme langage C++/Qt et comme premier TP la gestion d’un logiciel de 600 000 lignes de code sans pouvoir b√©n√©ficier des conseils du cr√©ateur du projet qui s’√©tait mis en retrait pour se consacrer √† ses projets professionnels et personnels.

Ce ne fut pas facile mais ce fut une exp√©rience unique. Un peu comme commencer √† apprendre √† naviguer puis avant m√™me la fin de son premier stage de voile aux Gl√©nans, se retrouver √† la barre d’un Imoca de 60 pieds align√© au d√©part de la Route du rhum.

Des Imocas √† l’entra√ģnement, photo par JJ. Abalain (CC-BY-2.0)

 

L’application est-elle compatible avec le workflow de la S√©cu, la carte Vitale, la carte bancaire, etc.¬†?

Pour l’instant, non. La prochaine version 0.11 se servira du code du logiciel libre CardPeek pour lire les Cartes Vitales.

Le but est de s√©curiser l’ouverture du dossier pour √©viter les erreurs d’identit√© et de faire gagner du temps au m√©decin qui pourra ouvrir le dossier en un clic au lieu de chercher un patient dans la liste en tapant son nom. C’est du temps gagn√© aussi au moment de la cr√©ation d’un nouveau dossier patient. CardPeek est capable de r√©cup√©rer les donn√©es d’identit√©, notamment le num√©ro de s√©curit√© sociale, ce qui √©vitera de faire des erreurs √† cause d’homonymes par exemple.

G√©rer la t√©l√©transmission des feuilles de soins √©lectroniques √† l’Assurance Maladie est une tout autre histoire. √áa demande des ressources, du temps, une homologation par le mille-feuille administratif. Il faut savoir qu’il y a trois agences, en plus de l’assurance maladie, qui s’occupent des labels, certifications et homologation des logiciels m√©dicaux. Pas de guichet unique, au contraire¬†! Pour les d√©marches les plus simples, l’Assurance Maladie, la Haute Autorit√© de Sant√©, le GIE Sesam Vitale, ASIP Sant√© se renvoient g√©n√©ralement la balle pendant des semaines. Il y a de quoi d√©courager les projets qui ne peuvent pas d√©ployer une arm√©e d’employ√©s charg√©s de dialoguer avec le labyrinthe administratif de la e-sant√© fran√ßaise. Le r√©sultat ne s’est pas fait attendre¬†: deux acteurs concentrent 80¬†% du march√© du logiciel m√©tier pour les m√©decins lib√©raux, les solutions pour la t√©l√©transmission ou l’acc√®s aux t√©l√©services (comme faire un arr√™t de travail d√©mat√©rialis√©) sont m√©diocres et co√Ľteuses.

Ces agences gouvernementales mettent de telles barri√®res administratives et financi√®res (il faut payer pour avoir droit √† la documentation administrative, je me demande d’ailleurs si c’est bien l√©gal) que les projets libres ou les startups jettent l’√©ponge rapidement et finissent par utiliser les logiciels existants.

À ces contraintes il faut en ajouter une qui résonne étrangement dans la communauté du logiciel libre : celle de signer des accords de non divulgation avant de pouvoir manipuler les documents administratifs, les bibliothèques logicielles et les jeux de cartes de test (cartes Vitale du patient et carte CPS du professionnel de santé).

Bref, tout est fait pour an√©antir l’innovation en g√©n√©ral et compliquer la t√Ęche des libristes en particulier.

Mais nous ne nous avouons pas vaincus¬†! Je reste d√©termin√© √† tenter de regrouper tous les projets libres en sant√© fran√ßais ainsi que les startups et tous ceux qui tentent de faire bouger ce syst√®me pour √©laborer un projet commun de gestion de la CV et de la CPS. Si on r√©ussit √† d√©velopper un projet et un code open source commun, nous arriverons √† cr√©er une br√®che dans la citadelle de la e-sant√©. Nous en discutons sur la liste de diffusion francophone de LibreHealthCare, ce collectif cr√©√© il y a deux ans et qui tentent de cr√©er des synergies dans le domaine de l’open source pour la sant√©.

C’est bien joli tout √ßa, mais le logiciel est gratuit, comment la soci√©t√© que tu as cr√©√©e peut-elle y trouver son profit¬†?

Pour ce qui est de la communaut√©¬†: le logiciel n’est pas gratuit. Il est libre et il est mis √† disposition au t√©l√©chargement sur le site √† prix libre. La plupart des utilisateurs choisissent un prix libre de 0€ mais celles et ceux qui le souhaitent peuvent faire un don ou devenir contributrices ou contributeurs.

Pour ce qui est de mon entreprise¬†: je facture l’installation et la maintenance. Je vends des serveurs Debian ou Ubuntu pour stocker les bases de donn√©es sur un SGBD (MySQL ou MariaDB) dans le cabinet et j’en assure la maintenance. Je r√©alise √©galement des d√©veloppements sp√©cifiques de formulaires pour des cabinets ou des centres de sant√©. Sous licence libre aussi, et j’essaie de convaincre mes clients de me laisser publier le code source, avec 100¬†% de succ√®s jusqu’√† pr√©sent. Quand ces formulaires (xml, html, JavaScript et CSS) sont m√Ľrs et traduits en anglais, ils finissent par fusionner avec le code source principal du projet.

Bient√īt je proposerai un syst√®me de prise de rendez-vous en ligne h√©berg√©, payant pour les cabinets, bas√© sur un logiciel libre et sur des standards libres (iCal, ics, calDAV) bien s√Ľr¬†!

La documentation a l’air assez compl√®te et l’ergonomie est pens√©e pour faciliter la vie √† l’utilisateur, mais la gestion avanc√©e demande tout de m√™me des manipulations qui peuvent faire peur ou d√©courager les m√©decins qui ne veulent pas passer leur temps √† tripoter les lignes de commande, que leur conseilles-tu¬†?

Il est possible pour tout utilisateur d’installer le logiciel en mode monoposte aussi facilement que n’importe quel autre logiciel.

L’installation en mode r√©seau, pour un cabinet avec plusieurs soignants et plusieurs postes de travail, peut pr√©senter des difficult√©s pour une personne qui n’est pas √† l’aise avec l’informatique.

Par contre, l’utilisation quotidienne classique du logiciel ne n√©cessite aucune connaissance particuli√®re¬†: rien √† tripoter. Juste cliquer et entrer les donn√©es m√©dicales avec le clavier.

Tu parles peut-√™tre du syst√®me d’alertes programmables¬†? Il pourrait √™tre simplifi√© √† l’avenir pour ne pas perdre trop de monde en route. Mais c’est un plugin totalement optionnel.

Si des utilisateurs ont envie de faire l’installation eux-m√™mes, de s’auto-g√©rer pour les sauvegardes, d’apprendre √† bidouiller et d’y passer du temps, la communaut√© peut les aider et les aiguiller.

S’ils pr√©f√®rent consacrer leur temps et leur √©nergie au travail purement clinique et m√©dical, je leur conseille de faire appel √† une soci√©t√© de service en logiciel libre qui conna√ģt bien le projet.¬†;-)

Pourquoi avoir fait le choix du libre et de l’open source¬†? Il existe certainement des tas de logiciels performants fournis par les grands distributeurs de logiciels¬†?

Je suis hackeur/bidouilleur depuis l’√Ęge de 7 ans et libriste depuis le d√©but de mes √©tudes m√©dicales. Participer √† des projets libres √©tait une √©vidence. Je n’ai jamais √©crit une ligne de code qui ne soit pas libre. Et j’esp√®re n’avoir jamais √† le faire.

La qualit√© des logiciels qui dominent le secteur laisse √† d√©sirer. Ils sont devenus gros non pas en attirant de nouveaux m√©decins gr√Ęce √† leurs qualit√©s mais en rachetant les petits √©diteurs. Ce que les deux grands groupes (Cegedim et CompuGroup Medical) rach√®tent, ce n’est pas un logiciel souvent obsol√®te et en perte de vitesse. En r√©alit√©, ils ach√®tent les m√©decins captifs de ces logiciels privateurs. Apr√®s avoir pass√© des ann√©es √† entrer des donn√©es dans leur logiciel, les m√©decins, √† l’annonce du rachat, ne sont souvent pas tr√®s chauds pour se rebeller. Ils n’ont pas vraiment le choix. Aucun standard d’√©change des dossiers m√©dicaux n’a √©t√© d√©velopp√© en France. Changer de logiciel est une op√©ration p√©rilleuse et co√Ľteuse. Certains √©diteurs font payer les m√©decins pour r√©cup√©rer leurs propres donn√©es (et celle des patients)¬†! Et ensuite, il faudra payer aussi l’√©diteur du nouveau logiciel, pour qu’il effectue l’op√©ration d’importation des donn√©es. Les SGBD sont divers et vari√©s, souvent propri√©taires, parfois prot√©g√©s par des mots de passe que l’utilisateur ne conna√ģt pas. √Čcrire des scripts ou du code pour r√©cup√©rer les donn√©es depuis un tel logiciel est une op√©ration longue et complexe et donc co√Ľteuse.

Apr√®s le rachat, la multinationale rassure faussement les m√©decins en disant qu’elle va continuer √† maintenir et am√©liorer le logiciel rachet√©. Et puis, apr√®s quelques mois ou ann√©es, les nouvelles fonctionnalit√©s se font attendre, les corrections de bugs sont lentes, jusqu’√† rendre l’exp√©rience utilisateur catastrophique. C’est √† ce moment que le m√©decin re√ßoit l’offre avantageuse (une r√©duction) pour passer au logiciel vedette du groupe. Encore un non-choix.

Et tout √ßa, c’est pour les m√©decins qui ont eu la chance d’avoir un √©diteur avec une liste de patients √† racheter suffisamment longue. Pour les autres, apr√®s la faillite de l’√©diteur, ils se retrouvent avec un logiciel orphelin. Et ce cycle se r√©p√®te tous les dix ans, ponctu√© d’illusions et de na√Įvet√© de la part des m√©decins et de fausses promesses ou de mensonges commerciaux de la part des √©diteurs.

Le logiciel libre peut briser ce cercle vicieux en rendant les rapports entre les utilisateurs et les d√©veloppeurs plus √©galitaires et plus justes. Plus de rachat possible du code source puisqu’il est libre¬†! En cas de mauvaise direction prise par le projet, de rachat ou de fermeture de l’entreprise qui d√©veloppe ou assure le support du logiciel libre, les m√©decins peuvent s’adresser √† une autre entreprise ou forker¬†!

En pratique, se regrouper et confier le développement à une entreprise, peut-être via une association. Le risque de logiciel orphelin diminue. Il existe déjà des logiciels édités par des associations de médecins, mais, malheureusement, ils ne sont pas libres.

Caducée par Chlopaya РBibliothèque OpenClipart (CC0 1.0)

 

Du coup, si on veut aider/participer au code, cela se fait sous quelle licence ? Et comment fait-on pour apporter sa pierre ?

La licence principale est la GPLv3. Pour contribuer au code il suffit de forker le code sur GitHub et d’envoyer un pull request. La communaut√© FreeHealth est tr√®s ouverte aux contributeurs ext√©rieurs. Pour le code par exemple, nous acceptons les commits d’embl√©e, puis nous voyons ce que √ßa donne, et si n√©cessaire nous engageons une discussion avec le contributeur pour modifier certaines choses. Seulement si c’est n√©cessaire et en dernier recours, nous annulons le commit.

Il y a tr√®s peu de contraintes. Utiliser l’anglais est indispensable pour le code mais je peux traduire depuis le fran√ßais si n√©cessaire. Tout le monde peut contribuer mais les contributions sont v√©rifi√©es par des personnes qui doivent avoir d√©clar√© leurs liens d’int√©r√™ts avec les entreprises, les organisations, les agences du monde de la sant√©.

Nous sommes aussi favorables aux forks et nous sommes en train d’am√©liorer le code pour le rendre plus facile √† forker.

Forker, c’est exercer la libert√© 3 du logiciel libre. Vive le fork¬†! Bien s√Ľr, si les d√©veloppeurs pr√©f√®rent rejoindre la communaut√© FreeHealth et travailler avec nous, c’est encore mieux. Et comme le code est sous GPLv3, les forks sont tenus de publier leur code s’ils publient la version compil√©e, donc, avec ou sans leur collaboration, on peut r√©cup√©rer les bonnes id√©es¬†!

Le code, les variables les commentaires, la documentation du code, la documentation du logiciel, le site web, la mailing list dev et le forum principal et le compte Twitter et Mastodon sont 100¬†% en anglais. Il existe aussi bien s√Ľr une traduction du site web (dokuwiki) en fran√ßais et un forum francophone. Bon, il reste peut-√™tre 0,5¬†% de mots fran√ßais ou mal traduits dans les commentaires du code, mais ce pourcentage se r√©duit √† chaque nouvelle version.

Les professionnels de santé qui ne connaissent rien au code peuvent contribuer en proposant des améliorations, des nouvelles fonctionnalités, en faisait remonter des bugs qui peuvent être des bugs au sens médical : mauvaise ergonomie, mauvais workflow.

R√©cemment par exemple @drmathieu nous a rejoints et il a propos√© une liste de choses qui fonctionnent bien dans son logiciel actuel (non libre) pour que nous les int√©grions dans FreeHealth. Je n’ai pas le temps d’essayer toutes les nouvelles versions de tous les logiciels concurrents existants. Cette initiative est donc une aide pr√©cieuse. Les √©diteurs privateurs payent tr√®s cher des m√©decins pour faire ce que fait @DrMatthieu b√©n√©volement. Ainsi, il souhaite participer √† la construction d’un outil de qualit√© et il esp√®re r√©ussir √† convaincre ses coll√®gues de passer au libre quand il estimera que le projet lui convient.

Donner l’opportunit√© aux m√©decins de participer √† la construction de leur outil de travail est un des avantages majeurs du logiciel libre. A contrario, certains des bugs qu’il a signal√©s √† son √©diteur actuel il y a des ann√©es n’ont toujours pas √©t√© corrig√©s.

Des chiffres ? Quelle est la base utilisateurs courante ?

Difficile √† savoir. Par principe, nous ne conservons aucune statistique ni aucun log concernant les t√©l√©chargements. Le logiciel peut v√©rifier, si l’utilisateur le souhaite, l’existence d’une nouvelle version en lisant un fichier texte sur le site web. Nous n’analysons pas les connexions √† ce fichier.

Parfois je re√ßois un tweet d’un m√©decin d’une r√©gion de l’Inde ou d’un pays africain qui me dit qu’il aime utiliser FreeHealth (ou FreeMedForms).

J’ai une vague id√©e du nombre d’utilisateurs fran√ßais via les forums, les mailing lists, les retours de bugs.

√Ä vrai dire les chiffres m’importent peu, je continuerai √† porter ce projet quoi qu’il arrive jusqu’√† ce qu’il devienne un outil performant que chaque m√©decin aura envie de choisir en priorit√© face aux solutions non libres.

Des projets de développement ? Prochaines étapes ?

La prochaine √©tape est d’int√©grer une base de donn√©es sur les m√©dicaments √† jour. Nous avons choisi la base Th√©riaque, √©dit√©e par une association regroupant de nombreux h√īpitaux. L’avantage de Th√©riaque par rapport aux trois autres bases concurrentes est son ind√©pendance. Elle n’a aucune relation avec l’assurance maladie, l’industrie pharmaceutique, l’industrie des donn√©es de sant√© ou les √©diteurs privateurs de logiciels m√©dicaux. Les trois autres bases de donn√©es ont des liens d’int√©r√™ts ou appartiennent en partie √† un ou plusieurs de ces acteurs.

Un autre changement fondamental va intervenir dans la structure du logiciel. Je suis partisan du mouvement OpenNotes qui permet aux patients de lire le contenu de leur dossier m√©dical. C’est tr√®s important pour am√©liorer la relation patient/m√©decine et la qualit√© des soins. Des √©tudes ont montr√© que les patients qui avaient acc√®s √† leur dossier relevaient de nombreuses erreurs et aidaient √† les corriger. C’est une mani√®re de diminuer le risque d’√©v√©nements ind√©sirables li√©s aux soins.

Par ailleurs, je me suis aper√ßu que traiter patients et soignants diff√©remment au niveau du code n’avait pas beaucoup de sens. De nombreuses classes sont redondantes. En fait, le patient doit devenir un utilisateur √† part enti√®re du logiciel. Cette √©volution va entra√ģner de gros changements structuraux et la n√©cessit√© de g√©rer les acc√®s aux donn√©es diff√©remment. Mais au final le code sera plus simple et plus facile √† maintenir. √Čvidemment, comme toutes les fonctionnalit√©s du logiciel, l’utilisateur reste le d√©cideur. Nous respecterons le libre-arbitre des m√©decins qui ne souhaiteront pas activer cette fonctionnalit√©.

Pour ce qui concerne mon entreprise, j’aimerais la transformer en SCIC (Soci√©t√© Coop√©rative d’Int√©r√™t Collectif) pour que les utilisateurs soient encore plus impliqu√©s dans la construction de leurs outils et pour qu’ils financent eux-m√™mes les d√©veloppements futurs, afin de garantir l’ind√©pendance financi√®re du logiciel.

Le mot de la fin ?

Ni la sant√©, ni la m√©decine, ne sont un commerce ou une industrie. Les valeurs du logiciel libre et open source nous permettront d’apporter des solutions √©thiques, ind√©pendantes, performantes, respectueuses du secret m√©dical, des droits et des libert√©s de toutes les personnes¬†: personnes en bonne sant√© et qui souhaitent le rester, patients et professionnels de sant√©.

La relation de soin est bas√©e sur la confiance, notamment sur la certitude que ce qu’on confie au soignant ne sortira pas du cadre du soin. Seuls des outils libres et open source peuvent garantir de mani√®re v√©rifiable que cette relation de confiance ne risque pas d’√™tre bris√©e.

Vive le logiciel libre, vive Framasoft !

 

Liens

Médecine libre a un compte Mastodon

 

Antoine Moreau¬†: ¬ę¬†l‚Äôinfini est en cours¬†¬Ľ

Par framasoft

 

Personnage atypique dans notre galerie de portraits des dessinateur-ice-s qui publient sous licence libre, Antoine Moreau partage en copyleft des dessins réalisés par des personnes de rencontre. Entre autres activités.

Une démarche artistique hors normes, qui dure depuis super longtemps !

Nous avons d√©j√† longuement parl√© d’Antoine en 2011.

Salut Antoine ! Est-ce que tu peux te présenter ?

Je suis un artiste peut √™tre. J’ai √©t√© √† l’initiative et co-r√©dacteur de la Licence Art Libre en 2000. J’ai mis en place l’association Copyleft Attitude.


Je suis ma√ģtre de conf√©rences au d√©partement Multim√©dia de l’Universit√© Franche-Comt√©. En mai de cette ann√©e j’ai organis√©, avec le soutien de l’universit√©, un festival d’art contemporain num√©rique transm√©dia et libre copyleft √† Montb√©liard.

Raconte-nous comment est n√© ton projet, et depuis combien de temps tu fais √ßa¬†? (j’ai vu des dessins de 1982¬†!)

De 1982 √† 1997 j’ai demand√© √† des personnes de rencontre de me dessiner quelque chose sur une feuille vierge A4. Elles signaient, je contresignais et conservais la feuille.

En février 2008 je reprends cette activité avec quelques changements :

  • ¬†La feuille comporte une mention l√©gale copyleft selon les termes de la Licence Art Libre.
  • Je ne contresigne pas.
  • Le dessin est scann√© ou photographi√©.
  • Il est restitu√© √† son auteur.
  • J’en conserve une copie num√©rique et mets en ligne.

Je pense que si j’ai √©t√© amen√© √† faire ces dessins c’est pour r√©pondre √† un probl√®me simple¬†: que dessiner et comment le faire¬†?
En confiant la r√©alisation du dessin √† qui veut bien le faire √† ma demande, je d√©couvre ma part d’auteur exc√©dant visiblement l’auteur que je suis cens√© √™tre et reconnu comme tel par ce qu’il a en propre.

Aux RMLL en 2009 je pr√©sentais ainsi (avec une touche de Lao Tseu) ce que j’allais faire¬†:
Antoine Moreau se promène avec des feuilles vierges copyleft selon les termes de la Licence Art Libre pour les offrir à qui veut dessiner dessus.
Il adopte la tactique du non-agir, et pratique l’enseignement sans parole.
Toutes choses du monde surgissent sans qu’il en soit l’auteur.
Il produit sans s’approprier, il agit sans rien attendre, son œuvre accomplie, il ne s’y attache pas.

Tu es vraiment √† l’origine du copyleft¬†?

Non, c’est Don Hopkins, artiste et programmeur, ami de Richard Stallman qui, un jour de 1984, lui a envoy√© une lettre avec not√© sur l’enveloppe cette phrase¬†: ¬ę¬†Copyleft — all rights reversed¬†¬Ľ. ¬ę¬†Copyleft¬†¬Ľ est alors devenu le mot qui allait d√©signer l’id√©e du logiciel libre tel qu’il a √©t√© formalis√© par la General Public License.

Est-ce que tu es toi-m√™me dessinateur¬†? J’ai vu des sculptures, aussi.

Je confie des sculptures √† des personnes de rencontre en leur demandant de la confier √©galement √† quelqu’un d’autre et ainsi de suite, sans qu’il n’y ait de propri√©taire d√©finitif ni de point de chute final. Je demande simplement √† ce qu’on m’informe de l’histoire de la sculpture¬†:
√† qui elle a √©t√© confi√©e, o√Ļ elle se trouve et quand s’est pass√©e la transmission, de fa√ßon √† avoir un historique de l’œuvre itin√©rante.

Peinture¬†: une peinture de peintres. Je propose √† des peintres de se peindre les uns par dessus les autres sur une toile. Cette peinture n’aura pas de fin, pas d’image arr√™t√©e. C’est la peinture sans fin par la fin de la peinture. Chaque couche de peinture d’un peintre diff√©rent fait dispara√ģtre, enti√®rement ou en partie la couche pr√©c√©dente.Des traces photo demeurent.

Tu as fait des expositions physiques, aussi. Beaucoup ?

Fatalement, un artiste est amené à montrer son travail. Je me suis appliqué à cette convenance.

Tu as besoin de contributeurices¬†? D’aide financi√®re¬†? D’admiration¬†? De c√Ęlins¬†?

Apr√®s avoir soutenu ma th√®se en 2011¬† ¬ę¬†Le copyleft appliqu√© √† la cr√©ation hors logiciel. Une reformulation des donn√©es culturelles¬†?¬†¬Ľ il y a eu le projet d’en faire un framabook. Il y a eu enthousiasme et d√©bat et tentative de passage √† l’acte. Plut√īt que de r√©viser moi-m√™me le texte pour l’adapter au format livre j’avais propos√© l’id√©e de laisser la communaut√© Framasoft le faire¬†: couper dans le texte, choisir les passages √† conserver, etc. en ayant, bien s√Ľr, un droit de regard. Un wiki a √©t√© mis en place mais sans suite.

Eh bien je n’√©tais pas l√† √† ce moment-l√†…

Ce Framabook serait semblable, dans son process, aux dessins dont je propose la r√©alisation. J’offre la mati√®re, vous r√©alisez la forme que √ßa va prendre.

Comme d’habitude dans le Framablog, nous te laissons le mot de la fin.

Il n’y a pas de mot de la fin. L’infini est en cours. Tout se poursuit. D’une fa√ßon ou d’une autre.

 

Tous les dessins sont extraits de la collection d’Antoine.

Fête de l’Huma 2017 : les nouveautés de l’Espace numérique

Par framasoft

Comme chaque ann√©e maintenant, la F√™te de l’Humanit√© h√©bergera un espace num√©rique largement d√©di√© aux associations du libre.

Et c’est devenu une sorte de tradition aussi, le Framablog fait le point avec Yann Le Pollotec sur la programmation et les nouveaut√©s.

Nous avons déjà évacué les questions des grincheux qui nous reprochaient une collusion politique avec le PCF.

Quand on fait de l’√©ducation populaire, il ne faut pas perdre une occasion d’aller parler √† un public qui re√ßoit le discours avec plaisir.

La campagne D√©googlisons avait √©t√© extr√™mement bien accueillie l’an dernier, notamment. Nous n’avions pas le moindre tract √† ranger le dimanche soir.

 

Alors, Yann, verrons-nous de nouvelles têtes cette année ?

Nous aurons en particulier le projet Coopcyle de plateforme alternative et coopérative : pour un Pari(s) anti-uberisation !

Il s’agit d’une plateforme num√©rique d√©velopp√©e en logiciel libre avec une condition d’utilisation¬†: cr√©er une coop√©rative. Le code ne peut √™tre utilis√© que dans le cadre d’une entreprise collective appartenant √† ses travailleurs. Il a suffit qu’un d√©veloppeur s’y mette pour qu’on ait la plateforme Coopcycle. Encore perfectible, elle est tout de m√™me d’ores et d√©j√† utilis√©e par une association √† Toulouse. Les bases sont jet√©es, il reste alors √† diffuser ce projet pour que coursiers et clients se les approprient.

Derri√®re cette plateforme l’id√©e est d’ouvrir une alternative concr√®te et viable aux coursiers en leur permettant de sortir de l’auto-entrepreneuriat sans passer par la case ¬ę¬†salariat formel¬†¬Ľ, en constituant leur propre coop√©rative. Au-del√† du seul cas des coursiers, il s’agit de cr√©er un nouveau bien commun, utilisable par tou.te.s, monopolisable par personne, et de participer √† la construction d’un num√©rique au service de l’int√©r√™t g√©n√©ral.

Et nous pr√©senterons aussi en d√©monstration permanente l’anti-Monopoly en version fran√ßaise¬†: le Commonspoly. Il s’agit d’un nouveau jeu de plateau qui est une transgression du Monopoly car pour gagner il faut coop√©rer.

Pour en savoir plus :

Le projet WikiD√©bats sera aussi √† l’honneur. Il s’agit d’une encyclop√©die en ligne de d√©bats libre et collaborative. Chaque page rassemble et r√©sume les arguments ¬ę¬†pour¬†¬Ľ et ¬ę¬†contre¬†¬Ľ d’un d√©bat, ainsi que leurs objections, pour permettre √† chacun de se forger une opinion ¬ę¬†√©clair√©e¬†¬Ľ, en connaissance de cause.

Wikid√©bats sera pr√©sent√©, √† partir de divers supports de communication, de textes pr√©sentant les motivations et les enjeux du projet, et d’ordinateurs connect√©s √† internet permettant de voir directement √† quoi ressemble le site.

C√īt√© lieux de fabrication num√©rique, le Fablab des Fabriqueurs sera pr√©sent pour la premi√®re fois au c√īt√© du Petit Fablab de Paris.

Stand du Petit Fablab de Paris¬†: r√©alisation d’une machine infernale – Espace Logiciel Libre / Hackers / Fablabs de la f√™te de l’Huma 2016

 

Enfin la webradio Libre √† Toi qui maintenant √©met aussi sur la bande FM, s’installera sur place et suivra en directe les trois d’activit√© de l’Espace.

 

Et de nouvelles initiatives ?

Trois grands débats :

  • Vendredi 15 septembre √† 17h30¬†: ¬ę¬†Une soci√©t√© des Communs est elle possible face au capitalisme digital¬†?¬†¬Ľ
    Avec Benjamin Coriat, √©conomiste atterr√© auteur du ¬ę¬†Retour des Communs¬†¬Ľ, Alain Obadia pr√©sident de la Fondation Gabriel P√©ri, Laurence Allard chercheuse et activiste du num√©rique, Arthur De Grave co-fondateur de OuiShare avec la pr√©sentation Coopcycle¬†;
  • Samedi 16 septembre √† 10h30¬†: ¬ę¬†Les civic-tech¬†: R√©volution citoyenne ou populisme num√©rique¬†?¬†¬Ľ
    Avec Ciryl Lage pr√©sident de ¬ę¬†Parlement & Citoyens¬†¬Ľ, Manu Reilhac cr√©ateur de la plateforme ¬ę¬†Wikid√©bats¬†¬Ľ, un.e- repr√©sentant.e de Framavox-Loomio [note du Framblog : sans doute un.e membre de Framasoft, on ne sait pas encore qui sera disponible, c’est dans longtemps ^^]¬†;
  • Samedi 16 septembre √† 18h¬†: ¬ę¬†L’intelligence artificielle va-t-elle nous piquer notre job et nous asservir¬†? Mythes et r√©alit√©s¬†¬Ľ
    Avec Jean Gabriel Ganascia, professeur √† l’Universit√© Pierre et Marie Curie, chercheur en Intelligence artificielle, pr√©sident du comit√© d’√©thique du CNRS, Jean-Luc Molins, secr√©taire national de UGICT-CGT, Yann Le Pollotec, responsable de l’Espace num√©rique de la F√™te de l’Huma.

 

Stand Apedec/Ecodesign Fablab en 2016

 

Comme toujours, l’espace est auto-g√©r√© et n√©cessite un petit coup de pouce financier au-del√† de ce qui est fourni par l’organisation de la F√™te. C’est finalement un tout petit budget pour un si grand village du Libre, comment est-ce possible¬†?

La f√™te de l’Huma a un petit c√īt√© Robin des Bois puisqu’il y a une p√©r√©quation des co√Ľts entre ceux qui peuvent le plus et ceux qui peuvent le moins. Cependant ce syst√®me de solidarit√© a des limites d’autant qu’en raison des √©v√©nements tragiques des ann√©es 2015 et 2016 les co√Ľts globaux de la f√™te li√©s √† la s√©curit√© ont augment√© de 400.000 €. C’est pourquoi nous devons financer de mani√®re participative l’√©lectricit√©, la liaison internet haut d√©bit, la location du mobilier, les places de parkings exposants, les passes d’entr√©e pour les associations qui ne peuvent se les payer, et divers autres frais.

Et comme l’an dernier, les militant-e-s libristes sont cordialement invit√©-e-s √† venir donner un coup de main, pour une journ√©e ou pour une heure entre deux concerts, deux d√©bats…

En effet, l’espace mobilise une bonne cinquantaine de b√©n√©voles dans la joie et la bonne humeur… avec la pr√©sence d√©j√† confirm√©e de l’April, du CECIL, de Creative Commons France, de Coopcycle, du Collectif Emmabunt√ľs, de la FDN/Franciliens.net, de Framasoft, de L’autre Net, de La Mouette, de Libre √† toi, de Mageia, d’Open Edge, des Ordis libres, de Parinux, du Petit Fablab de Paris, des Fabriqueurs, d’Ubuntu, de Wiki D√©bat… [note du Framablog : on ne vous met pas tous les liens, hein, Tonton Roger est votre ami]

Donc rendez d√®s le vendredi 15 septembre sur l’Espace du num√©rique libre, des communs et des fablabs. Bonne f√™te de l’Huma 2017 √† toutes et tous.

Affiche de l’Espace de la R√©volution Num√©rique r√©alis√©e par P√©h√§ (interview√© dans le Framablog ce mois-ci) l’ann√©e derni√®re

 

En savoir plus

F√™te de l’Humanit√©¬†: 15-16-17 septembre 2017 – Parc d√©partemental Georges Valbon √† La Courneuve (93) – Pass 3 jours 35€ – http://fete.humanite.fr/

Espace numérique de la Fête : http://fete.humanite.fr/La-planete-numerique

Gwenn Seemel, artiste lumineuse

Par framasoft

Gwenn est une artiste franco-am√©ricaine qui vit √† aux √Čtats-Unis.

Elle milite activement dans diff√©rents domaines en plus de dessiner super bien et d’avoir toujours un grand sourire lumineux.

Portrait d’une belle personne.

 

Bonjour Gwenn. Est-ce que tu peux te présenter ?

J’ai 36 ans, mais j’ai toujours l’impression d’avoir 12 ans, surtout quand je parle en fran√ßais. J’ai v√©cu en Bretagne avec mes grands-parents de temps en temps quand j’√©tais plus jeune, mais sinon j’√©tais plut√īt aux √Čtats-Unis. Le fran√ßais reste un peu la langue de mon enfance.

Tu veux bien nous en parler de tes militantismes ?

On se conna√ģt √† cause du travail que je fais autour du droit d’auteur, mais ce travail existe dans un contexte plus large. Je veux vivre dans un monde o√Ļ l’artiste —¬†et, en particulier, l’artiste ind√©pendant¬†— est pris au s√©rieux. D√©noncer le droit d’auteur comme le mensonge qu’il est fait partie de ce travail. L’id√©e de la propri√©t√© intellectuelle d√©boussole beaucoup d’artistes, en leur faisant croire qu’ils ne font que produire des objets et les vendre. En fait, les artistes cr√©ent des liens avec les autres √† travers leur art et c’est √† cause de ces liens que les artistes se font payer. Si tout le monde comprenait mieux le fait que l’art est beaucoup plus qu’un objet ou une œuvre, l’artiste sera vu autrement.

Bien s√Ľr, l’art n’est pas tout.¬†:) Le f√©minisme, l’anti-racisme, les droits LGBTQ, et l’environnement me passionnent aussi et j’en parle beaucoup dans mon art et sur mon blog.

 

Tu donnes l’impression de vivre dans une grande s√©r√©nit√© joyeuse. Tes portraits sont pleins de lumi√®re et de couleurs. Est-ce qu’il y a des choses qui te blessent¬†? Qui te rendent triste¬†?

C’est un effort de me pr√©senter comme quelqu’un qui vit dans une grande s√©r√©nit√©, donc d’abord je te remercie de l’avoir remarqu√©¬†!¬†:) Apr√®s, la v√©rit√© c’est qu’il y a trop de choses qui me blessent. C’est pour √ßa que je travaille autant pour √™tre une source de joie.

Les choses qui me rendent triste commencent avec tous les domaines dans lesquels je suis militante, mais n’en finissent pas l√†. En ce moment, l’aversion que je ressens envers le gouvernement aux √Čtats-Unis submerge le reste. C’est au point o√Ļ je n’ai m√™me plus honte du Pr√©sident et de son r√©gime parce que le probl√®me est beaucoup trop grave pour un sentiment comme l’embarras.

Ceci dit, les difficult√©s quotidiennes de la vie de l’artiste p√®sent aussi. Cela fait deux ans que j’ai quitt√© la c√īte ouest des USA pour la c√īte est, et j’ai toujours du mal √† situer mon art et mon business dans ce nouvel endroit. Petit √† petit je reconstruis une communaut√© autour de mon art, et tous les jours je suis reconnaissante envers la communaut√© en ligne qui n’a pas cess√© de me soutenir. You’re the best¬†!

Qu’est-ce qui t’a amen√©e au dessin¬†? Comment as-tu appris¬†?

J’ai un fr√®re a√ģn√©, et comme tous fr√®res a√ģn√©s il me taquinait beaucoup quand on √©tait plus jeune. Un jour —¬†il avait 9 ans, moi 6¬†— on jouait ensemble. On s’√©tait construit un vaisseau spatial avec les coussins du canap√©. Il pilotait, et je faisais semblant de participer √† l’aventure mais en r√©alit√© je dessinais quelque chose. Quand mon fr√®re a vu ce que je faisais, il s’est arr√™t√© pour me faire un compliment. Depuis, je fais de mon mieux pour que les autres soient oblig√©s d’arr√™ter de piloter leur vaisseau spatial pendant deux minutes pour voir le monde diff√©remment.

J’ai appris √† dessiner en copiant. Oui, j’ai fait des √©tudes √† la fac et j’ai eu plein de profs extraordinaires, mais ce n’est qu’en imitant les autres que je suis arriv√©e l√† o√Ļ je suis.

 

Des sources d’inspiration¬†? Des artistes qui t’ont donn√© envie de les √©galer¬†?

En ce moment, je regarde beaucoup l’œuvre de Joi Murugavell, Ashley Ja’nae, et Jan Heaton sur Instagram. L’artiste franco-am√©ricaine Louise Bourgeois m’inspire √©norm√©ment, tout comme les √©crivains Octavia Butler et Cory Doctorow.

 

Pourquoi publier sous licence libre ?

Pourquoi publier avec copyright ?

Je rigole.¬†:) Mais c’est comme √ßa que je pr√©f√®re r√©pondre √† cette question quand je parle avec quelqu’un qui affirme le copyright. C’est une mani√®re de leur montrer tout de suite qu’on peut aussi questionner leur position. M√™me si leur choix repr√©sente la norme, √ßa reste un choix.

Ma vraie r√©ponse remonte toujours √† la source —c’est √† dire, √† toutes les sources pour mon art. Puisque je ne peux pas cr√©er sans toute la culture qui m’entoure, il me semble malhonn√™te d’essayer d’enlever mon art de cette m√™me culture qui inspire les autres.

 

Quelles sont les licences que tu utilises ?

Je mets mon art dans le domaine public et j’essaie d’√™tre aussi claire que possible sur ce sujet. Je n’utilise pas la licence CC0 parce que, m√™me si je crois que Creative Commons est une super id√©e qui m√©rite d’√™tre r√©pandue dans le monde entier, il ne va pas assez loin pour moi. Ceci dit, cela ne me d√©range pas qu’on parle de mon art comme √©tant sous licence CC0.¬†:)

 

Est-ce que tu arrives √† vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai travail s√©rieux √† c√īt√©¬†?¬†:)

Cela fait 14 ans que je vis de mon art exclusivement. Mon mari est freelance aussi et parfois c’est lui tout seul qui paie le loyer, mais souvent c’est moi toute seule qui le paie. Travailler pour soi-m√™me n’est jamais facile, mais c’est un d√©fi fascinant et une aventure qui est s√Ľrement plus agr√©able √† deux.

 

Comment dessines-tu ? Est-ce que tu travailles avec un ordinateur ou à la main ?

√Ä la main. Cela m’arrive d’utiliser l’ordinateur pour manipuler les images, puis travailler √† la main √† partir de ses images. Et parfois je dessine quelque chose sur papier puis je la scanne pour pouvoir la manipuler sur l’ordinateur. Je n’ai fait qu’un dessin num√©rique directement sur une tablette et le processus me para√ģt toujours assez myst√©rieux.

C’est un peu comme la diff√©rence entre √©crire √† la main et taper √† la machine. Quand on fait quelque chose √† la main, on a un peu l’id√©e de l’ensemble avant m√™me de commencer. Il faut imaginer la place que le dessin ou le texte va prendre, et il faut √™tre conscient qu’on ne va jamais pouvoir effacer les traits compl√®tement. Dans le num√©rique il y a une libert√© que j’appr√©cie, mais qui ne me convient pas toujours…

 

On peut te suivre quelque part ? Un blog, les réseaux sociaux ?

Je publie des articles et des vidéos au moins une fois par semaine sur mon blog :
http://www.gwennseemel.com/index.php/blog/

J’ai un profil sur Patreon (le Tipeee des √Čtats-Unis)¬†:
https://www.patreon.com/gwenn

Je suis ¬ę¬†Gwenn Seemel¬†¬Ľ sur Facebook et ¬ę¬†gwennpaints¬†¬Ľ sur Twitter, Instagram, et YouTube.

 

Qu’est-ce qui te motive √† publier autant sur ta d√©marche, ton travail¬†?

La plupart des gens travaillent pour une entreprise ou une institution. Autrement dit, ils remplissent un si√®ge qui existe d√©j√† et qui pourrait √™tre rempli par n’importe qui du moment o√Ļ la personne a les qualifications. L’artiste doit inventer lui-m√™me son si√®ge. Il doit persuader tout le monde que non seulement l’art en g√©n√©ral compte pour quelque chose, mais son art en particulier a un sens. Autrement dit, l’artiste doit devenir une sorte d’institution en lui-m√™me.

Souvent les artistes arrivent √† cela en travaillant avec des institutions—en exposant dans des galeries, en faisant des conf√©rences √† des universit√©s, et en vendant de l’art √† des entreprises. Et parfois j’ai suivi ce chemin, mais je pr√©f√®re devenir une institution en m’engageant directement avec le public. D’une part, c’est √ßa le but en publiant autant sur le Web.

 

Tu as √©crit un livre sur le droit d’auteur que notre Pouhiou a sur sa table de chevet. Quelles ont √©t√© les r√©actions √† la suite de sa parution¬†?

Idiote ou prophète. Voilà comment on me décrit après ce livre. Je crois que la réalité se trouve entre les deux extrêmes. :)

 

Quand aurons-nous la chance de te croiser en France¬†? La derni√®re fois, c’√©tait aux RMLL 2015, je crois.

Quand je serai invit√©e √† nouveau pour parler du copyright et de la cr√©ativit√©¬†!¬†:) La France, la Suisse, la Belgique, le Qu√©bec —tous ces voyages magnifiques ne se sont faits qu’avec le soutien d’une super communaut√© qui croit en moi et en ce que je cr√©e.

Et comme d’habitude sur le Framablog, on te laisse le mot de la fin.

On ne peut pas convaincre un autre de son point de vue. Plut√īt le but —de la discussion, de l’art, de la vie¬†!— est de donner √† l’autre envie de questionner ses id√©es et √† voir le monde √† nouveau.

 

Pour en savoir plus

Les livres de Gwenn Seemel

Ses explications sur sa démarche, en vidéo et en français

Péhä : il lisait des Picsou, il dessine des gnous !

Par framasoft

 

Des d√©veloppeurs de logiciels libres, on en trouve presque √† la pelle. Des artistes libres… √ßa se complique, mais on en trouve¬†! Bien √©videmment, il y a Gee et vous avez d√©j√† lu l’interview de David Revoy ici m√™me √† l’occasion de la sortie papier de Pepper & Carrot, mais d’autres se cachent encore dans les tr√©fonds des Internetz¬†!

Nous passons l’√©t√© √† les chercher pour vous les pr√©senter. Samedi dernier, vous avez pu d√©couvrir Nylnook et nous avons encore quelques surprises en pr√©vision.

Voici P√©h√§¬†! Vous avez peut-√™tre aper√ßu ses dessins ces derniers temps sur les r√©seaux sociaux via nos comptes. En effet, il a illustr√© les articles √©crit par Emmabuntus et Arpinux dans L’√āge de faire √† propos de certains de nos services.

Comme il a un joli coup de patte, nous avons décidé de lui poser quelques questions pour en savoir plus sur lui.

Bonjour P√©h√§. Est-ce que tu peux d√©j√† te pr√©senter¬†? (et d’o√Ļ vient ton pseudo avec les accents extra-terrestres¬†?)

Hello Framasoft, je suis donc P√©h√§, j’ai 32 ans, je vis pr√®s d’Angers (c’est dans l’ouest de la France pour Pouhiou¬†:-) ). Le pseudo avec les accents c’est un petit jeu de mot avec les initiales de mon pr√©nom. √áa date d’il y a quelques ann√©es quand je faisais du volley, c’√©tait pour rigoler mais comme tout mon entourage irl m’appelle comme √ßa depuis, j’ai gard√© ce pseudo sur le net.

Qu’est-ce qui t’a amen√© au dessin¬†? Comment as-tu appris¬†?

Comme tous les gosses, j’ai pas mal dessin√© √©tant gamin. J’ai fais arts plastiques comme tout le monde au coll√®ge/lyc√©e (surtout parce qu’√† l’√©poque le pc de la salle d’art √©tait pas surveill√© et que c’√©tait une bonne b√©cane pour t√©l√©charger des roms de M√©gadrive ni vu ni connu…), mais je n’ai jamais suivi de cours ou fait les beaux-arts. Je le regrette aujourd’hui un peu, car je fais pas mal d’erreurs (anatomie, proportions, perspectives) et je suis lent dans l’ex√©cution d’un dessin.

Des sources d’inspiration¬†? Des dessinateurs qui t’ont donn√© envie de les √©galer¬†?

Comme j’ai pas assez de bases, je m’inspire beaucoup de certains dessinateurs dont Moebius (Jean Giraud), Georges Herriman, Bill Watterson, Serre et bien s√Ľr Franquin. Dans un genre tout autre, je voue un culte aux estampes d’Hiroshige, notamment les s√©ries sur le tokaido ou les sc√®nes de la vie quotidienne d’Edo.

 

Uderzo, aussi, manifestement…

Les tac au tac de Jean Frapat que j’ai d√©couvert sur le site de l’INA m’inspirent √©galement beaucoup.

 

Tu lisais quoi comme BD quand tu étais plus jeune ?

√áa va faire sourire mais j’ai commenc√© par Donald, les histoires de Carl Barks son cr√©ateur. Et puis La jeunesse de Picsou de Don Rosa qui a √©t√© une premi√®re claque pour moi. (j’avais dans les 8-9 ans.). Un soir une voisine m’a pass√© deux BD de sa collection. c’√©tait des Gaston Lagaffe. J’avais 10 ans. J’ai lu la s√©rie d’une traite. Quelques jours plus tard ma m√®re m’abonnait √† Spirou. J’ai essay√© les mangas (Gunnm) mais sans trop accrocher. Je ne lis pas beaucoup de BD en fait, ou bien juste pour observer le dessin et les trucs et astuces des dessinateurs.

Pourquoi publier sous licence libre ?

Pour la libert√© d’utilisation et de modification. Je veux que mes personnages puissent √™tre repris par d’autres sans restriction. C’est ce que moi en tant que lecteur j’aurais aim√© pouvoir faire avec Donald et Picsou (sans rire j’avais un sc√©nario du tonnerre¬†!). J’ai du mal avec l’id√©e m√™me de propri√©t√© intellectuelle ou bien de cr√©ation artistique. On ne cr√©e rien, on adapte, on remixe, on ajoute son originalit√© rien de plus. Voil√† pourquoi je publie sous licence libre car je ne poss√®de rien, j’emprunte √† tous donc je redonne.

Quelles sont les licences que tu utilises ?

J’ai commenc√© par la CC-BY-SA et la LAL et puis je suis pass√© en CC-BY lors de la publication de certains de mes dessins sur gnu.org. Mais rien n’est d√©finitif √ßa peut changer.

Est-ce que tu arrives √† vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai boulot honn√™te √† c√īt√©¬†?

Je suis amateur. J’ai un travail culinaire, qui me sert √† faire vivre ma petite tribu √† c√īt√© gentiment. J’ai une page liberapay. (je remercie au passage mes 3 donateurs anonymes) avec le secret espoir de pouvoir couvrir mes d√©penses pour le dessin avec les dons. M√™me si ce n’est pas beaucoup c’est toujours √ßa de moins sur le budget familial.

Comment t’es-tu retrouv√© √† faire les dessins des articles dont on parlait dans l’intro¬†? (et d’ailleurs, merci)

√áa c’est gr√Ęce √† Patrick d’Emmabuntus qui est depuis un an notre manager/attach√© de presse/impresario √† Arpinux et moi.¬†;)

L’ann√©e derni√®re Patrick m’avait demand√© une affiche pour la f√™te de l’Huma et en septembre avec Arpinux ils ont commenc√© √† travailler sur les articles de l’√Ęge de faire. Par charit√© ils m’ont propos√© de faire des dessins en bas de leurs articles¬†:) J’ai accept√© et voil√†. J’en profite pour les saluer eux et toute l’√©quipe, car bosser sur ces articles √©tait vraiment tr√®s plaisant, un vrai travail d’√©quipe.

Parlons technique¬†: comment dessines-tu¬†? Krita comme David¬†? Inkscape comme Gee¬†? Avec du charbon sur les murs d’une grotte comme les hommes de Cro-Magnon¬†? (eh oui, les dessins des hommes de Cro-Magnon sont dans le domaine public, donc sont libres 😉)

√áa d√©pend du moment, mais habituellement je fais mon crayonn√©/encrage sur papier au feutre calibr√© puis je fais les couleurs sous Krita (je suis nul pour faire les couleurs √† l’aquarelle) et je d√©coupe/cadre/ajoute du texte avec Gimp. J’utilise √©galement un peu Inkscape mais pas au m√™me niveau que Nylnook ou Gee ou bien Odysseus. J’utilise une tablette graphique qui m’a √©t√© offerte par le fondateur de PrimTux. J’ai √©galement mes crayons de couleurs mais essentiellement pour des dessins qui n’ont pas vocation √† √™tre num√©ris√©s.

Un peu de satire ne peut pas faire de mal…

On peut te suivre quelque part ? Un blog peut-être ? (On pose la question pour la forme mais Tonton Roger a su te trouver)

Oui j’ai un blog mais super mal aliment√©. Je suis surtout sur Framasph√®re (Mastodon aussi mais je gal√®re). Le plus simple √©tant √©galement de m’envoyer un e-mail ou de venir prendre un th√© ou un caf√© √† la maison.

Et comme d’habitude, on te laisse le mot de la fin.

Je laisse mes deux comp√®res conclure…

Allez, avant de partir je salue l’√©quipe historique d’Handylinux ( Fibi, Trefix, Starsheep, Thuban, Coyotus, Bruno Legrand, ceux que j’oublie (n’h√©sitez pas √† m’envoyer des mails d’insultes) et bien s√Ľr Arpinux. C’est gr√Ęce √† eux et √† leur confiance que mes dessins ont pu √™tre diffus√©s lors des publications de version, un grand Merci.

Nylnook, le gentil lutin écolo-dessinateur

Par framasoft

Cet √©t√©, nous vous proposons une s√©rie d’articles sur les dessinateur-ice-s libristes.

Nous vous avons d√©j√† parl√© de David Revoy. D’autres artistes talentueux partagent leur travail graphique sur Internet. Et certains en vivent¬†!

C’est Camille Bissuel qui inaugure cette respiration estivale, √† l’occasion de la sortie du premier √©pisode de sa BD Mokatori.

Nous avons craqué pour son style graphique, mais aussi pour son bagout.

Bonjour Camille. Est-ce que tu peux te présenter ?

Photo par Elisa de Castro Guerra

Alors, je suis un Camille (♂), 33 ans, illustrateur et graphiste, je travaille de chez moi, dans les Hautes-Alpes, pr√®s de Gap. Mon pseudo est Nylnook, le nom d’un petit lutin du p√īle nord que j’ai imagin√©.

Dans mes activit√©s libristes, j’ai particip√© √† l’√©criture de quelques livres avec Flossmanuals Francophone. J’utilise des logiciels libres exclusivement pour mon travail depuis que je suis devenu ind√©pendant en 2008¬†: par exemple Krita, Inkscape, Scribus, Blender, et beaucoup d’autres… Il m’arrive de former des gens √† ces logiciels, et je publie mes travaux personnels sous licence libre √©galement (souvent la Creative Commons by-sa).

 

Tu sors le premier √©pisode d’une belle BD sur le r√©chauffement climatique.¬† Tu es militant √©colo¬†?

Je n’ai pas l’impression d’√™tre tr√®s p√©nible sur ce sujet avec mes proches ou avec les gens que je rencontre, mais oui je suis convaincu qu’il y a vraiment du boulot sur l’√©cologie, comme sur celui du libre¬†! Et c’est devenu le sujet de beaucoup de mes travaux artistiques. Donc je dois √™tre une sorte de militant pervers qui ne va pas vous baratiner ou vous reprocher de ne pas avoir √©teint la lumi√®re, mais qui avance un peu cach√© pour vous montrer des images choquantes de notre futur¬†! √áa m’est venu en auto-construisant ma maison, j’ai √©t√© forc√© de comprendre l’ampleur des d√©g√Ęts.

La diff√©rence avec le militantisme pour (grand sac) le logiciel libre, la culture libre et la vie priv√©e num√©rique, c’est l’urgence. Si dans 100 ans, tout le monde n’est pas pass√© sur Linux, ce sera dommage, mais on devrait survivre. Si on est plus capable de s’auto-h√©berger ou de rester anonyme sur Internet, √ßa sera d√©j√† plus emb√™tant. Mais pour le changement climatique, si on ne fait rien de radicalement diff√©rent avant 2020, dans moins de 3 ans, on est s√Ľr que le r√©chauffement d√©passera 2¬įC. Et la plupart des gens n’ont aucune id√©e de ce que cela signifie. D√©sol√© chers libristes, oui c’est plus grave que d’utiliser Gmail. D’o√Ļ la BD, que j’ai titr√©e ¬ę¬†Mokatori¬†¬Ľ, le mot pour changement climatique chez les indiens d’Amazonie. Mais je ne suis pas s√Ľr d’avoir fini tous les √©pisodes pr√©vus d’ici l√†, alors il ne faut pas compter que sur moi¬†!

Ah oui, au fait, la BD en question est là :

Et l’√©pisode pr√©c√©dent, l’introduction, si vous l’avez rat√©, c’est ici¬†: http://nylnook.art/fr/bd/mokatori-ep0-la-fin/

En tout cas c’est √† la fois tr√®s √©l√©gant et hyper document√©. √Ä mon avis Gee est devenu accro instantan√©ment. Tu as une formation scientifique¬†?

Merci pour les compliments, j’esp√®re bien que Gee succombera √† la tentation, comme pleins d’autres geeks.¬†;)


Non, je n’ai pas de formation scientifique, sauf si on compte les sciences humaines, car j’ai fait des √©tudes de philosophie avant de devenir graphiste. Mais par contre je me suis bien tap√© l’int√©gralit√© du 5e rapport du GIEC, et j’ai lu beaucoup de livres sur le sujet depuis fin 2014, quand le projet est n√© dans ma t√™te.
Si je ne dois citer que trois livres √† lire sur le changement climatique je dirais ¬ę¬†Voyage √† travers les climats de la terre¬†¬Ľ de Gilles Ramstein, ¬ę¬†L’√Ęge des low tech¬†¬Ľ de Philippe Bihouix, et ¬ę¬†Vandana Shiva pour une d√©sob√©issance cr√©atrice¬†¬Ľ de Lionel Astruc. Bon ok, ils ne sont pas libres, mais √ßa vaut vraiment le coup.¬†;)

Qu’est-ce qui t’a amen√© au dessin¬†? Comment as-tu appris¬†?

Je dessine depuis tout petit, √ßa m’a toujours plu. Et puis j’√©tais timide, je ne faisais pas beaucoup de bruit, √ßa me convenait bien. J’ai appris en extra-scolaire dans les MJC, en prenant des cours de mod√®le vivant le soir aux Beaux-Arts, et je continue √† le faire pr√®s de chez moi, c’est le meilleur exercice que je connaisse. Et devenir illustrateur (en 2013), √ßa permet de beaucoup pratiquer, et c’est surtout √ßa qui compte¬†!


Apr√®s je ne me l√®ve pas le matin avec un crayon √† la main comme certains dessinateurs, je n’ai pas ce rapport fusionnel au dessin mais c’est quelque chose que j’aime et que je veux continuer √† faire.

Des sources d’inspiration¬†? Des artistes qui t’ont donn√© envie de les √©galer¬†? (on a not√© les hommages √† Franquin et au Douanier Rousseau)

Et bien David Revoy bien s√Ľr, parce qu’il partage tellement ses astuces que c’est difficile de ne pas s’en inspirer au moins un peu¬†! D’ailleurs j’ai trouv√© mon style BD quand j’ai arr√™t√© d’utiliser ses brosses et que j’ai fait les miennes.¬†;)
Mais je crois que c’est surtout tous les auteurs de BD que j’ai lus et les films que j’ai vus. Dans l’Olympe il y a Franquin, Moebius, Miyazaki, Keith Haring, Loisel, Terry Pratchett, Tolkien, Franck Herbert, Terry Gilliam et George R. R. Martin. Dans les auteurs actuels Massimiliano Frezzato, Jean-David Morvan pour ses sc√©narios et les auteurs de l’OuBaPo. Les techniques de Jason Brubaker m’ont aid√© aussi. Mais la liste est trop longue, presque tout est inspirant¬†!

Pourquoi publier sous licence libre¬†? Est-ce que cela est li√© selon toi √† ta d√©marche de sensibilisation √† l’√©cologie¬†?

C’est s√Ľr que choisir une licence Creative Commons by-sa et publier gratuitement ou √† prix libre, c’est aussi pour ne pas mettre de frein √† la diffusion et encourager √† faire passer le message.
Je crois qu’il y a deux raisons principales¬†:
La premi√®re c’est que personne n’est vraiment original quand il fait de l’art¬†: consciemment ou inconsciemment on copie toujours les autres pour refaire √† notre main. Ou on d√©tourne le travail d’un autre, ou fait le contraire du travail d’un autre. Donc si je copie, je ne me permets pas d’essayer d’emp√™cher les autres de me copier. D’ailleurs quand on sait qu’Internet est une machine √† copier mondiale, on abandonne tout de suite le combat.¬†;)
La deuxi√®me c’est que je veux √™tre lu et que je respecte la libert√© et le porte-monnaie de mes lecteurs, donc je ne vais surtout pas leur interdire de donner une copie √† leur voisin¬†! Dans ma petite exp√©rience le droit d’auteur ne rapporte quasiment rien, des solutions comme le financement participatif et surtout le m√©c√©nat participatif (Patreon, Tipeee, Liberapay) me semblent beaucoup plus adapt√©es √† l’√®re num√©rique. Alors autant mettre les choses au clair avec une bonne licence libre.

 

Est-ce que tu arrives √† vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai travail s√©rieux √† c√īt√©¬†?¬†:)

Et bien, puisque vous en parlez, j’ai une page Tipeee et une page Liberapay, √† vot’ bon cœur.¬†;)
Non je n’arrive pas √† vivre de la BD, loin de l√†, mais par contre je vis de mon travail d’illustrateur ind√©pendant, en faisant aussi des travaux de graphisme, de la formation professionnelle, et que je suis parfois mod√®le vivant. Bref, si je ne roule pas sur l’or je fais ce que j’aime¬†!
La BD, je l’avance sur les temps libres, quand je n’ai pas de contrat sur mon temps de travail, car je suis jeune papa aussi et donc le soir et les week-ends sont pris.
√áa explique aussi pourquoi je voulais publier cet √©pisode 1 en janvier et que je le publie en ao√Ľt… Merci infiniment √† mes patients tipeurs¬†!

 

Parlons technique. Comment dessines-tu ?

J’ai une technique tr√®s sp√©ciale qui consiste √† utiliser un crayon.¬†;)
Non, souvent c’est le stylet de la tablette graphique, je fais presque tout en num√©rique, sauf quand je fais des exercices en technique traditionnels ou que je veux faire des croquis et que je n’ai pas de tablette sous la main.
J’ai donc un ordinateur sous Linux (distribution Antergos, Archlinux pour les humains), Gnome, une tablette graphique Wacom, et le stylet que je pr√©f√®re c’est le Art Pen, car il supporte la rotation, donc on peut dessiner facilement des pleins et des d√©li√©s, que j’utilise abondamment dans mes encrages (les traits noirs). Le logiciel pour dessiner c’est Krita. J’utilise Inkscape pour les bulles, le texte et les quelques graphiques, et un script bash maison pour assembler les pages et en faire des ebooks. J’ai fait un petit tutoriel √† ce sujet.
Occasionnellement je fais quelques d√©cors en 3D avec Blender. J’ai un trait large, semi-r√©aliste, qui est la plupart du temps noir mais que je peux inverser en blanc ou exceptionnellement mettre en couleur. De plus je rajoute des textures √† ma couleur pour des effets de mati√®re qui cassent l’aspect trop lisse du dessin num√©rique.

D12 √† Paris, le samedi 12 d√©cembre 2015¬†: la manifestation des militants pour la justice climatique √† la fin de la COP21, d’apr√®s des photos de Adriana Karpinska et de Camille Bissuel. Ces anges se font appeler des gardiennes du climat.

On peut te suivre quelque part ? Un blog, les réseaux sociaux ?

Mon site web, qui contient un blog (et des flux RSS), mes BD, un portfolio de mes illustrations.
Pour les réseaux sociaux, et la newsletter, tout est résumé ici : http://nylnook.art/fr/suivre/
J’essaye de poster un peu partout, surtout sur le web libre (Framasphere et Framapiaf depuis peu) mais le plus s√Ľr si vous voulez ne rien rater c’est quand m√™me le site web, les flux RSS et la newsletter.¬†;)

 

Et comme d’habitude sur le Framablog, on te laisse le mot de la fin.

Alors merci pour cette interview, c’est un honneur d’√™tre sur le Framablog, j’esp√®re que vous aimerez la BD, que vous la diffuserez pour sauver notre monde (rien de moins), et que vous m’inonderez de commentaires.¬†;)
Si je peux faire mon militant chim√®re libriste/√©colo je dirais ¬ę¬†La route est longue, mais la voie est libre, et n’oubliez pas de planter des arbres sur le chemin…¬†¬Ľ

 

Goat In The Shell d√©bunke le ¬ę¬†Deep Web¬†¬Ľ

Par LSN / Korbak

Goat In The Shell pr√©sente ¬ę¬†Le grand m√©chant deep web¬†¬Ľ

¬ę¬†Ici LSN, en direct du clearweb, pour d√©poussi√©rer les mythes qui entourent nos outils quotidiens¬†¬Ľ, voici comment est introduit le sujet, apr√®s une entr√©e en mati√®re mettant en sc√®ne un ¬ę¬†√Ęnon-y-mousse¬†¬Ľ racontant d’une voix robotique ses m√©saventures sur le darknet.

Dans l’√©pisode pilote de Goat In The Shell, une nouvelle √©mission lanc√©e sur la cha√ģne ¬ę¬†Le Goat Gang¬†¬Ľ par Komodo Super Varan et votre serviteur (LSN), je pr√©sente le deepweb et le(s) darknet(s) sous un jour r√©aliste. Ce faisant, j’en profite pour revenir sur ce que sont les VPNs et Tor, et poser les bases du fonctionnement d’un r√©seau.

cliquez sur l’image pour voir la vid√©o (youtube)

Si la cha√ģne du Goat Gang ne se sp√©cialise pas uniquement sur cette √©mission et proposera de nombreux contenus en tout genre, il s’agit bien d’un projet qui s’√©tendra sur plusieurs √©pisodes, avec pour objectif la vulgarisation de l’Internet, des r√©seaux, et de l’informatique en g√©n√©ral.

L’objectif¬†? Faire comprendre au maximum de novices qui ne s’y sont pas int√©ress√©⋅e⋅s comment fonctionne Internet, mettre au sol quelques l√©gendes urbaines √† coups de d√©bunkage, et enfin lever le voile – Internet, ce n’est pas mystique, et ce n’est pas magique.

PS¬†: Oui, c’est de l’auto-promo, mais c’est Pouhiou qui m’a demand√© de le faire :√ĺ

Ressources / Aller plus loin :

Bonus : la conférence de Lunar aperçue dans la vidéo !

Les mégadonnées vont-elles geler notre vie sociale ?

Par Framalang

Le big data, c√©l√©br√© comme le nouveau p√©trole de l’√©conomie des start-ups, nous pr√©pare peut-√™tre un monde tellement cool qu’il pourrait √™tre… gla√ßant.

Mais d’abord r√™vons un peu.

Imaginez qu’on puisse propulser des id√©es qui nous sont ch√®res avec une mise en page particuli√®rement attrayante… Euh, c’est pas gagn√©.

On le sait bien et on le regrette, le Libre n’a pas des arm√©es de graphistes √† son service. Pour essayer de toucher et convaincre –¬†l’un n’est pas exclusif de l’autre, nous regrettons souvent de n’avoir pas un support graphique moins r√©barbatif et surtout la comp√©tence de professionnels du webdesign. Combien de fois avons-nous d√©plor√© que des projets libristes tr√®s int√©ressants ne soient pas visuellement sympathiques ni tr√®s attirants (et ne parlons m√™me pas d’ergonomie et d’accessibilit√©, cela m√©riterait de longs d√©veloppements)¬†?

Mais l’heure n’est pas aux plaintes¬†! En effet, au hasard de l’infinie richesse des pages web nous avons rencontr√© un site qui nous a litt√©ralement ¬ę¬†tap√© dans l’œil¬†¬Ľ¬†: non seulement son propos nous semble fort pertinent, mais sa mise en page illustr√©e est assez forte pour retenir l’attention.

De quoi est-il question¬†? Du risque insidieux que la captation des m√©gadonn√©es ne modifie en profondeur nos interactions sociales¬†: comment ne pas s’autocensurer lorsqu’on se sait potentiellement ou r√©ellement surveill√©¬†? Comment √©viter de conformer notre comportement sur ce que dit de nous notre profil en ligne, √©valu√© par des algorithmes¬†? Comment b√©n√©ficier d’une mobilit√© sociale si celle-ci est li√©e, comme c’est d√©j√† le cas en Chine, √† une ¬ę¬†note de confiance¬†¬Ľ attribu√©e par le gouvernement¬†?

L’argumentation ici n’est pas longuement d√©velopp√©e, des liens sont l√† pour aller plus loin. C’est la force de l’image, des chiffres, des exemples et des mots-cl√©s qui est utilis√©e, n’h√©sitez pas √† vous en servir en diffusant √† volont√©¬†!

Cette page a √©t√© con√ßue et r√©alis√©e par¬†Tijmen Schep qui l’a mise sous licence CC-BY 4.0. C’est pourquoi le groupe Framalang a eu le plaisir de le traduire mais en le conservant dans sa pr√©sentation d’origine. Merci aux contributeurs et contributrices¬†: Opsylac, Goofy, J√©rochat, PasDePanique, suite-et-fin, Lumi, Moutmout, Destructor, egilli.

Ensuite, gr√Ęce √† Joe Mobbs (thanks a lot¬†!) et Framasky (merci pour le coup de main), nous avons install√© la page fran√ßaise sur un serveur de Framasoft et hop, la voici √† la disposition des francophones¬†!

Voici quelques captures d’√©cran destin√©es √† vous donner envie d’aller sur la page https://socialcooling.fr/

Politique : pour les arcanes c’est Arcadie

Par framasoft

Nous avons tendance √† voir et juger d’un peu loin le monde politique, ou plut√īt par le miroir d√©formant des affaires et des scandales¬†: la corruption du milieu parlementaire, h√©las bien pr√©sente, fait presque √©cran au fonctionnement r√©el des institutions et de ceux qui sont cens√©s nous repr√©senter. S’informer davantage, mieux conna√ģtre, comprendre, identifier qui fait quoi et dans quelles conditions demande du temps et des recherches dans de multiples directions. C’est pourquoi le projet Arcadie, initi√©e par Tris Acatrinei, rev√™t toute son importance. On peut m√™me consid√©rer qu’il est d’utilit√© publique et citoyenne. En rendant disponibles et compr√©hensibles sur un portail unique des informations peu accessibles et dispers√©es, il donne un bon exemple d’utilisation des donn√©es publiques pour le bien commun.

 

Bonjour Tris, peux-tu te présenter brièvement ?
Bri√®vement, je ne sais pas faire, je ne suis pas comme Fran√ßois Hollande, une experte de la synth√®se. Plaisanterie mise √† part, je suis juriste de formation mais j’ai commenc√© √† bricoler en informatique, ce qui m’a amen√©e √† rencontrer¬† notamment Eric Walter et √† rejoindre l’Hadopi. Apr√®s un passage dans un cabinet de droit de propri√©t√© intellectuelle et industrielle, p√©riode pendant laquelle, je me suis beaucoup occup√©e de mon premier ¬ę¬†b√©b√©¬†¬Ľ Hackers Republic, j’ai √©t√© embauch√©e comme assistante parlementaire. J’en suis partie pour monter le Projet Arcadie.

S√©rieux, t’as boss√© pour la Hadopi¬†? Mais alors, √ßa existe¬†?
Et m√™me que si tu dis le nom de l’institution trois fois, MFM appara√ģt dans ta douche.

C’est bien comme nom Arcadie, mais pourquoi ce choix¬†? √Ä cause de l’utopie¬†?
Officiellement, oui. En r√©alit√©, le nom m’a √©t√© inspir√© par XFiles et Resident Evil.

L’accroche du projet c’est ¬ę¬†Pour enfin tout savoir sur les parlementaires fran√ßais¬†¬Ľ. C’est all√©chant, mais est-ce que √ßa veut dire qu’on ne sait pas tout sur les parlementaires¬†? Pourtant il y a des pages Wikip√©dia, des fiches de l’Assembl√©e Nationale, les sites web des parlementaires eux-m√™mes, des journalistes qui parfois font leur m√©tier et tout… il y a des choses qu’on ignore, donc¬†?
Il y a toujours des choses qu’on ignore mais en fait, quand j’√©tais AP (assistante parlementaire), je passais beaucoup de temps √† chercher qui √©taient les d√©put√©s, leurs r√©sultats d’√©lections, leur pr√©sence sur le Web, etc. Je ne trouvais rien qui centralise toutes les infos essentielles, notamment les fonctions dans les partis. Or, ce que peu de gens savent, c’est que les √©lus qui ont des responsabilit√©s au sein de leur parti ne sont pas forc√©ment les plus productifs dans leurs assembl√©es. Par ailleurs, les fiches sur le site de l’AN et du S√©nat sont d√©claratives.
Ma valeur ajout√©e est la v√©rification des infos, le croisement¬†: je farfouille partout et je veux que les gens puissent trouver en trois clics les infos qui les int√©ressent. Par exemple, conna√ģtre √† l’instant T le nombre de parlementaires LREM, √©galement avocats, toujours en activit√©.

La page d’accueil du projet Arcadie

Qu’est-ce qui a motiv√© ce projet au d√©part¬†? Tu dis sur ton site que c’√©tait un projet professionnel, et que √ßa n’a pas abouti. Pas trop aigrie¬†?
Je me disais que si j’avais un besoin d’infos centralis√©es, √† jour et v√©rifi√©es, je ne devais pas √™tre la seule. Au d√©but, je voulais en faire un projet entrepreneurial mais comme je ne suis pas une commerciale, √ßa ne l’a pas fait. En fait, je suis plus heureuse de ne d√©pendre que des dons car les gens savent pourquoi ils en font. Le risque de d√©pendre du m√©c√©nat ou de subvention est que tu te muselles pour ne pas d√©plaire. Et si un jour, √ßa doit s’arr√™ter, eh bien, √ßa s’arr√™tera.

Tu pouvais gagner ta vie honorablement en faisant du d√©veloppement, du droit, du community management, de la s√©cu, etc. Bref tu as pas mal de cordes √† ton arc. Pourquoi avoir choisi un projet comme celui-l√† et de t’y consacrer √† plein temps¬†?
Pendant un moment, je jonglais entre Arcadie et d’autres activit√©s mais avec l’affaire Fillon, puis l’affaire Le Roux, j’ai √©t√© plus expos√©e m√©diatiquement et m√©caniquement, j’ai eu plus de travail √† faire. Pour le moment, je consacre 75¬†% de mon temps √† Arcadie mais on verra dans quelques mois. De ce que j’en vois, ce n’est pas uniquement la plateforme de donn√©es qui int√©resse les gens mais aussi les livetweets de s√©ance √† l’AN, la p√©dagogie autour de la politique, de la chose parlementaire, les explications, etc. Je pars du principe que si tu veux faire les choses s√©rieusement, tu dois y consacrer un certain temps donc j’y passe le temps n√©cessaire.

La question qui pique¬†: est-ce que ce site serait libre d’acc√®s et public si tu avais r√©ussi √† le faire financer par une boite¬†?
Arcadie a √©t√© enti√®rement financ√© par mes √©conomies¬†:) Aujourd’hui, la plateforme ne vit que de dons et ne re√ßoit ni m√©c√©nat d’entreprises ni subventions publiques. Pour √™tre honn√™te, 3 jours avant l’affaire Fillon, je disais √† ma meilleure amie que si une bo√ģte me mettait une certaine somme d’argent sur la table, j’√©tais pr√™te √† en c√©der la propri√©t√©. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ou alors pour un montant colossal.

Toutes ces informations que tu centralises et rends disponibles avec un moteur de recherche et des filtres que l’on peut croiser, tu les trouves o√Ļ¬†?
Sur les sites institutionnels, mais aussi les sites des partis politiques, la presse quotidienne régionale, la presse quotidienne, les blogs mais aussi, parfois, certaines informations me sont remontées en off.

Tu t’appuies donc aussi sur ton r√©seau de connaissances¬†?
√áa m’arrive mais je veille √† avoir une source s√©rieuse, officielle ou explicite.

Tu récoltes tout à la main ?
Non, quelle dr√īle d’id√©e. J’ai des trackers qui font le boulot √† ma place. Je me contente de v√©rifier que les contenus signal√©s comme ayant subi une modification correspondent √† une r√©elle modification et pas √† un faux-positif. Pour les nouvelles infos, je scrape carr√©ment les sites et je fais le tri.

Les contenus textuels ainsi que les images font l’objet d’une licence Creative Commons CC-BY-NC-SA. mais ce qui fait fonctionner la plateforme, c’est sous quelle licence¬†?
Aujourd’hui, comme il s’agissait d’un concept entrepreneurial, il a √©t√© prot√©g√© aupr√®s de l’INPI. Si certaines personnes veulent r√©utiliser les donn√©es, elles peuvent d√©j√† s’appuyer sur les m√™mes sources que moi. Le reste est aussi CC-BY-NC-SA.

Est-ce que tu utilises des outils libres pour la plateforme et le blog ou bien est-ce que tu as d√Ľ faire des concessions pour diverses raisons¬†?
La plateforme fonctionne avec Drupal et il y a deux outils qui ne sont pas tr√®s ¬ę¬†propres¬†¬Ľ mais pour lesquels, j’ai d√Ľ faire des concessions. Le premier est Google Analytics mais je compte m’en d√©barrasser tr√®s bient√īt et le second est PayPal mais lui va rester car cela permet √† mon expert-comptable, qui ma√ģtrise bien l’interface, de suivre les dons pour proc√©der aux d√©clarations.

Pour nos lecteurs les plus techies, comment tout ça tourne en arrière-plan ?
Mes trackers ne sont pas reli√©s √† la plateforme. Au d√©part, c’√©tait mon id√©e mais je me suis dit que si les sites sur lesquels je posais mes trackers changeaient, j’allais avoir un souci. Donc, les donn√©es sont ajout√©es par des CSV que je g√©n√®re moi-m√™me, gr√Ęce √† mes outils de collecte. De la m√™me mani√®re, si pour une raison ou pour une autre, la plateforme rencontre un gros probl√®me technique qui n√©cessiterait de tout supprimer pour reconstruire, j’irais clairement plus vite.

Pour le design, j’ai tout refait avec Bootstrap et je suis aid√©e par un tr√®s bon d√©veloppeur de chez Makina Corpus, que je sollicite parfois quand je ¬ę¬†bugue¬†¬Ľ. Pour l’administration-syst√®me, j’ai tout cas√© chez Gandi, en Simple Hosting – car je n’ai pas assez de connaissances pour prendre un d√©di√© et y installer Apache Solr, pour am√©liorer la recherche. Cela demanderait aussi d’autres d√©penses.

Et maintenant, la grosse question : que penses-tu du rapport des libristes avec la vie politique ?
La question est compliqu√©e car j’ai peur de para√ģtre condescendante dans ma r√©ponse mais j’aurais tendance √† dire que le monde libriste fait parfois preuve de na√Įvet√© ou de candeur. On s’y figure que la politique est la recherche du Bien pour le plus grand monde, l’int√©r√™t g√©n√©ral, etc. C’est le cas mais parfois, pour y arriver, il faut √™tre capable de biaiser, de louvoyer et cela s’accorde mal avec notre tendance jusqu’au-boutiste. Il ne faut pas voir les choses comme √©tant toutes noires ou toutes blanches. On a beaucoup de nuances de gris.

Beaucoup de connaissances trop approximatives sur les institutions et les rouages de la politique politicienne peut-être ?
Peut-√™tre et surtout, il faut se blinder. Mon apprentissage politique, je l’ai commenc√© √† l’Hadopi, je suis un peu tomb√©e de mon arbre √† ce moment-l√† et quand j’ai fait mes premiers pas √† l’Assembl√©e Nationale, pour un UMP, on √©tait √† peine sorti de la guerre Cop√©-Fillon. Mine de rien, √ßa forge et j’avais une place d’autant plus privil√©gi√©e que je ne prenais pas les coups. Mais je voyais les autres en prendre et en donner. Alors, j’ai observ√©, j’ai regard√© et j’ai appris.

Dans le film d’Henri Verneuil le Pr√©sident (1961), le vieux pr√©sident du Conseil, interpr√©t√© par Jean Gabin, d√©nonce la corruption des parlementaires.

Parall√®lement, tu as sans doute constat√© la grande lassitude et m√™me le d√©go√Ľt de beaucoup pour le fonctionnement du syst√®me politique actuel et la recherche d’alternatives plus ¬ę¬†citoyennes¬†¬Ľ, qu’en penses-tu¬†?
Il y aurait tellement √† dire sur certaines initiatives qui se disent vertueuses et sur certains qui veulent nous tromper, en nous faisant croire qu’ils œuvrent pour le bien commun, alors que la seule chose qui compte est leur gloriole personnelle. Je n’ai pas cette pr√©tention, je me suis toujours pr√©sent√©e comme une mercenaire, ne repr√©sentant que moi-m√™me et c’est d√©j√† assez de boulot.

On voit que tu ma√ģtrises bien ton affaire, mais comment tu fais pour g√©rer √ßa toute seule,¬†√ßa fait beaucoup pour une seule personne, non¬†?
Je m’organise, je cale ma vie sur l’activit√© politique et parlementaire. Par exemple, cette ann√©e, je partirai en vacances apr√®s la session extraordinaire mais avant les s√©natoriales. Comme je n’ai pas de contraintes particuli√®res, je m’en sors bien. J’ai parfois des coups de fatigue comme tout le monde, mais dans l’ensemble, je ne me plains pas.

Tu es tr√®s proche du milieu politique dans ce qu’il a de plus institutionnel mais aussi dans ce qu’il a de moins rago√Ľtant¬†: petits arrangements et grosses corruptions, trafic d’influence et abus de pouvoir, est-ce que ta situation n’est pas un peu dangereuse, du moins parfois p√©nible¬†?
Au contraire. Il n’y a rien de plus d√©licieux que de d√©couvrir un ¬ę¬†cadavre¬†¬Ľ sur quelqu’un qui se montre comme √©tant vertueux.

On imagine que tu subis des pressions régulièrement, non ?
√Ä l’exception d’une personne qui m’emmerde, pour parler vulgairement, assez r√©guli√®rement, les autres me fichent la paix. Avant, je n’√©tais pas assez importante pour leur faire du tort –¬†pensaient-ils¬†– maintenant, tout le monde sait de quoi il retourne. Il ne faut jamais oublier que la personne la plus dangereuse est celle qui n’a rien √† perdre. Aux d√©buts du projet, j’ai √©t√© aimable, j’ai souhait√© instaurer un dialogue et je me suis fait pi√©tiner. Maintenant que je montre les dents, bizarrement, certaines personnes ont envie de dialoguer.

Hum on devine que certains partis ou certaines personnalit√©s te donnent envie de leur voler dans les plumes si l’on en croit ta r√©cente intervention √† Passage En Sc√®ne¬† o√Ļ tu d√©nonces la corruption toujours bel et bien pr√©sente √† quantit√© de degr√©s…
Non, je n’ai pas eu de r√©criminations. Non pas que √ßa aurait chang√© quoique ce soit d’ailleurs.

… mais le projet Arcadie se doit d’√™tre factuel et politiquement neutre, non¬†?
Les donn√©es de la plateforme sont neutres. Moi, non. L’exp√©rience m’a aussi montr√© qu’en √©tant totalement neutre, les gens ne montraient qu’un int√©r√™t poli sur Twitter. Mais quand tu commences √† l’ouvrir, les choses deviennent int√©ressantes. Il y aura toujours des gens qui seront g√™n√©s par ma d√©marche. C’est leur probl√®me, pas le mien.

Comment tu tiens ce grand √©cart¬†? On t’a probablement d√©j√† accus√©e de partialit√©, non¬†?
R√©guli√®rement. On m’a coll√© tellement d’√©tiquettes diff√©rentes ces derniers mois que je suis la repr√©sentation politique des deux assembl√©es √† moi toute seule. La neutralit√© n’est pas ne pas taper ou ne se moquer de personne mais bien d’emmerder tout le monde, sans parti pris.

Au moment o√Ļ tu as lanc√© le projet Arcadie, il a fallu batailler pour faire reconna√ģtre la l√©gitimit√©/l√©galit√© de ta collecte d’informations, il y avait pas mal de r√©ticences dans le milieu parlementaire. Est-ce que maintenant √ßa va mieux de ce c√īt√©¬†?
Honn√™tement, √ßa va mieux, aussi parce que les nouveaux d√©put√©s ont une autre mentalit√©, donc ils discutent avec moi, ils √©changent. C√īt√© institutions, j’estime avoir de bons rapports avec la CNCCFP (la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques).
Avec le recul, je me rends compte que j’ai eu une sorte de proc√®s en l√©gitimit√© de la part de certaines personnes, parce que je n’avais pas un passif militant pur et dur et que je n’avais pas le cursus classique des politiques. Les gens ne savaient pas dans quelle case me ranger.

¬ę¬†Faire parler les √©lus malgr√© eux, gr√Ęce √† l’open data¬†¬Ľ Tris Acatrinei, conf√©rence sur la petite corruption au quotidien, Passage en Seine, 2017 (cliquer pour voir la conf√©rence)

Est-ce qu’il arrive que des parlementaires ou ceux qui les entourent fassent appel √† toi/√† Arcadie comme une ressource fiable et inform√©e¬†?
Dans le cadre du projet de loi moralisation, la d√©put√©e LREM Aurore Berg√© m’a contact√©e pour qu’on √©change sur le sujet. On s’est donc vues et je lui ai parl√© de ce que j’avais constat√© comme manquements, ce qui pourrait √™tre am√©lior√©, etc. J’ai aussi discut√© avec un autre d√©put√© LREM concernant sa situation professionnelle. De fa√ßon g√©n√©rale, je me tiens √† disposition de tous les parlementaires qui souhaitent √©changer.

Allez je mets les pieds dans le plat : ton projet a une récente concurrence avec une équipe de journalistes qui prétendent faire à peu près la même chose ?
Ce n’est pas le tout de faire une base de donn√©es d’informations¬†: encore faut-il la maintenir √† jour et ne pas faire d’erreurs. C’est d√©j√† plus compliqu√© qu’il n’y para√ģt. Sur la BDD dont tu me parles, j’ai vu des erreurs mais √ßa montre qu’il y a des points sur lesquels l’information n’a pas √©t√© correctement distribu√©e. Sur le moment, je l’ai mal pris mais le lendemain, √ßa m’a fait sourire.

Tu as un statut d’auto-entrepreneuse, mais comment tu peux couvrir les frais du site et r√©mun√©rer ton travail¬†? Seulement par des dons¬†?
J’√©vite les d√©penses inutiles li√©s au projet donc les dons arrivent √† couvrir les frais de fonctionnement, une gestion de bon p√®re de famille comme on dit. Par ailleurs, et je ne m’en suis pas cach√©e, il m’arrive de collaborer sur des sujets avec des r√©dactions. Ainsi, la carte de France du n√©potisme avec Le Lanceur √©tait un travail r√©mun√©r√© car il fallait v√©rifier tous les liens familiaux √©ventuels entre les parlementaires et leurs collaborateurs. J’aimerais faire d’autres travaux du m√™me genre mais Rome ne s’est pas faite en un jour.

Imaginons que subitement tu aies beaucoup plus de moyens à ta disposition, quel serait le développement dont tu rêves pour le projet Arcadie ?
J’en ai une douzaine en t√™te¬†! Je dois n’en choisir qu’un¬†?

On a envie de souhaiter longue vie au projet Arcadie – et pour √ßa chacun peut y contribuer financi√®rement et le faire conna√ģtre – mais on te laisse (c’est la tradition ici) le dernier mot¬†:
Je me suis fix√© un nouvel objectif¬†: les partis politiques. Si l’objectif mensuel se p√©rennise, je fais une ¬ę¬†petite sœur¬†¬Ľ √† Arcadie car il y a un vrai manque sur le sujet. Je commence √† avoir le squelette g√©n√©ral en t√™te mais je vais attendre un peu.

 

Pour aller plus loin

ūüíĺ

Comment j’ai quitté Google et plaqué Microsoft

Par LSN / Korbak

En 2015, apr√®s une longue p√©riode d’h√©sitation, j’ai saut√© le pas. J’ai d√©cid√© que Google, Facebook ou encore Microsoft seraient pour moi des connaissances lointaines, et non des compagnons de route.

On a du mal √† croire qu’il soit possible d’envisager s√©rieusement une telle transformation sans se couper du monde et du confort que nous offre le Web. Pourtant, √ßa l’est.

Nous sommes en juillet 2017. √áa fait deux ans. J’ai mes rep√®res, mes marques et aucune sensation de manque. Lorsque je choisis de faire une entorse √† mes principes et d’utiliser Google, ou de d√©marrer mon PC sous Windows, c’est une option¬†; j’ai toujours le choix. Je crois que c’est √ßa, l’id√©e¬†: avoir le choix. La d√©centralisation, ce n’est pas juste quitter le navire¬†: c’est choisir sur lequel on embarque en connaissance de cause.

Depuis 2015, alors que la moiti√© du march√© des smartphones est contr√īl√© par Google et son syst√®me d’exploitation Android, que tout le monde conna√ģt GMail, utilise Google Docs, se localise avec Google Maps et partage des choses sur Google+ (lol nope), je n’utilise pas tout cela. Ou plut√īt, je n’utilise plus.

Bon, OK, j’ai une cha√ģne YouTube, donc je mets des vid√©os en ligne. Promis, c’est tout. Vous verrez plus bas que m√™me pour g√©rer mes abonnements YouTube, je me passe de compte Google¬†!

Ni pour mes recherches. Ni pour mes mails. Ni pour partager des photos avec mes ami⋅e⋅s ou pour h√©berger une page web. Ni pour me g√©olocaliser. Ni pour faire fonctionner mon smartphone.

Depuis 2015, et quand Skype est le moyen le plus commun de discuter en audio/vid√©o, quand on choisir un ordinateur se r√©sume √† choisir entre Microsoft ou Apple, qu’on utilise le pack Office, voire qu’on est aventureux et qu’on a investi dans un Windows Phone (d√©sol√©), je n’utilise pas Microsoft. Ou plut√īt, je n’utilise plus. Et m√™me si les hipsters et les web-designers (sont-ce les m√™mes personnes¬†?) investissent dans du mat√©riel Apple, moi, je n’ai jamais touch√© √† √ßa.

Alors je me suis dit que peut-√™tre, √ßa vous int√©resserait de savoir COMMENT j’ai pu r√©ussir sans faire une syncope. Et comment j’ai d√©couvert des alternatives qui me respectent et ne me traitent pas comme une donn√©e √† vendre.

Allez, ferme Hangout, Messenger, Skype, Whatsapp, viens t’asseoir pr√®s du feu, et prends le temps de me lire, un peu. Ouais, je te tutoie, on n’est pas bien, l√†, entre internautes¬†?

Chapitre 1 : Pourquoi ?

Normalement, je dialogue avec un mec lambda qui a la critique facile dans mes articles, mais ici, c’est le Framablog¬†; il faut un peu de prestance. Ce sera donc Jean-Michel Pouetpouet qui prendra la parole. Donc, introducing Jean-Michel Pouetpouet¬†:

¬ę¬†Haha, cocasse, cet individu se prend pour plus grand qu’il n’est et ose chapitrer son contenu tel un v√©ritable auteur¬†¬Ľ

Oui, c’est plus cool que de mettre juste un ¬ę¬†1.¬†¬Ľ. Il y a beaucoup √† dire, et faire juste un √©norme pav√©, c’est pas terrible. Puis j’ai l’√Ęme litt√©raire.

Ce que je pense important de signaler dans ce retour d’exp√©rience, c’est que j’ai longtemps √©t√© tr√®s Googlophile. Tr√®s content d’utiliser leurs outils. C’est joli, c’est simple, c’est tr√®s chouette, et tout le monde utilise les m√™mes. Et quand on me disait, au d√©tour d’une conversation sur le logiciel libre¬†: ¬ę¬†mais Google te surveille, Google est m√©chant, Google est tout vilain pas beau¬†!¬†¬Ľ

Je r√©pondais¬†: ¬ę¬†Et il va en faire quoi, de mes donn√©es, Google¬†? Je m’en fous.¬†¬Ľ

J’√©tais un membre de la team #Rien√ÄCacher et fier de l’√™tre. Quand je m’√©tais demand√© ce qui se faisait d’autre, j’√©tais all√© sur le site de Framasoft (c’√©tait il y a fort longtemps) et j’avais soupir√© ¬ę¬†pfeuh, c’est pas terrible comme m√™me¬†¬Ľ. J’√©cris ¬ę¬†comme m√™me¬†¬Ľ afin de me ridiculiser efficacement, merci de ne pas commenter √† ce sujet.

Puis un jour, au d√©tour d’une Assembl√©e Nationale, j’ai entendu parler de surveillance g√©n√©ralis√©e par des bo√ģtes noires. On en a tou⋅te⋅s, je pense, entendu parler.

¬ę¬†Nom d’une pipe, mais ceci n’a aucun lien avec la d√©googlisation¬†!¬†¬Ľ

Tut-tut. C’est moi qui raconte. Et tu vas voir que si, √ßa a √† voir¬†; du moins, dans mon esprit de jeune ch√®vre num√©rique.

Parce que quand j’ai entendu parler de √ßa, je me suis dit ¬ę¬†mince, j’ai pas envie qu’on voie tout ce que je fais sous pr√©texte que trois clampins ont un pet au casque¬†¬Ľ. D’un seul coup, mon ¬ę¬†rien √† cacher¬†¬Ľ venait de s’effriter. Et il s’est ensuite effondr√© tel un tunnel mal foutu sous une montagne cor√©enne dans un film de Kim Seong-hun.

Mes certitudes sur la vie privée en ligne, allégorie

Dans ma t√™te, une alarme pleine de poussi√®re s’est mise √† hurler, une ampoule √† moiti√© grill√©e a vir√© au rouge, et je me suis soudain inqui√©t√© de ma vie priv√©e en ligne.

J’ai commenc√© √† voir, la sueur au front, circuler des alertes de La Quadrature du Net concernant le danger potentiel que repr√©senterait un tel dispositif d’espionnage massif. Et j’ai fini par tomber sur plusieurs conf√©rences. Plein de conf√©rences. Dont la fameuse ¬ę¬†sexe, alcool et vie priv√©e¬†¬Ľ¬†: une merveille.

Après cela, deux conclusions :

  • La vie priv√©e, c’est important et on la laisse facilement nous √©chapper¬†;
  • Les grandes entreprises qui ont mainmise sur ta vie priv√©e, c’est pas tip top caviar.

Mais d’abord, avant de parler Google ou Facebook, il me fallait fuir le flicage √©tatique automatis√©. Alors j’ai achet√© une Brique Internet (powered by le g√©nial syst√®me d’auto-h√©bergement YunoHost) et j’ai adh√©r√© √† l’association Aquilenet.

Brique Internet

Une Brique Internet dans son milieu naturel

Aquilenet, c’est un FAI (Fournisseur d’Acc√®s √† Internet) g√©r√© par des copains qui n’ont rien de mieux √† faire que d’aider les gens √† avoir acc√®s √† un Internet neutre, propre. J’ai donc souscrit √† un VPN chez eux (chez nous, devrais-je maintenant dire). Pour avoir une protection contre les bo√ģtes noires qui squatteront un jour (peut-√™tre, vu comme √ßa avance vite) chez SFR, Free, Bouygues, Orange, et voudront savoir ce que je fais.

¬ę¬†Mais bon¬†¬Ľ, me suis-je dit, ¬ę¬†c’est tr√®s cool, mais √ßa n’emp√™che pas Google et Facebook de me renifler le derri√®re tout √ßa¬†¬Ľ.

Et j’ai entrepris la terrible, l’effroyable, l’inimaginable, la mythique, l’inaccessible… D√©Googlisation.

Chapitre 2 : Poser les bases РLinux, Firefox, Searx

2.1/ Microsoft, l’OS privateur

√Čtrangement, le plus simple, c’√©tait de dire au revoir √† Microsoft.

Se dire que son syst√®me entier est couvert de trous (aka backdoors) pour laisser rentrer quiconque Microsoft veut bien laisser entrer, ce n’est pas agr√©able. Savoir que la nouvelle version gratuite qu’il te propose est bourr√©e de trackers, c’est pas mieux.

Pour bien comprendre, imagine que ton ordinateur soit comme un appartement.

Donc, on te vend un appartement sans serrure. On te dit ¬ę¬†eh, vous pouvez en faire installer une si vous le voulez, mais alors, il faudra faire appel √† une entreprise¬†¬Ľ.

Option n¬į1¬†: je n’ai pas besoin de serrure

¬ę¬†Je m’en fiche. J’ai confiance, et je sais quand je pars et comment je pars. Personne ne voudra entrer chez moi.¬†¬Ľ

Vraiment, est-ce qu’on peut croire une seconde √† cette phrase¬†? Tu y vas au feeling¬†? Y a pas de raison que quelqu’un ne veuille entrer¬†? Tu partiras au travail ou en vacances le cœur l√©ger¬†?

Option n¬į2¬†: je fais poser une serrure par un serrurier qui met un point d’honneur √† ne pas me laisser voir son intervention

¬ę¬†Hop, me voil√† prot√©g√©¬†!¬†¬Ľ

Et s’il garde un double de la cl√©¬†?
S’il d√©cide de faire une copie de la cl√© et de l’envoyer √† quelqu’un qui veut entrer chez vous sur simple demande¬†?

Elle fait quoi exactement cette serrure ?

Elle ferme vraiment ma porte ?

Option n¬į3¬†: je connais un gars tr√®s cool, il fabrique la serrure, me montre comment il la fait, et me prouve qu’il n’a pas de double de ma cl√©

¬ę¬†Je connais ma serrure, je connais ma cl√©, et je sais combien il en existe¬†¬Ľ

Ok, c’est super √ßa¬†! Dommage¬†: je l’ai fait dans un appartement dont les murs sont en papier m√Ęch√©. En plus, j’ai une fen√™tre p√©t√©e, tout le monde peut rentrer. J’avais pas vu quand j’ai pris l’appart’. Bon, je rappelle mon pote, faut inspecter tout l’appartement et faire les travaux qui s’imposent.

Option n¬į4¬†: et si je prenais un appartement o√Ļ tout est clean et sous contr√īle¬†?

Ah, bah de suite, on se sent mieux. Et c’est √ßa l’int√©r√™t d’un syst√®me d’exploitation (OS) libre. Parce que c’est bien sympa, Microsoft, mais concr√®tement, c’est eux qui ont tout mis en place. Et quand on veut voir comment c’est fait, s’il y a un vice cach√©, c’est non. C’est leur business, √ßa les regarde.

Alors pourquoi leur faire confiance¬†? La solution, c’est le logiciel libre¬†: tout le monde peut trifouiller dedans et voir si c’est correct.

Comme point d’entr√©e Ubuntu (et surtout ses variantes) est un OS tr√®s simple d’acc√®s, et qui ne demande pas de connaissances formidables d’un point de vue technique.

¬ę¬†Hu√©es depuis mon manoir¬†! Ubuntu n’est pas libre, il utilise des drivers propri√©taires, et de surcro√ģt, l’ensemble est produit par Canonical¬†! Moi, Jean-Michel Pouetpouet, j’utilise uniquement FreeBSD, ce qui me permet d’avoir une pilosit√© soyeuse¬†!¬†¬Ľ

C’est super cool, mais FreeBSD, c’est pas vraiment l’accessibilit√© garantie et la compatibilit√© parfaite avec le monde ext√©rieur (mais √ßa a plein d’avantages, ne me tuez pas, s’il vous pla√ģt). Ubuntu, c’est grand public, et tout public. C’est fait pour, excusez-les du peu¬†!

Dans la majorit√© des cas, il suffit d’une installation bien faite et tout ronronne. Le plus compliqu√©, c’est finalement de se dire¬†: ¬ę¬†allez, hop, j’y vais¬†¬Ľ.

En 2016, je jouais √† League of Legends et √† Hearthstone sur mon PC sous Linux. Je n’y joue plus parce que je ne joue plus. Mais j’y regarde les m√™me lives que les autres, visite les m√™mes sites web.

Et j’utilise mutt pour avoir moi aussi une pilosit√© soyeuse.

¬ę¬†Comme quoi, vous n’√™tes finalement qu’un tra√ģtre √† vos valeurs¬†! Vous faites l’apologie du terrorisme du logiciel propri√©taire, vous faites des trous dans votre coffre fort, quelle honte, quel scandale, d√©mission¬†!¬†¬Ľ

J’entendais moins ce type de commentaires concernant Pok√©mon Go qui envoie des donn√©es √† Nintendo. Comme quoi, les compromis, √ßa n’est pas que mon apanage.

Soit, je passerai sur ces menus d√©tails¬†! Mais pourriez-vous cesser de tergiverser en toute v√©h√©mence avec un individu dont l’existence est factice¬†?

Non.

Une fois sous Ubuntu, le nom de mes logiciels change. Leur interface aussi. Et oui, il faut le temps de s’habituer. Mais qui ne s’est pas senti d√©sempar√© devant Windows 8.1 et son absence de bureau¬†? Un peu de temps d’adaptation. Et c’est tout.

Bureau Xubuntu

On est pas bien, l√†¬†? (Xubuntu 17.04) [Fond d’√©cran par Lewisdowsett]

Certes, parfois, la compatibilit√© n’est pas au rendez-vous. Soit on se bat, soit on se r√©sout √† faire un dual-boot (deux syst√®mes d’exploitation install√©s) sur son ordinateur, soit on virtualise (l’OS dans l’OS). C’est ce que j’ai fait¬†: j’ai un Windows qui prend un tiers de mon disque dur, tout format√© et tout vide ou presque.

Ce filet de s√©curit√© en place, la majorit√© du travail doit √™tre fait sous Linux. Une fois qu’on en a l’habitude, un retour sous Windows n’est m√™me plus tentant.

2.2/ La recherche : fondamental

Google, en premier lieu, c’est quoi¬†?

Un moteur de recherche. Un moteur de recherche qui sait absolument tout sur ce que je cherche. Parce que j’utilise un compte. Avec un historique. Parce qu’il utilise des trackers. Parce qu’il retient mon IP.

On parle donc d’une entreprise qui sait qui je suis, ce que je cherche, sur quoi je clique. Une entreprise qui d√©termine ma personnalit√© pour vendre le r√©sultat √† des r√©gies publicitaires.

Non, d√©sol√©, √ßa ne me convient pas. Je n’ai pas envie qu’une entreprise puisse me profiler √† tel point qu’elle sache si j’ai le VIH avant que j’en sois inform√©. Qu’elle sache que je d√©m√©nage. Que je cherche un emploi. O√Ļ. Si je suis c√©libataire ou non. Depuis quand. Quel animal de compagnie j’ai chez moi. Qui est ma famille. Quels sont mes go√Ľts.

Ah non, vraiment, une seule entit√©, priv√©e, capitaliste, qui vit de la vente de pub, et qui me conna√ģt aussi bien, √ßa ne me pla√ģt pas.

¬ę¬†Et quelle fut ta r√©ponse √† cette situation¬†?¬†¬Ľ

J’utilise Bing.

¬ę¬†¬†?¬†! *fait tomber son monocle dans sa tasse de th√©*¬†¬Ľ

Non, pas du tout.

J’utilisais au d√©part Startpage. Le principe est simple¬†: ce moteur de recherches ne garde aucune donn√©e, et envoie la recherche √† Google avant d’afficher le r√©sultat.

La diff√©rence est √©norme. Google sait que Startpage a fait une recherche. Mais il ne sait pas QUI a utilis√© Startpage. Il ne sait pas QUI je suis, juste ce que je cherche. Google ne peut plus me profiler, et moi, j’ai mes r√©sultats.

Et voil√†, je n’utilise plus Google Search. Juste comme √ßa. Pouf.

Maintenant, j’utilise Searx, h√©berg√© sur les serveurs d’Aquilenet. Parce que c’est encore mieux.

Searx @Aquilenet

On searx et on trouve !

Il existe aussi Framabee qui utilise √©galement Searx, ou encore Qwant (mais c’est pas du libre, et c’est une entreprise, alors j’aime moins).

√Ä noter que cette √©tape n’est pas du tout dure √† franchir¬†: nombreux sont celleux qui utilisent Ecosia au lieu de Google, ou Duck Duck Go, et ne se sentent pas g√™n√©s dans leur recherche quotidienne de recettes de cr√™pes.

2.3/ Navigateur web et add-ons

Je naviguais avec Google Chrome. Comme beaucoup de monde (en dehors des admirateurs d’Internet Explorer, dont je ne comprendrai jamais les tendances auto-mutilatoires).

Je suis donc pass√© sous Firefox, et avec lui, j’ai ajout√© pl√©thore d’extensions orient√©es vers la protection de la vie priv√©e.

La liste (ou une bonne partie de celle-ci) est disponible sur le blog d’Aeris, que je vais donc citer en coupant all√®grement dans le tas (l’article¬†: https://blog.imirhil.fr/2015/12/08/extensions-vie-privee.html)¬†:

Au-revoir-UTM est une extension tr√®s simple qui va virer automatiquement les balises ¬ę¬†utm¬†¬Ľ laiss√©es par les r√©gies publicitaires ou trackers pour savoir d’o√Ļ vous venez lors de l’acc√®s au contenu.

 

Decentraleyes remplace √† la vol√©e les contenus que vous auriez normalement d√Ľ aller chercher sur des CDN centralis√©s et g√©n√©ralement tr√®s enclins √† violer votre vie priv√©e, tels Google, CloudFlare, Akamai et j’en passe.

 

Disconnect supprime tout le contenu tra√ßant comme le contenu publicitaire, les outils d’analyse de trafic et les boutons sociaux.

 

HTTPS Everywhere force votre navigateur à utiliser les versions HTTPS (donc chiffrés) des sites web que vous consultez, même si vous cliquez sur un lien HTTP (en clair).

 

Pure URL, nettoie vos URL du contenu traçant.

 

uBlock Origin, qu’on ne pr√©sente plus, un super bloqueur de publicit√© et de traqueurs, juste un must-have.

 

Blender est une extension qui va tricher sur l’identit√© de votre navigateur, pour tenter de le faire passer pour celui le plus utilis√© √† l’heure actuelle, et ainsi se noyer dans la masse.

 

Smart Referer permet de masquer son r√©f√©rent. En effet, par d√©faut, votre navigateur envoie au serveur l’URL du site duquel vous venez. L’extension permet de remplacer cette valeur par l’URL du site sur lequel on va, voire carr√©ment de supprimer l’information.

 

uMatrix est THE extension ultime pour la protection de sa vie privée sur Internet. Elle va en effet bloquer tout appel externe au site visité, vous protégeant de tout le pistage ambiant du net.

uMatrix

uMatrix : filtre par type de contenu et par domaine !

Une fois qu’on est √† l’aise avec √ßa, on a d√©j√† un meilleur contr√īle de sa pr√©sence en ligne et des traces qu’on laisse.

Chapitre 3 : OK Google, déGooglise-toi

3.1 : Google Docs, Google Sheets, Google machins, le pack, quoi.

Il n’y a rien de plus simple que de se d√©barrasser de Google Docs. Des outils d’aussi bonne qualit√© sont disponibles chez Framasoft. Rien √† installer (sauf si vous souhaitez h√©berger vous-m√™me le contenu), accessible √† tout le monde. Et en plus, depuis quelques temps, il y a Framaestro, le Google Drive de Framasoft. Tout comme Google. Sauf que…

… Bah c’est Framasoft, quoi. Si c’est la premi√®re fois que vous entendez ce nom, d√©j√†¬†: bienvenue. Ensuite, Framasoft ne va pas faire attention √† vos donn√©es. Ou plut√īt si, mais au sens de ¬ę¬†les prot√©ger¬†¬Ľ. Il s’agit de b√©n√©voles qui souhaitent proposer des outils de qualit√©¬†; Framasoft s’en fiche de ce que vous saisissez dans vos documents. Et ne s’en approprie pas les droits¬†; Google, oui.

Pour trouver l’outil qu’il vous faut, rendez-vous simplement sur https://degooglisons-internet.org/alternatives et choisissez la ligne correspondant √† l’outil Google dont vous souhaitez vous d√©barrasser.

3.2 : Google Maps / Google Street View

Google Maps peut √™tre ais√©ment remplac√© par Open Street Map. Sur votre smartphone, l’application OSMAnd~ fait tr√®s bien son travail.

Pour Google Street View, Open Street Maps a lanc√© Open Street Cam. L’id√©e est tout bonnement G√Č-NIALE¬†: on a pas les moyens de faire se promener une ¬ę¬†OSM Car¬†¬Ľ¬†? Alors les utilisateurs seront l’OSM Car¬†!

Lorsque vous prenez votre voiture, vous activez l’application (https://github.com/openstreetcam/android/ ou https://play.google.com/store/apps/details?id=com.telenav.streetview) et celle-ci prend des photos √† intervalles r√©guliers en les g√©olocalisant¬†! Et voici comment on fait du Street View libre, communautaire et participatif¬†!

3.3 : Picasa, Dropbox, Wetransfer

Moins utilis√©s que mes pr√©c√©dents amis mais tout de m√™me existants, ces outils de stockage en ligne d’images ou de fichiers sont tenus par des entreprises en lesquels on ne peut pas avoir confiance.

Les services d’h√©bergement de fichiers ne manquent pas. Et ceux que je vais proposer ici n’ont pas mainmise sur vos fichiers.

√áa n’a l’air de rien comme √ßa, mais une entreprise qui peut regarder vos fichiers, est-ce que ce n’est pas probl√©matique¬†? Lui avez-vous donn√© l’autorisation de s’introduire ainsi dans vos √©changes de donn√©es¬†?

Pour les albums, au revoir Picasa, préférez Piwigo.

Pour un simple partage d’image(s), pourquoi pas Framapic ou Lutim¬†?

Pour stocker vos fichiers et les envoyer, d√©gagez WeTransfer de l√† et choisissez plut√īt Framadrop. Abandonnez votre Dropbox, et rendez-vous sur un Nextcloud install√© chez un pote ou une asso (ou directement chez vous¬†?)¬†!

Les alternatives sont l√†, et sont bien plus diverses. La seule nuance, c’est que vous ne les connaissez pas, et n’avez pas le r√©flexe de les chercher.

Dans mon cas, ayant une Brique (je vous ai dit que j’avais une Brique¬†?), j’utilise Jirafeau pour h√©berger mes images, Nextcloud pour le reste. √áa me va tr√®s bien, et au moins, √ßa reste chez moi.

3.4 : Discuter en instantané

Rendez-vous sur Jabber (XMPP). Skype ne vous respecte pas, Hangout non plus. Messenger¬†? Pfeuh-cebook¬†! La messagerie directe de Twitter¬†? Ne comptez pas trop prot√©ger vos donn√©es l√†-dessus non plus. Whatsapp¬†? C’est encore Facebook derri√®re¬†!

Au lieu d’installer Google Hangouts et d’utiliser votre compte Google, installez Xabber ou Conversation sur votre t√©l√©phone et cr√©ez un compte Jabber. Vous voici √† utiliser XMPP, le m√™me protocole que derri√®re Hangout ou Messenger, mais sans la m√©chante bo√ģte qui vit de publicit√© cibl√©e et de vente de donn√©es personnelles.

Au lieu d’utiliser Skype, pourquoi pas Tox¬†? Ou en ligne, vous pouvez utiliser Vroom, et m√™me Framatalk¬†!

J’ai un peu de mal √† conseiller Telegram car r√©cemment, la s√©curit√© qu’il promet a √©t√© remise en question, et qu’il s’agit toujours d’une entreprise qui peut vouloir jouer avec vos donn√©es.

3.5 : GMail

On attaque le c√īt√© le plus effrayant¬†: les e-mails. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n’imaginais pas pouvoir dire au revoir √† mon GMail.

Cela faisait 5 ans que TOUS mes √©changes se faisaient par son biais. Que tous mes comptes, sur tous les sites o√Ļ j’√©tais inscrit, connaissaient cet e-mail comme √©tant le mien.

En r√©alit√©… je me suis rendu compte que mes mails d√©j√† envoy√©s √©taient sacrifiables, et que ceux d√©j√† lus l’√©taient √©galement. Je me suis rendu compte que je recevais plus de spam et de newsletters (auxquelles je n’√©tais pas forc√©ment inscrit) que de nouvelles de mes proches.

Et puis surtout, bon sang¬†: Google lisait mes mails. Une entreprise lisait ma correspondance priv√©e pour mieux me conna√ģtre. Pour mieux me profiler. Pour me vendre √† des r√©gies publicitaires. Non, ce n’est pas acceptable.

√Čtant alors devenu membre d’un FAI associatif, je lui ai confi√© mes mails. Mais avant cela, j’avais pr√©vu de me tourner vers Protonmail. C’est certes une entreprise, mais vos messages sont chiffr√©s, et il n’est pas possible (dans le cas o√Ļ c’est bien fait¬†;)) pour l’entreprise de lire vos mails. Contrairement √† Google qui lit bien tout ce qu’il veut.

J’y reviens, mais… De la publicit√© cibl√©e √† partir de vos √©changes priv√©s. Comment peut-on accepter √ßa¬†?

Protonmail est un service qui m’a l’air fiable. √áa reste n√©anmoins une entreprise, dont le code est partiellement consultable. Si vous souhaitez abandonner Google, c’est une alternative viable.

Envoyez un mail √† tous vos contacts, mettez (ou non) en place une r√©ponse automatique Google indiquant ¬ę¬†voici ma nouvelle adresse e-mail¬†¬Ľ, et changez votre adresse e-mail sur tous les sites la connaissant. Apr√®s tout, vous l’aviez peut-√™tre fait avec votre adresse @aol.fr ou @wanadoo.fr sans vous interroger plus longtemps sur ce changement.

En consultant ses mails GMail de temps en temps, on peut en voir un qui s’est perdu et indiquer la bonne adresse e-mail √† laquelle √©crire.

Vous verrez, contrairement √† ce qu’on croit, c’est simple, rapide, et on ne rencontre quasiment aucun obstacle.

Je ne sais pas si je vous ai dit que j’avais une brique Internet chez moi, d’ailleurs¬†; mais du coup, maintenant, elle h√©berge aussi une partie de mes e-mails (je jongle entre les adresses). Vous imaginez¬†? Ces mails sont stock√©s directement dans un petit bo√ģtier pos√© par terre chez moi. Nulle part ailleurs¬†!

3.6 : YouTube

Je poste des vid√©os sur YouTube, √©tant vid√©aste. Bon, OK. Mais je n’ai pas pour autant envie d’utiliser un compte Google le reste du temps. Et je ne voulais √©videmment pas perdre mes abonnements.

La solution √† cela¬†? L’oubli√© flux RSS. Comme quand on suivait les blogs, tu te rappelles¬†?

Google propose de récupérer tous ses abonnements YouTube au format .opml. Avec cette solution, on peut être notifié des sorties par un simple lecteur de flux RSS.

Pour celleux qui n’auraient pas connu ou utilis√© RSS √† l’√©poque o√Ļ c’√©tait la star d’Internet, il s’agit, en gros, d’abonnement √† des sites/blogs. D√®s qu’un nouvel article para√ģt, vous le recevez sur votre lecteur de flux RSS, o√Ļ se rassemblent vos abonnements.

J’ai donc install√© FreshRSS sur ma Brique (vous saviez que j’avais une brique¬†?), et y ai import√© ce fameux fichier .opml. J’en ai profit√© pour ajouter Chroma, qui sort sur Dailymotion (eh ouais¬†: on peut croiser les flux¬†!). Et j’ai une sorte de bo√ģte mail de mes abonnements vid√©o¬†! C’est beau, non¬†?

Des abonnements YouTube sans compte YouTube <3

J’y ai ajout√© un plugin nomm√© ¬ę¬†FreshRSS-Youtube¬†¬Ľ qui me permet d’ouvrir les vid√©os YouTube directement dans mon lecteur RSS. Donc j’ai un YouTube sans compte, avec juste mes abonnements, le tout chez moi.

Histoire de simplifier tout √ßa, j’ai d√©velopp√© une extension Firefox qui permet de s’abonner plus facilement √† une cha√ģne en RSS. Il est disponible ici

Récupérer un flux RSS avec RSS-Tube !

3.7 : Android

Ton smartphone est sous Android¬†? Chouette. Mais Android utilise en permanence des services Google. Pour te g√©olocaliser, pour faire fonctionner tes applications, pour t’entendre quand tu chuchotes sous la couette un ¬ę¬†OK, Google¬†¬Ľ.

Au d√©but, j’ai √©t√© d√©rout√© par cette prise de conscience. Alors j’ai simplement abandonn√© l’id√©e d’avoir un smartphone. J’ai achet√© un t√©l√©phone tout pourri-pourrave pour quelques 30€ qui envoyait des SMS, recevait des MMS quand il √©tait de bonne humeur, et t√©l√©phonait. C’√©tait tout. Il y avait aussi le pire appareil photo qu’on ait vu depuis 2005.

Puis, un jour, au hasard d’une rencontre, on m’a parl√© de Replicant. J’ai regard√©, et j’ai constat√© que ce n’√©tait malheureusement pas compatible avec le Samsung Galaxy S3 Mini que j’avais abandonn√© pr√©c√©demment.

Le hasard a fait le reste.

Un jour, j’ai command√© un t-shirt chez la Free Software Foundation Europe et re√ßu un papier ¬ę¬†Free your Android¬†!¬†¬Ľ dans le colis.

En allant sur leur site, j’ai pu d√©couvrir CyanogenMod (devenu maintenant LineageOS). Un Android, mais sans Google, cr√©√© par la communaut√© pour la communaut√©. Comme d’habitude, tout n’est pas tout blanc, mais c’est toujours mieux que rien.

Je l’ai install√© (en suivant simplement des tutos, rien d’incroyable), install√© F-Droid (qui remplace Google Play) pour t√©l√©charger les applications dont j’avais besoin, et j’installe directement les fichiers .apk comme on installe un .exe sur son Windows ou un .deb sur son Ubuntu.

CyanogenMod

Mon téléphone sous CyanogenMod 13

Conclusion

Bravo. Si vous √™tes arriv√© jusque l√† sans tricher, vous avez le droit de vous f√©liciter. J’esp√®re que vous n’avez pas trouv√© le temps trop long¬†!

Courage, plus que quelques lignes. Les dernières pensées.

Au final, ce qui ressort de mon exp√©rience, c’est que me pr√©parer psychologiquement √† quitter Google et Microsoft m’a pris plus de temps que pour m’en passer r√©ellement, trouver des alternatives, et m’y faire.

On n’a pas besoin d’eux. Les alternatives existent, sont nombreuses, vari√©es, et nous respectent pour ce que nous sommes¬†: des √™tres humains, avec des droits, qui souhaitons simplement utiliser Internet pour notre plaisir personnel quotidien.

Je pense que j’ai oubli√© plein de choses. Je pense que de nouveaux outils grandissent chaque jour et attendent qu’on les d√©couvre.

En parall√®le de tout √ßa, j’ai appris beaucoup sur l’auto-h√©bergement. J’ai aussi beaucoup appris sur l’anonymat, sur le chiffrement, sur le fonctionnement d’Internet. J’ai rejoint une association formidable, et en m’int√©ressant √† la technique et au num√©rique, j’ai fait des rencontres nombreuses et toutes plus g√©niales les unes que les autres.

Je vous ai dit que quand j’ai commenc√© tout √ßa, je ne savais pas faire autre chose qu’un ¬ę¬†apt-get install¬†¬Ľ sous GNU/Linux¬†? Que j’avais une peur bleue du code (malgr√© ma formation dans ce domaine)¬†?

Maintenant, j’en fais, j’en lis, et j’en redemande.

Mon Internet est propre. Ma vie priv√©e, si elle n’est pas √† l’abri, re√ßoit le maximum que je peux lui donner. Je vis d’outils d√©centralis√©s et d’auto-h√©bergement.

D√ČGOOGLISONS L’INTERNET.

With Datalove,
Korbak <3

Les nouveaux Leviathans III. Du capitalisme de surveillance à la fin de la démocratie ?

Par Framatophe

Une chronique de Xavier De La Porte1 sur le site de la radio France Culture pointe une sortie du tout nouveau pr√©sident Emmanuel Macron parue sur le compte Twitter officiel¬†: ¬ę¬†Une start-up nation est une nation o√Ļ chacun peut se dire qu’il pourra cr√©er une startup. Je veux que la France en soit une¬†¬Ľ. Xavier De La Porte montre √† quel point cette conception de la France en ¬ę¬†start-up nation¬†¬Ľ est en r√©alit√© une vieille id√©e, qui reprend les archa√Įsmes des penseurs lib√©raux du XVIIe si√®cle, tout en provoquant un ¬ę¬†d√©senchantement politique¬†¬Ľ. La s√©rie des Nouveaux L√©viathans, dont voici le troisi√®me num√©ro, part justement de cette id√©e et cherche √† en d√©cortiquer les arguments.

Note : voici le troisième volet de la série des Nouveaux (et anciens) Léviathans, initiée en 2016, par Christophe Masutti, alias Framatophe. Pour retrouver les articles précédents, une liste vous est présentée à la fin de celui-ci.

Dans cet article nous allons voir comment ce que Shoshana Zuboff nomme Big Other (cf. article pr√©c√©dent) trouve dans ces archa√Įques conceptions de l’√Čtat un lieu privil√©gi√© pour d√©ployer une nouvelle forme d’organisation sociale et politique. L’id√©ologie-Silicon ne peut plus √™tre aujourd’hui analys√©e comme un √©lan ultra-lib√©ral auquel on opposerait des valeurs d’√©galit√© ou de solidarit√©. Cette dialectique est d√©pass√©e car c’est le Contrat Social qui change de nature¬†: la l√©gitimit√© de l’√Čtat repose d√©sormais sur des m√©canismes d’expertise2 par lesquels le capitalisme de surveillance impose une logique de march√© √† tous les niveaux de l’organisation socio-√©conomique, de la d√©cision publique √† l’engagement politique. Pour comprendre comment le terrain d√©mocratique a chang√© √† ce point et ce que cela implique dans l’organisation d’une nation, il faut analyser tour √† tour le r√īle des monopoles num√©riques, les choix de gouvernance qu’ils impliquent, et comprendre comment cette id√©ologie est non pas th√©oris√©e, mais en quelque sorte auto-l√©gitim√©e, rendue presque n√©cessaire, parce qu’aucun choix politique ne s’y oppose. Le capitalisme de surveillance impliquerait-il la fin de la d√©mocratie¬†?

Libéralisme et Big Other

Dans Les Nouveaux Leviathans II, j’abordais la question du capitalisme de surveillance sous l’angle de la fin du mod√®le √©conomique du march√© lib√©ral. L’utopie dont se r√©clame ce dernier, que ce soit de mani√®re rh√©torique ou r√©ellement convaincue, suppose une auto-r√©gulation du march√©, th√©orie maintenue en particulier par Friedrich Hayek3. √Ä l’oppos√© de cette th√©orie qui fait du march√© la seule forme (auto-)√©quilibr√©e de l’√©conomie, on trouve des auteurs comme Karl Polanyi4 qui, √† partir de l’analyse historique et anthropologique, d√©montre non seulement que l’√©conomie n’a pas toujours √©t√© organis√©e autour d’un march√© lib√©ral, mais aussi que le capitalisme ¬ę¬†d√©sencastre¬†¬Ľ l’√©conomie des relations sociales, et provoque un d√©ni du contrat social.

Or, avec le capitalisme de surveillance, cette opposition (qui date tout de m√™me de la premi√®re moiti√© du XXe si√®cle) a v√©cu. Lorsque Shoshana Zuboff aborde la gen√®se du capitalisme de surveillance, elle montre comment, √† partir de la logique de rationalisation du travail, on est pass√© √† une soci√©t√© de march√© dont les comportements individuels et collectifs sont quantifi√©s, analys√©s, surveill√©s, gr√Ęce aux big data, tout comme le (un certain) management d’entreprise quantifie et rationalise les proc√©dures. Pour S. Zuboff, tout ceci concourt √† l’av√®nement de Big Other, c’est-√†-dire un r√©gime socio-√©conomique r√©gul√© par des m√©canismes d’extraction des donn√©es, de marchandisation et de contr√īle. Cependant, ce r√©gime ne se confronte pas √† l’√Čtat comme on pourrait le dire du libertarisme sous-jacent au n√©olib√©ralisme qui consid√®re l’√Čtat au pire comme contraire aux libert√©s individuelles, au mieux comme une instance limitative des libert√©s. Encore pourrait-on dire qu’une dialectique entre l’√Čtat et le march√© pourrait √™tre b√©n√©fique et aboutirait √† une forme d’√©quilibre acceptable. Or, avec le capitalisme de surveillance, le politique lui-m√™me devient un point d’appui pour Big Other, et il le devient parce que nous avons bascul√© d’un r√©gime politique √† un r√©gime a-politique qui organise les √©quilibres sociaux sur les principes de l’offre marchande. Les instruments de cette organisation sont les big datas et la capacit√© de modeler la soci√©t√© sur l’offre.

C’est que je pr√©cisais en 2016 dans un ouvrage coordonn√© par Tristan Nitot, Nina Cercy, Num√©rique¬†: reprendre le contr√īle5, en ces termes¬†:

(L)es firmes mettent en œuvre des pratiques d’extraction de donn√©es qui annihilent toute r√©ciprocit√© du contrat avec les utilisateurs, jusqu’√† cr√©er un march√© de la quotidiennet√© (nos donn√©es les plus intimes et √† la fois les plus sociales). Ce sont nos comportements, notre exp√©rience quotidienne, qui deviennent l’objet du march√© et qui conditionne m√™me la production des biens industriels (dont la vente d√©pend de nos comportements de consommateurs). Mieux¬†: ce march√© n’est plus soumis aux contraintes du hasard, du risque ou de l’impr√©dictibilit√©, comme le pensaient les chantres du lib√©ralisme du XXe si√®cle¬†: il est devenu mall√©able parce que ce sont nos comportements qui font l’objet d’une pr√©dictibilit√© d’autant plus exacte que les big data peuvent √™tre analys√©es avec des m√©thodes de plus en plus fiables et √† grande √©chelle.

Si j’√©cris que nous sommes pass√©s d’un r√©gime politique √† un r√©gime a-politique, cela ne signifie pas que cette transformation soit radicale, bien entendu. Il existe et il existera toujours des tensions id√©ologiques √† l’int√©rieur des institutions de l’√Čtat. C’est plut√īt une question de proportions¬†: aujourd’hui, la plus grande partie des d√©cisions et des organes op√©rationnels sont motiv√©s et guid√©s par des consid√©rations relevant de situations d√©clar√©es imp√©ratives et non par des perspectives politiques. On peut citer par exemple le grand mouvement de ¬ę¬†rigueur¬†¬Ľ incitant √† la ¬ę¬†ma√ģtrise¬†¬Ľ des d√©penses publiques impos√©e par les organismes financiers europ√©ens¬†; des d√©cisions motiv√©es uniquement par le remboursement des dettes et l’expertise financi√®re et non par une strat√©gie du bien-√™tre social. On peut citer aussi, d’un point de vue plus local et fran√ßais, les contrats des institutions publiques avec Microsoft, √† l’instar de l’√Čducation Nationale, √† l’encontre de l’avis d’une grande partie de la soci√©t√© civile, au d√©triment d’une offre diff√©rente (comme le libre et l’open source) et dont la justification est uniquement donn√©e par l’incapacit√© de la fonction publique √† envisager d’autres solutions techniques, non par ignorance, mais √† cause du d√©tricotage massif des comp√©tences internes. Ainsi ¬ę¬†rationaliser¬†¬Ľ les d√©penses publiques revient en fait √† se priver justement de rationalit√© au profit d’une simple adaptation de l’organisation publique √† un √©tat de fait, un d√©terminisme qui n’est pas remis en question et condamne toute id√©ologie √† √™tre non pertinente.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut ressortir les vieilles th√©ories de la fin de l’histoire. Qui plus est, les derniers essais du genre, comme la th√®se de Francis Fukuyama6, se sont concentr√©s justement sur l’av√®nement de la d√©mocratie lib√©rale con√ßue comme le consensus ultime mettant fin aux confrontations id√©ologiques (comme la fin de la Guerre Froide). Or, le capitalisme de surveillance a minima repousse toute vell√©it√© de consensus, au-del√† du lib√©ralisme, car il finit par d√©finir l’√Čtat tout entier comme un instrument d’organisation, quelle que soit l’id√©ologie¬†: si le nouveau r√©gime de Big Other parvient √† organiser le social, c’est aussi parce que ce dernier a d√©sengag√© le politique et rel√®gue la d√©cision publique au rang de validation des faits, c’est-√†-dire l’acceptation des contrats entre les individus et les outils du capitalisme de surveillance.

Les mécanismes ne sont pas si nombreux et tiennent en quatre points :

  • le fait que les firmes soient des multinationales et surfent sur l’offre de la moins-disance juridique pour s’√©tablir dans les pays (c’est la pratique du law shopping),
  • le fait que l’utilisation des donn√©es personnelles soit d√©loyale envers les individus-utilisateurs des services des firmes qui s’approprient les donn√©es,
  • le fait que les firmes entre elles adoptent des processus loyaux (pactes de non-agression, partage de march√©s, acceptation de monopoles, rachats convenus, etc.) et passent des contrats iniques avec les institutions, avec l’appui de l’expertise, faisant perdre aux √Čtats leur souverainet√© num√©rique,
  • le fait que les monopoles ¬ę¬†du num√©rique¬†¬Ľ diversifient tellement leurs activit√©s vers les secteurs industriels qu’ils finissent par organiser une grande partie des dynamiques d’innovation et de concurrence √† l’√©chelle mondiale.

Pour r√©sumer les trois conceptions de l’√©conomie dont il vient d’√™tre question, on peut dresser ce tableau¬†:

√Čconomie Forme Individus √Čtat
√Čconomie spontan√©e Diversit√© et cr√©ativit√© des formes d’√©changes, du don √† la financiarisation R√©gulent l’√©conomie par la d√©mocratie¬†; les √©changes sont d’abord des relations sociales Garant de la redistribution √©quitable des richesses¬†; r√©gulateur des √©changes et des comportements
Marché libéral Auto-régulation, défense des libertés économiques contre la décision publique (conception libérale de la démocratie : liberté des échanges et de la propriété) Agents consommateurs décisionnaires dans un milieu concurrentiel Réguler le marché contre ses dérives inégalitaires ; maintient une démocratie plus ou moins forte
Capitalisme de surveillance Les monopoles fa√ßonnent les √©changes, cr√©ent (tous) les besoins en fonction de leurs capacit√©s de production et des big data Sont exclusivement utilisateurs des biens et services Automatisation du droit adapt√© aux besoins de l’organisation √©conomique¬†; s√©curisation des conditions du march√©

Il est important de comprendre deux aspects de ce tableau :

  • il ne cherche pas √† induire une progression historique et lin√©aire entre les diff√©rentes formes de l’√©conomie et des rapports de forces¬†: ces rapports sont le plus souvent diffus, selon les √©poques, les cultures. Il y a une √©conomie spontan√©e √† l’Antiquit√© comme on pourrait par exemple, comprendre les monnaies alternatives d’aujourd’hui comme des formes spontan√©es d’organisation des √©changes.
  • aucune de ces cases ne correspond r√©ellement √† des conceptions th√©oris√©es. Il s’agit essentiellement de voir comment le capitalisme de surveillance induit une distorsion dans l’organisation √©conomique¬†: alors que dans des formes classiques de l’organisation √©conomique, ce sont les acteurs qui produisent l’organisation, le capitalisme de surveillance induit non seulement la fin du march√© lib√©ral (vu comme place d’√©change √©quilibr√©e de biens et services concurrentiels) mais exclut toute possibilit√© de r√©gulation par les individus / citoyens¬†: ceux-ci sont vus uniquement comme des utilisateurs de services, et l’√Čtat comme un pourvoyeur de services publics. La d√©cision publique, elle, est une affaire d’accord entre les monopoles et l’√Čtat.

Les monopoles et l’√Čtat

Pour sa premi√®re visite en Europe, Sundar Pichai qui √©tait alors en f√©vrier 2016 le nouveau CEO de Google Inc. , choisit les locaux de Sciences Po. Paris pour tenir une conf√©rence de presse7, en particulier devant les √©l√®ves de l’√©cole de journalisme. Le choix n’√©tait pas anodin, puisqu’√† ce moment-l√† Google s’est pr√©sent√© en grand d√©fenseur de la libert√© d’expression (par un ensemble d’outils, de type reverse-proxy que la firme est pr√™te √† proposer aux journalistes pour mener leurs investigations), en pourvoyeur de moyens efficaces pour lutter contre le terrorisme, en proposant √† qui veut l’entendre des partenariats avec les √©diteurs, et de mani√®re g√©n√©rale en s’investissant dans l’innovation num√©rique en France (voir le partenariat Numa / Google). Tout cela d√©montre, s’il en √©tait encore besoin, √† quel point la firme Google (et Alphabet en g√©n√©ral) est capable de proposer une offre si globale qu’elle couvre les fonctions de l’√Čtat¬†: en r√©alit√©, √† Paris lors de cette conf√©rence, alors que paradoxalement elle se tenait dans les locaux o√Ļ √©tudient ceux qui demain sont cens√©s remplir des fonctions r√©galiennes, Sundar Pichai ne s’adressait pas aux autorit√©s de l’√Čtat mais aux entreprises (√©diteurs) pour leur proposer des instruments qui garantissent leurs libert√©s. Avec comme sous-entendu¬†: vous √©voluez dans un pays dont la libert√© d’expression est l’un des fleurons, mais votre gouvernement n’est pas capable de vous le garantir mieux que nous, donc adh√©rez √† Google. Les domaines de la sant√©, des syst√®mes d’informations et l’√©ducation en sont pas exempts de cette offre ¬ę¬†num√©rique¬†¬Ľ.

Du c√īt√© du secteur public, le meilleur moyen de ne pas perdre la face est de monter dans le train suivant l’adage ¬ę¬†Puisque ces myst√®res nous d√©passent, feignons d’en √™tre l’organisateur¬†¬Ľ. Par exemple, si Google et Facebook ont une telle puissance capable de mener efficacement une lutte, au moins m√©diatique, contre le terrorisme, √† l’instar de leurs campagnes de propagande8, il faut cr√©er des accords de collaboration entre l’√Čtat et ces firmes9, quitte √† les faire passer comme une exigence gouvernementale (mais quel √Čtat ne perdrait pas la face devant le poids financier des GAFAM¬†?).

… Et tout cela cr√©e un march√© de la gouvernance dans lequel on ne compte plus les millions d’investissement des GAFAM. Ainsi, la gouvernance est un march√© pour Microsoft, qui lance un Office 2015 sp√©cial ¬ę¬†secteur public¬†¬Ľ, ou, mieux, qui sait admirablement se situer dans les appels d’offre en promouvant des solutions pour tous les besoins d’organisation de l’√Čtat. Par exemple, la pr√©sentation des activit√©s de Microsoft dans le secteur public sur son site comporte ces items¬†:

  • Stimulez la transformation num√©rique du secteur public
  • Optimisez l’administration publique
  • Transformez des services du secteur public
  • Am√©liorez l’efficacit√© des employ√©s du secteur public
  • Mobilisez les citoyens

Microsoft dans le secteur public

Microsoft Office pour le secteur public

D’aucuns diraient que ce que font les GAFAM, c’est proposer un nouveau mod√®le social. Par exemple dans une enqu√™te percutante sur les entreprises de la Silicon Valley, Philippe Vion-Dury d√©finit ce nouveau mod√®le comme ¬ę¬†politiquement technocratique, √©conomiquement lib√©ral, culturellement libertaire, le tout nimb√© de messianisme typiquement am√©ricain¬†¬Ľ10. Et il a enti√®rement raison, sauf qu’il ne s’agit pas d’un mod√®le social, c’est justement le contraire, c’est un mod√®le de gouvernance sans politique, qui consid√®re le social comme la juxtaposition d’utilisateurs et de groupes d’utilisateurs. Comme le montre l’offre de Microsoft, si cette firme est capable de fournir un service propre √† ¬ę¬†mobiliser les citoyens ¬†¬Ľ et si en m√™me temps, gr√Ęce √† ce m√™me fournisseur, vous avez les outils pour transformer des services du secteur public, quel besoin y aurait-il de voter, de persuader, de discuter¬†? si tous les avis des citoyens sont analys√©s et surtout anticip√©s par les big datas, et si les seuls outils efficaces de l’organisation publique r√©sident dans l’offre des GAFAM, quel besoin y aurait-il de parler de d√©mocratie ¬†?

En r√©alit√©, comme on va le voir, tout cette nouvelle configuration du capitalisme de surveillance n’est pas seulement rendue possible par la puissance novatrice des monopoles du num√©rique. C’est peut-√™tre un biais¬†: penser que leur puissance d’innovation est telle qu’aucune offre concurrente ne peut exister. En fait, m√™me si l’offre √©tait moindre, elle n’en serait pas moins adopt√©e car tout r√©side dans la capacit√© de la d√©cision publique √† d√©terminer la n√©cessit√© d’adopter ou non les services des GAFAM. C’est l’am√©nagement d’un terrain favorable qui permet √† l’offre de la gouvernance num√©rique d’√™tre propos√©e. Ce terrain, c’est la d√©cision par l’expertise.


“Work-buy-consume-die”, par Mika Raento, sous licence CC BY 2.0
(trad.¬†: ¬ę¬†Participez √† l’hilarante aventure d’une vie¬†: travaillez, achetez, consommez, mourez.¬†¬Ľ)

L’accueil favorable au capitalisme de surveillance

Dans son livre The united states of Google11, G√∂tz Haman fait un compte-rendu d’une conf√©rence durant laquelle interviennent Eric Schmidt, alors pr√©sident du conseil d’administration de Google, et son coll√®gue Jared Cohen. Ces derniers ont √©crit un ouvrage (The New Digital Age) qu’ils pr√©sentent dans les grandes lignes. G√∂tz Haman le r√©sume en ces termes¬†: ¬ę¬†Aux yeux de Google, les √Čtats sont d√©pass√©s. Ils n’ont rien qui permette de r√©soudre les probl√®mes du XXIe si√®cle, tels le changement climatique, la pauvret√©, l’acc√®s √† la sant√©. Seules les inventions techniques peuvent mener vers le Salut, affirment Schmidt et son camarade Cohen.¬†¬Ľ

Une fois cette id√©ologie —¬†celle du capitalisme de surveillance12¬†— √©voqu√©e, il faut s’interroger sur la raison pour laquelle les √Čtats renvoient cette image d’impuissance. En fait, les soci√©t√©s occidentales modernes ont tellement accru leur consommation de services que l’offre est devenue surpuissante, √† tel point, comme le montre Shoshanna Zuboff, que les utilisateurs eux-m√™mes sont devenus √† la fois les pourvoyeurs de mati√®re premi√®re (les donn√©es) et les consommateurs. Or, si nous nous pla√ßons dans une conception de la soci√©t√© comme un unique march√© o√Ļ les relations sociales peuvent √™tre model√©es par l’offre de services (ce qui se cristallise aujourd’hui par ce qu’on nomme dans l’expression-valise ¬ę¬†Uberisation de la soci√©t√©¬†¬Ľ), ce qui rel√®ve de la d√©cision publique ne peut √™tre motiv√© que par l’analyse de ce qu’il y a de mieux pour ce march√©, c’est-√†-dire le calcul de rentabilit√©, de rendement, d’efficacit√©… d’utilit√©. Or cette analyse ne peut √™tre √† son tour fournie par une id√©ologie visionnaire, une utopie ou simplement l’imaginaire politique¬†: seule l’expertise de l’√©tat du monde pour ce qu’il est √† un instant T permet de justifier l’action publique. Il faut donc passer du concept de gouvernement politique au concept de gouvernance par les instruments. Et ces instruments doivent reposer sur les GAFAM.

Pour comprendre au mieux ce que c’est que gouverner par les instruments, il faut faire un petit d√©tour conceptuel.

L’expertise et les instruments

Prenons un exemple. La situation politique qu’a connue l’Italie apr√®s novembre 2011 pourrait √† bien des √©gards se comparer avec la r√©cente √©lection en France d’Emmanuel Macron et les √©lections l√©gislatives qui ont suivi. En effet, apr√®s le gouvernement de Silvio Berlusconi, la pr√©sidence italienne a nomm√© Mario Monti pour former un gouvernement dont les membres sont essentiellement reconnus pour leurs comp√©tences techniques appliqu√©es en situation de crise √©conomique. La raison du soutien populaire √† cette nomination pour le moins discutable (M. Monti a √©t√© nomm√© s√©nateur √† vie, reconnaissance habituellement r√©serv√©e aux anciens pr√©sidents de R√©publique Italienne) r√©side surtout dans le d√©saveu de la casta, c’est-√†-dire le syst√®me des partis qui a domin√© la vie politique italienne depuis maintes ann√©es et qui n’a pas r√©ussi √† endiguer les effets de la crise financi√®re de 2008. Si bien que le gouvernement de Mario Monti peut √™tre qualifi√© de ¬ę¬†gouvernement des experts¬†¬Ľ, non pas un gouvernement technocratique noy√© dans le fatras administratif des normes et des proc√©dures, mais un gouvernement √† l’image de Mario Monti lui-m√™me, ex-commissaire europ√©en au long cours, motiv√© par la n√©cessit√© technique de r√©soudre la crise en coop√©ration avec l’Union Europ√©enne. Pour reprendre les termes de l’historien Peppino Ortoleva, √† propos de ce gouvernement dans l’√©tude de cas qu’il consacre √† l’Italie13 en 2012¬†:

Le ¬ę¬†gouvernement des experts¬†¬Ľ se pr√©sente d’un c√īt√© comme le gouvernement de l’objectivit√© et des chiffres, celui qui peut rendre compte √† l’Union europ√©enne et au syst√®me financier international, et d’un autre c√īt√© comme le premier gouvernement ind√©pendant des partis.

Peppino Ortoleva conclut alors que cet exemple italien ne repr√©sente que les pr√©mices pour d’autres gouvernements du m√™me acabit dans d’autres pays, avec tous les questionnements que cela suppose en termes de d√©bat politique et d√©mocratique¬†: si en effet la d√©cision publique n’est mue que par la n√©cessit√© (ici la crise financi√®re et la r√©ponse aux injonctions de la Commission europ√©enne) quelle place peut encore tenir le d√©bat d√©mocratique et l’autonomie d√©cisionnaire des peuples¬†?

En son temps d√©j√† le ¬ę¬†There is no alternative¬†¬Ľ de Margaret Thatcher imposait par la force des s√©ries de r√©formes au nom de la n√©cessit√© et de l’expertise √©conomiques. On ne compte plus, en Europe, les gouvernements qui nomment des groupes d’expertise, conseils et autres comit√©s cens√©s r√©pondre aux questions techniques que pose l’environnement √©conomique changeant, en particulier en situation de crise.

Cette expertise a souvent √©t√© confondue avec la technocratie, √† l’instar de l’ouvrage de Vincent Dubois et Delphine Dulong publi√© en 2000, La question technocratique14. Lorsqu’en effet la d√©cision publique se justifie exclusivement par la n√©cessit√©, cela signifie que cette derni√®re est d√©finie en fonction d’une certaine compr√©hension de l’environnement socio-√©conomique. Par exemple, si l’on part du principe que la seule r√©ponse √† la crise financi√®re est la r√©duction des d√©penses publiques, les technocrates inventeront les instruments pour rendre op√©rationnelle la d√©cision publique, les experts identifieront les m√©thodes et l’expertise justifiera les d√©cisions (on remet en cause un avis issu d’une estimation de ce que devrait √™tre le monde, mais pas celui issu d’un calcul d’expert).

La technocratie comme l’expertise se situent hors des partis, mais la technocratie concerne surtout l’organisation du gouvernement. Elle r√©pond souvent aux contraintes de centralisation de la d√©cision publique. Elle cr√©e des instruments de surveillance, de contr√īle, de gestion, etc. capables de permettre √† un gouvernement d’imposer, par exemple, une transformation √©conomique du service public. L’illustration convaincante est le gouvernement Thatcher, qui d√®s 1979 a mis en place plusieurs instruments de contr√īle visant √† lib√©raliser le secteur public en cassant les pratiques locales et en imposant un syst√®me concurrentiel. Ce faisant, il d√©montrait aussi que le choix des instruments suppose aussi des choix d’exercice du pouvoir, tels ceux guid√©s par la croyance en la sup√©riorit√© des m√©canismes de march√© pour organiser l’√©conomie15.

Gouverner par l’expertise ne signifie donc pas que le gouvernement manque de comp√©tences en son sein pour prendre les (bonnes ou mauvaises) d√©cisions publiques. Les technocrates existent et sont eux aussi des experts. En revanche, l’expertise permet surtout de justifier les choix, les strat√©gies publiques, en interpr√©tant le monde comme un environnement qui contraint ces choix, sans alternative.

En parlant d’alternative, justement, on peut s’interroger sur celles qui rel√®vent de la soci√©t√© civile et port√©es tant bien que mal √† la connaissance du gouvernement. La question du logiciel libre est, l√† encore, un bon exemple.

En novembre 2016, Framasoft publiait un billet retentissant intitul√© ¬ę¬†Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le th√© au minist√®re de l’√Čducation Nationale¬†¬Ľ. La raison de ce billet est la prise de conscience qu’apr√®s plus de treize ans d’efforts de sensibilisation au logiciel libre envers les autorit√©s publiques, et en particulier l’√Čducation Nationale, Framasoft ne pouvait plus d√©penser de l’√©nergie √† coop√©rer avec une telle institution si celle-ci finissait fatalement par signer contrats sur contrats avec Microsoft ou Google. En fait, le raisonnement va plus loin et j’y reviendrai plus tard dans ce texte. Mais il faut comprendre que ce √† quoi Framasoft s’est confront√© est exactement ce gouvernement par l’expertise. En effet, les communaut√©s du logiciel libre n’apportent une expertise que dans la mesure o√Ļ elles proposent de changer de mod√®le¬†: r√©cup√©rer une autonomie num√©rique en d√©veloppant des comp√©tences et des initiatives qui visent √† atteindre un fonctionnement id√©al (des donn√©es prot√©g√©es, des solutions informatiques modulables, une contribution collective au code, etc.). Or, ce que le gouvernement attend de l’expertise, ce n’est pas un but √† atteindre, c’est savoir comment adapter l’organisation au mod√®le existant, c’est-√†-dire celui du march√©.

Dans le cadre des √©lections l√©gislatives, l’infatigable association APRIL (¬ę¬†promouvoir et d√©fendre le logiciel libre¬†¬Ľ) lance sa campagne de promotion de la priorit√© au logiciel libre dans l’administration publique. √Ä chaque fois, la campagne conna√ģt un certain succ√®s et des d√©put√©s s’engagent r√©ellement dans cette cause qu’ils plaident m√™me √† l’int√©rieur de l’Assembl√©e Nationale. Sous le gouvernement de F. Hollande, on a entendu des d√©put√©s comme Christian Paul ou Isabelle Attard avancer les arguments les plus pertinents et sans m√©nager leurs efforts, convaincus de l’int√©r√™t du Libre. √Ä leur image, il serait faux de dire que la sph√®re politique est toute enti√®re herm√©tique au logiciel libre et aux √©quilibres num√©riques et √©conomiques qu’il porte en lui. Peine perdue¬†? √Ä voir les contrats pass√©s entre le gouvernement et les GAFAM, c’est un constat qu’on ne peut pas √©carter et sans doute au profit d’une autre forme de mobilisation, celle du peuple lui-m√™me, car lui seul est capable de porter une alternative l√† o√Ļ justement la politique a c√©d√© la place¬†: dans la d√©cision publique.

La rencontre entre la conception du march√© comme seule organisation gouvernementale des rapports sociaux et de l’expertise qui d√©termine les contextes et les n√©cessit√©s de la prise de d√©cision a permis l’√©mergence d’un terrain favorable √† l’√Čtat-GAFAM. Pour s’en convaincre il suffit de faire un tour du c√īt√© de ce qu’on a appel√© la ¬ę¬†modernisation de l’√Čtat¬†¬Ľ.

Les firmes à la gouvernance numérique

Anciennement la Direction des Syst√®mes d’Information (DSI), la DINSIC (Direction Interminist√©rielle du Num√©rique et du Syst√®me d’Information et de Communication) d√©finit les strat√©gies et pilote les structures informationnelles de l’√Čtat fran√ßais. Elle prend notamment part au mouvement de ¬ę¬†modernisation¬†¬Ľ de l’√Čtat. Ce mouvement est en r√©alit√© une cristallisation de l’activit√© de r√©forme autour de l’informatisation commenc√©e dans les ann√©es 1980. Cette activit√© de r√©forme a g√©n√©r√© des comp√©tences et assez d’expertise pour √™tre institutionnalis√©e (DRB, DGME, aujourd’hui DIATP — Direction interminist√©rielle pour l’accompagnement des transformations publiques). On se perd facilement √† travers les acronymes, les minist√®res de rattachement, les changements de noms au rythme des fusions des services entre eux. N√©anmoins, le concept m√™me de r√©forme n’a pas √©volu√© depuis les grandes r√©formes des ann√©es 1950¬†: il faut toujours adapter le fonctionnement des administrations publiques au monde qui change, en particulier le num√©rique.

La diff√©rence, aujourd’hui, c’est que cette adaptation ne se fait pas en fonction de strat√©gies politiques, mais en fonction d’un cadre de productivit√©, dont on dit qu’il est un ¬ę¬†contrat de performance¬†¬Ľ¬†; cette performance √©tant √©valu√©e par des outils de contr√īle¬†: augmenter le rendement de l’administration en ¬ę¬†rationalisant¬†¬Ľ les effectifs, automatiser les services publics (par exemple d√©clarer ses imp√īts en ligne, payer ses amendes en lignes, etc.), expertiser (accompagner) les besoins des syst√®mes d’informations selon les offres du march√©, limiter les instances en adaptant des m√©thodes agiles de prise de d√©cision bas√©es sur des outils num√©riques de l’analyse de data, ma√ģtrise des co√Ľts….

C’est que nous dit en substance la Synth√®se pr√©sentant le Cadre strat√©gique commun du syst√®me d’information de l’Etat, c’est-√†-dire la feuille de route de la DINSIC. Dans une section intitul√©e ¬ę¬†Pourquoi se transformer est une n√©cessite¬†?¬†¬Ľ, on trouve¬†:

Continuer √† faire √©voluer les syst√®mes d’information est n√©cessaire pour r√©pondre aux enjeux publics de demain¬†: il s’agit d’un outil de production de l’administration, qui doit d√©livrer des services plus performants aux usagers, faciliter et accompagner les r√©formes de l’√Čtat, rendre possible les politiques publiques transverses √† plusieurs administrations, s’int√©grer dans une dimension europ√©enne.

Cette feuille de route concerne en fait deux grandes orientations¬†: l’am√©lioration de l’organisation interne aux institutions gouvernementales et les interfaces avec les citoyens. Il est flagrant de constater que, pour ce qui concerne la dimension interne, certains projets que l’on trouve mentionn√©s dans le Panorama des grands projets SI de l’Etat font appel √† des solutions open source et les op√©rateurs sont publics, notamment par souci d’efficacit√©, comme c’est le cas, par exemple pour le projet VITAM, relatif √† l’archivage. En revanche, lorsqu’il s’agit des relations avec les citoyens-utilisateurs, c’est-√†-dires les ¬ę¬†usagers¬†¬Ľ, ce sont des entreprises comme Microsoft qui entrent en jeu et se substituent √† l’√Čtat, comme c’est le cas par exemple du grand projet France Connect, dont Microsoft France est partenaire.

En effet, France Connect est une plateforme centralis√©e visant √† permettre aux citoyens d’effectuer des d√©marches en ligne (pour les particuliers, pour les entreprises, etc.). Pour permettre aux collectivit√©s et aux institutions qui mettent en place une ¬ę¬†offre¬†¬Ľ de d√©marche en ligne, Microsoft propose en open source des ¬ę¬†kit de d√©marrage¬†¬Ľ, c’est √† dire des mod√®les, qui vont permettre √† ces administrations d’offrir ces services aux usagers. En d’autres termes, c’est chaque collectivit√© ou administration qui va devenir fournisseur de service, dans un contexte de d√©veloppement technique mutualis√© (d’o√Ļ l’int√©r√™t ici de l’open source). Ce faisant, l’√Čtat n’agit plus comme ma√ģtre d’œuvre, ni m√™me comme arbitre¬†: c’est Microsoft qui se charge d’orchestrer (par les outils techniques choisis, et ce n’est jamais neutre) un march√© de l’offre de services dont les acteurs sont les collectivit√©s et administrations. De l√†, il est tout √† fait possible d’imaginer une concurrence, par exemple entre des collectivit√©s comme les mairies, entre celles qui auront une telle offre de services permettant d’attirer des contribuables et des entreprises sur son territoire, et celles qui resteront coinc√©es dans les proc√©dures administratives r√©put√©es archa√Įques.

Microsoft : contribuer à FranceConnect

En se pla√ßant ainsi non plus en prestataire de produits mais en tuteur, Microsoft organise le march√© de l’offre de service public num√©rique. Mais la firme va beaucoup plus loin, car elle b√©n√©ficie d√©sormais d’une grande exp√©rience, reconnue, en mati√®re de service public. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’anticiper les besoins et les changements, elle est non seulement √† la pointe de l’expertise mais aussi fortement enracin√©e dans les processus de la d√©cision publique. Sur le site Econocom en 2015, l’interview de Rapha√ęl Mastier16, directeur du p√īle Sant√© de Microsoft France, est √©loquent sur ce point. Partant du principe que ¬ę¬†historiquement le num√©rique n’a pas √©t√© consid√©r√© comme strat√©gique dans le monde hospitalier¬†¬Ľ, Microsoft propose des outils ¬ę¬†d’analyse et de pilotage¬†¬Ľ, et m√™me l’utilisation de l’analyse pr√©dictive des big data pour anticiper les temps d’attentes aux urgences¬†: ¬ę¬†gr√Ęce au machine learning, il sera possible de s’organiser beaucoup plus efficacement¬†¬Ľ. Avec de tels arguments, en effet, qui irait √† l’encontre de l’exp√©rience microsoftienne dans les services publics si c’est un gage d’efficacit√©¬†? on comprend mieux alors, dans le monde hospitalier, l’accord-cadre CAIH-Microsoft qui consolide durablement le march√© Microsoft avec les h√īpitaux.

Au-del√† de ces exemples, on voit bien que cette nouvelle forme de gouvernance √† la Big Other rend ces instruments l√©gitimes car ils produisent le march√© et donc l’organisation sociale. Cette transformation de l’√Čtat est parfaitement assum√©e par les autorit√©s, arguant par exemple dans un billet sur gouvernement.fr intitul√© ¬ę¬†Le num√©rique¬†: instrument de la transformation de l’√Čtat¬†¬Ľ, en faveur de l’all√©gement des proc√©dures, de la d√©mat√©rialisation, de la mise √† disposition des bases de donn√©es (qui va les valoriser¬†?), etc. En somme autant d’arguments dont il est impossible de nier l’int√©r√™t collectif et qui font, en r√®gle g√©n√©rale, l’objet d’un consensus.

Le groupe canadien CGI, l’un des leaders mondiaux en technologies et gestion de l’information, œuvre aussi en France, notamment en partenariat avec l’UGAP (Union des Groupements d’Achats Publics). Sur son blog, dans un Billet du 2 mai 201717, CGI r√©sume tr√®s bien le discours dominant de l’action publique dans ce domaine (et donc l’int√©r√™t de son offre de services), en trois points¬†:

  1. R√©duire les co√Ľts. Le sous-entendu consiste √† affirmer que si l’√Čtat organise seul sa transformation num√©rique, le budget sera trop cons√©quent. Ce qui reste encore √† prouver au vu des montants en jeu dans les accords de partenariat entre l’√Čtat et les firmes, et la nature des contrats (on peut souligner les clauses concernant les mises √† jour chez Microsoft)¬†;
  2. Le secteur public accuse un retard num√©rique. C’est l’argument qui justifie la d√©l√©gation du num√©rique sur le march√©, ainsi que l’urgence des d√©cisions, et qui, par effet de bord, contrevient √† la souverainet√© num√©rique de l’√Čtat.
  3. Il faut am√©liorer ¬ę¬†l’exp√©rience citoyen¬†¬Ľ. C’est-√†-dire que l’objectif est de transformer tous les citoyens en utilisateurs de services publics num√©riques et, comme on l’a vu plus haut, organiser une offre concurrentielle de services entre les institutions et les collectivit√©s.

Du c√īt√© des d√©cideurs publics, les choix et les d√©cisions se justifient sur un mode Thatch√©rien (il n’y a pas d’alternative). Lorsqu’une alternative est propos√©e, tel le logiciel libre, tout le jeu consiste √† donner une image politique positive pour ensuite orienter la strat√©gie diff√©remment.

Sur ce point, l’exemple de Framasoft est √©loquent et c’est quelque chose qui n’a pas forc√©ment √©t√© per√ßu lors de la publication de la d√©claration ¬ę¬†Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le th√©…¬†¬Ľ (cit√©e pr√©c√©demment). Il s’agit de l’utilisation de l’alternative libriste pour l√©gitimer l’appel √† une offre concurrentielle sur le march√© des firmes. En effet, les personnels de l’√Čducation Nationale utilisent massivement les services que Framasoft propose dans le cadre de sa campagne ¬ę¬†Degooglisons Internet¬†¬Ľ. Or, l’institution pourrait tr√®s bien, sur le mod√®le promu par Framasoft, installer ces m√™mes services, et ainsi offrir ces solutions pour un usage g√©n√©ralis√© dans les √©coles, coll√®ges et lyc√©es. C’est justement le but de la campagne de Framasoft que de proposer une vaste d√©monstration pour que des organisations retrouvent leur autonomie num√©rique. Les contacts que Framasoft a nou√© √† ce propos avec diff√©rentes instances de l’√Čducation Nationale se r√©sumaient finalement soit √† ce que Framasoft et ses b√©n√©voles proposent un service √† la carte dont l’ambition est bien loin d’une offre de service √† l’√©chelle institutionnelle, soit participe √† quelques comit√©s d’expertise sur le num√©rique √† l’√©cole. L’id√©e sous-jacente est que l’√Čducation Nationale ne peut faire autrement que de demander √† des prestataires de mettre en place une offre num√©rique cl√© en main et on√©reuse, alors m√™me que Framasoft propose tous ses services au grand public avec des moyens financiers et humains ridiculement petits.

D√®s lors, apr√®s la signature du partenariat entre le MEN et Microsoft, le message a √©t√© clairement formul√© √† Framasoft (et aux communaut√©s du Libre en g√©n√©ral), par un Tweet de la Ministre Najat Vallaud-Belkacem exprimant en substance la ¬ę¬†neutralit√© technologique¬†¬Ľ du minist√®re (ce qui justifie donc le choix de Microsoft comme objectivement la meilleure offre du march√©) et l’id√©e que les ¬ę¬†√©diteurs de logiciels libres¬†¬Ľ devraient proposer eux aussi leurs solutions, c’est-√†-dire entrer sur le march√© concurrentiel. Cette distorsion dans la compr√©hension de ce que sont les alternatives libres (non pas un produit mais un engagement) a √©t√© confirm√©e √† plusieurs reprises par la suite¬†: les solutions libres et leurs usages √† l’√Čducation Nationale peuvent √™tre utilis√©es pour ¬ę¬†mettre en tension¬†¬Ľ le march√© et n√©gocier des tarifs avec les firmes comme Microsoft, ou du moins servir d’√©pouvantail (dont on peut s’interroger sur l’efficacit√© r√©elle devant la puissance promotionnelle et lobbyiste des firmes en question).

On peut conclure de cette histoire que si la d√©cision publique tient √† ce point √† discr√©diter les solutions alternatives qui √©chappent au march√© des monopoles, c’est qu’une id√©ologie est √† l’œuvre qui emp√™che toute forme d’initiative qui embarquerait le gouvernement dans une dynamique diff√©rente. Elle peut par exemple placer les d√©cideurs devant une incapacit√© structurelle18 de choisir des alternatives proposant des logiciels libres, invoquant par exemple le droit des march√©s publics voire la Constitution, alors que l’exclusion du logiciel libre n’est pas r√©glementaire19.

Ministre de l’√Čducation Nationale et Microsoft

L’id√©ologie de Silicon

En f√©vrier 2017, quelques jours √† peine apr√®s l’√©lection de Donald Trump √† pr√©sidence des √Čtats-Unis, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, publie sur son blog un manifeste20 remarquable √† l’encontre de la politique isolationniste et r√©actionnaire du nouveau pr√©sident. Il cite notamment tous les outils que Facebook d√©ploie au service des utilisateurs et montre combien ils sont les vecteurs d’une grande communaut√© mondiale unie et solidaire. Tous les concepts de la coh√©sion sociale y passent, de la solidarit√© √† la libert√© de l’information, c’est-√†-dire ce que le gouvernement est, aux yeux de Zuckerberg, incapable de garantir correctement √† ses citoyens, et ce que les partisans de Trump en particulier menacent ouvertement.

Au moins, si les id√©es de Mark Zuckerberg semblent pertinentes aux yeux des d√©tracteurs de Donald Trump, on peut n√©anmoins s’interroger sur l’id√©ologie √† laquelle se rattache, de son c√īt√©, le PDG de Facebook. En r√©alit√©, pour lui, Donald Trump est la d√©monstration √©vidente que l’√Čtat ne devrait occuper ni l’espace social ni l’espace √©conomique et que seul le march√© et l’offre num√©rique sont en mesure d’int√©grer les relations sociales.

Cette id√©ologie a d√©j√† √©t√© illustr√©e par Fred Tuner, dans son ouvrage Aux sources de l’utopie num√©rique21. √Ä propos de ce livre, j’√©crivais en 201622¬†:

(…) Fred Turner montre comment les mouvements communautaires de contre-culture ont soit √©chou√© par d√©sillusion, soit se sont recentr√©s (surtout dans les ann√©es 1980) autour de techno-valeurs, en particulier port√©es par des leaders charismatiques g√©niaux √† la mani√®re de Steve Jobs un peu plus tard. L’id√©e dominante est que la revendication politique a √©chou√© √† b√Ętir un monde meilleur¬†; c’est en apportant des solutions techniques que nous serons capables de r√©soudre nos probl√®mes.

Cette analyse un peu rapide passe sous silence la principale cl√© de lecture de Fred Tuner¬†: l’√©mergence de nouveaux modes d’organisation √©conomique du travail, en particulier le freelance et la collaboration en r√©seau. Comme je l’ai montr√©, le mouvement de la contre-culture californienne des ann√©es 1970 a permis la cr√©ation de nouvelles pratiques d’√©changes num√©riques utilisant les r√©seaux existants, comme le projet Community Memory, c’est-√†-dire des utopies de solidarit√©, d’√©galit√© et de libert√© d’information dans une Am√©rique en proie au doute et √† l’autoritarisme, notamment au sortir de la Guerre du Vietnam. Mais ce faisant, les ann√©es 1980, elles, ont d√©velopp√© √† partir de ces id√©aux la vision d’un monde o√Ļ, en r√©action √† un √Čtat conservateur et disciplinaire, ce dernier se trouverait d√©poss√©d√© de ses pr√©rogatives de r√©gulation, au profit de l’autonomie des citoyens dans leurs choix √©conomiques et leurs coop√©rations. C’est l’av√®nement des principes du libertarisme gr√Ęce aux outils num√©riques. Et ce que montre Fred Turner, c’est que ce mouvement contre-culturel a ainsi paradoxalement pr√©par√© le terrain aux politiques lib√©rales de d√©r√©gulation √©conomique des ann√©es 1980-1990. C’est la volont√© de r√©duire au strict minimum le r√īle de l’√Čtat, garant des libert√©s individuelles, afin de permettre aux individus d’exercer leurs droits de propri√©t√© (sur leurs biens et sur eux-m√™mes) dans un ordre social qui se d√©finit uniquement comme un march√©. √Ä ce titre, pour ce qu’il est devenu, ce libertarisme est une r√©surgence radicale du lib√©ralisme √† la Hayek (la soci√©t√© d√©mocratique lib√©rale est un march√© concurrentiel) doubl√© d’une conception utilitaire des individus et de leurs actions.

N√©anmoins, tels ne sont pas exactement les principes du libertarisme, mais ceux-ci ayant cours dans une √©conomie lib√©rale, ils ne peuvent qu’aboutir √† des mod√®les √©conomiques bas√©s sur une forme de collaboration d√©r√©gul√©e, anti-√©tatique, puisque la forme du march√©, ici, consiste √† dresser la libert√© des √©changes et de la propri√©t√© contre un √Čtat dont les principes du droit sont v√©cus comme arbitrairement interventionnistes. Les concepts tels la solidarit√©, l’√©galit√©, la justice sont remplac√©s par l’utilit√©, le choix, le droit.

Un exemple int√©ressant de ce renversement concernant le droit, est celui du droit de la concurrence appliqu√© √† la question de la neutralit√© des plateformes, des r√©seaux, etc. Regardons les plateformes de service. Pourquoi assistons-nous √† une forme de schizophr√©nie entre une Commission europ√©enne pour qui la neutralit√© d’internet et des plateformes est une condition d’ouverture de l’√©conomie num√©rique et la bataille contre cette m√™me neutralit√© appliqu√©e aux individus cens√©s √™tre libres de disposer de leurs donn√©es et les prot√©ger, notamment gr√Ęce au chiffrement¬†? Certes, les mesures de lutte contre le terrorisme justifient de s’interroger sur la pertinence d’une neutralit√© absolue (s’interroger seulement, car le chiffrement ne devrait jamais √™tre remis en cause), mais la question est surtout de savoir quel est le r√īle de l’√Čtat dans une √©conomie num√©rique ouverte reposant sur la neutralit√© d’Internet et des plateformes. D√®s lors, nous avons d’un c√īt√© la n√©cessit√© que l’√Čtat puisse intervenir sur la circulation de l’information dans un contexte de saisie juridique et de l’autre celle d’une volontaire absence du Droit dans le march√© num√©rique.

Pour preuve, on peut citer le pr√©sident de l’Autorit√© de la concurrence en France, Bruno Lassere, auditionn√© √† l’Assembl√©e Nationale le 7 juillet 201523. Ce dernier cite le Droit de la Concurrence et ses applications comme un instrument de lutte contre les distorsions du march√©, comme les monopoles √† l’image de Google/Alphabet. Mais d’un autre c√īt√©, le Droit de la Concurrence est surtout vu comme une solution d’auto-r√©gulation dans le contexte de la neutralit√© des plates-formes¬†:

(…) Les entreprises peuvent prendre des engagements par lesquels elles rem√©dient elles-m√™mes √† certains dysfonctionnements. Il me semble important que certains abus soient corrig√©s √† l’int√©rieur du march√© et non pas forc√©ment sur intervention l√©gislative ou r√©gulatrice. C’est ainsi que Booking, Expedia et HRS se sont engag√©es √† lever la plupart des clauses de parit√© tarifaire qui interdisent une v√©ritable mise en comp√©tition de ces plateformes de r√©servation h√īteli√®res. Comment fonctionnent ces clauses¬†? Si un h√ītel propose √† Booking douze nuit√©es au prix de 100 euros la chambre, il ne peut offrir de meilleures conditions – en disponibilit√© ou en tarif – aux autres plateformes. Il ne peut pas non plus pratiquer un prix diff√©rent √† ses clients directs. Les engagements sign√©s pour lever ces contraintes sont gagnants-gagnants¬†: ils respectent le mod√®le √©conomique des plateformes, et donc l’incitation √† investir et √† innover, tout en r√©tablissant plus de libert√© de n√©gociation. Les h√ītels pourront d√©sormais mettre les plateformes en concurrence.

Sur ce point, il ne faut pas s’interroger sur le m√©canisme de concurrence qu’il s’agit de promouvoir mais sur l’implication d’une r√©gulation syst√©matique de l’√©conomie num√©rique par le Droit de la Concurrence. Ainsi le rapport Num√©rique et libert√©s pr√©sent√© Christian Paul et Christiane F√©ral-Schuhl, propose un long d√©veloppement sur la question des donn√©es personnelles mais cite cette partie de l’audition de Bruno Lasserre √† propos du Droit de la Concurrence sans revenir sur la conception selon laquelle l’alpha et l’omega du Droit consiste √† am√©nager un environnement concurrentiel ¬ę¬†sain¬†¬Ľ √† l’int√©rieur duquel les m√©canismes de concurrence suffisent √† eux-seuls √† appliquer des principes de loyaut√©, d’√©quit√© ou d’√©galit√©.

Cette absence de questionnement politique sur le r√īle du Droit dans un march√© o√Ļ la concentration des services abouti √† des monopoles finit par produire immanquablement une forme d’autonomie absolue de ces monopoles dans les m√©canismes concurrentiels, entre une concurrence acceptable et une concurrence non-souhaitable. Tel est par exemple l’objet de multiples pactes pass√©s entre les grandes multinationales du num√©rique, ainsi entre Microsoft et AOL, entre AOL / Yahoo et Microsoft, entre Intertrust et Microsoft, entre Apple et Google (pacte g√©ant), entre Microsoft et Android, l’accord entre IBM et Apple en 1991 qui a lanc√© une autre vague d’accords du c√īt√© de Microsoft tout en d√©finissant finalement l’informatique des ann√©es 1990, etc.

La liste de tels accords peut donner le tournis √† n’importe quel juriste au vu de leurs implications en termes de Droit, surtout lorsqu’ils sont d√©clin√©s √† de multiples niveaux nationaux. L’essentiel est de retenir que ce sont ces accords entre monopoles qui d√©finissent non seulement le march√© mais aussi toutes nos relations avec le num√©rique, √† tel point que c’est sur le m√™me mod√®le qu’agit le politique aujourd’hui.

Ainsi, face √† la puissance des GAFAM et consorts, les gouvernements se placent en situation de demandeurs. Pour prendre un exemple r√©cent, √† propos de la lutte anti-terroriste en France, le gouvernement ne fait pas que d√©l√©guer une partie de ses pr√©rogatives (qui pourraient consister √† mettre en place lui-m√™me un syst√®me anti-propagande efficace), mais se repose sur la bonne volont√© des G√©ants, comme c’est le cas de l’accord avec Google, Facebook, Microsoft et Twitter, conclu par le Ministre Bernard Cazeneuve, se rendant lui-m√™me en Californie en f√©vrier 2015. On peut citer, dans un autre registre, celui de la ma√ģtrise des co√Ľts, l’accord-cadre CAIH-Microsoft cit√© plus haut, qui finalement ne fait qu’ent√©riner la mainmise de Microsoft sur l’organisation hospitali√®re, et par extension √† de multiples secteurs de la sant√©.

Certes, on peut arguer que ce type d’accord entre un gouvernement et des firmes est n√©cessaire dans la mesure o√Ļ ce sont les op√©rateurs les mieux plac√©s pour contribuer √† une surveillance efficace des r√©seaux ou mod√©liser les √©changes d’information. Cependant, on note aussi que de tels accords rel√®vent du principe de transfert du pouvoir du politique aux acteurs num√©riques. Tel est la th√®se que synth√©tise Mark Zuckerberg dans son plaidoyer de f√©vrier 2017. Elle est accept√©e √† de multiples niveaux de la d√©cision et de l’action publique.

C’est par une analyse du r√īle et de l’emploi du Droit aujourd’hui, en particulier dans ce contexte o√Ļ ce sont les firmes qui d√©finissent le droit (par exemple √† travers leurs accords de loyaut√©) que Alain Supiot d√©montre comment le gouvernement par les nombres, c’est-√†-dire ce mode de gouvernement par le march√© (celui des instruments, de l’expertise, de la mesure et du contr√īle) et non plus par le Droit, est en fait l’av√®nement du Big Other de Shoshanna Zuboff, c’est-√†-dire un monde o√Ļ ce n’est plus le Droit qui r√®gle l’organisation sociale, mais c’est le contrat entre les individus et les diff√©rentes offres du march√©. Alain Supiot l’exprime en deux phrases24¬†:

R√©f√©r√©e √† un nouvel objet f√©tiche – non plus l’horloge, mais l’ordinateur –, la gouvernance par les nombres vise √† √©tablir un ordre qui serait capable de s’autor√©guler, rendant superflue toute r√©f√©rence √† des lois qui le surplomberaient. Un ordre peupl√© de particules contractantes et r√©gi par le calcul d’utilit√©, tel est l’avenir radieux promis par l’ultralib√©ralisme, tout entier fond√© sur ce que Karl Polanyi a appel√© le solipsisme √©conomique.

Le r√™ve de Mark Zuckerberg et, avec lui, les grands monopoles du num√©rique, c’est de pouvoir consid√©rer l’√Čtat lui-m√™me comme un op√©rateur √©conomique. C’est aussi ce que les tenants new public management d√©fendent¬†: appliquer √† la gestion de l’√Čtat les m√™mes r√®gles que l’√©conomie priv√©e. De cette mani√®re, ce sont les acteurs priv√©s qui peuvent alors prendre en charge ce qui √©tait du domaine de l’incalculable, c’est-√†-dire ce que le d√©bat politique est normalement cens√© orienter mais qui finit par √™tre appropri√© par des m√©canismes priv√©s¬†: la protection de l’environnement, la gestion de l’√©tat-civil, l’organisation de la sant√©, la lutte contre le terrorisme, la r√©gulation du travail, etc.

Conclusion¬†: l’√Čtat est-il soluble dans les GAFAM¬†?

Nous ne perdons pas seulement notre souverainet√© num√©rique mais nous changeons de souverainet√©. Pour appr√©hender ce changement, on ne peut pas se limiter √† pointer les monopoles, les effets de la concentration des services num√©riques et l’exploitation des big data. Il faut aussi se questionner sur la r√©ception de l’id√©ologie issue √† la fois de l’ultra-lib√©ralisme et du renversement social qu’impliquent les techniques num√©riques √† l’√©preuve du politique. Le terrain favorable √† ce renversement est depuis longtemps pr√™t, c’est l’av√®nement de la gouvernance par les instruments (par les nombres, pour reprendre Alain Supiot). D√®s lors que la d√©cision publique est remplac√©e par la technique, cette derni√®re est soumise √† une certaine id√©ologie du progr√®s, celle construite par les firmes et structur√©e par leur march√©.

Qu’on ne s’y m√©prenne pas¬†: la transformation progressive de la gouvernance et cette id√©ologie-silicone sont l’objet d’une convergence plus que d’un encha√ģnement logique et intentionnel. La convergence a des causes multiples, de la crise financi√®re en passant par la formation des d√©cideurs, les conjonctures politiques… autant de potentielles opportunit√©s par lesquelles des besoins nouveaux structurels et sociaux sont n√©s sans pour autant trouver dans la d√©cision publique de quoi les combler, si bien que l’ing√©niosit√© des GAFAM a su configurer un march√© o√Ļ les solutions s’imposent d’elles-m√™mes, par n√©cessit√©.

Le constat est particuli√®rement sombre. Reste-t-il malgr√© tout une possibilit√© √† la fois politique et technologique capable de contrer ce renversement¬†? Elle r√©side √©videmment dans le mod√®le du logiciel libre. Premi√®rement parce qu’il renoue technique et Droit (par le droit des licences, avant tout), √©tablit des cha√ģnes de confiance l√† o√Ļ seules des proc√©dures r√©gulent les contrats, ne construit pas une communaut√© mondiale uniforme mais des groupes sociaux en interaction impliqu√©s dans des processus de d√©cision, induit une diversit√© num√©rique et de nouveaux √©quilibres juridiques. Deuxi√®mement parce qu’il suppose des apprentissages √† la fois techniques et politiques et qu’il est possible par l’√©ducation populaire de diffuser les pratiques et les connaissances pour qu’elles s’imposent √† leur tour non pas sur le march√© mais sur l’√©conomie, non pas sur la gouvernance mais dans le d√©bat public.

 

 


  1. Xavier De La Porte, ¬ę¬†Start-up ou Etat-plateforme¬†: Macron a des id√©es du 17e si√®cle¬†¬Ľ, Chroniques La Vie Num√©rique, France Culture, 19/06/2017.
  2. C’est ce que montre, d’un point de vue sociologique Corinne Delmas, dans Sociologie politique de l’expertise, Paris¬†: La D√©couverte, 2011. Alain Supiot, dans La gouvernance par les nombres (cit√© plus loin), choisit quant √† lui une approche avec les cl√©s de lecture du Droit.
  3. Voir Friedrich Hayek, La route de la servitude, Paris : PUF, (réed.) 2013.
  4. Voir Karl Polanyi, La Grande Transformation, Paris : Gallimard, 2009.
  5. Christophe Masutti, ¬ę¬†du software au soft power¬†¬Ľ, dans¬†: Tristan Nitot, Nina Cercy (dir.), Num√©rique¬†: reprendre le contr√īle, Lyon¬†: Framasoft, 2016, pp.¬†99-107.
  6. Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Paris¬†: Flammarion, 1992.
  7. Corentin Durand, ¬ę¬†‘L’ADN de la France, c’est la libert√© de la presse’, clame le patron de Google¬†¬Ľ, Numerama, 26/02/2016.
  8. Les √Čchos, ¬ę¬†Google intensifie sa lutte contre la propagande terroriste¬†¬Ľ, 19/06/2017.
  9. Sandrine Cassini, ¬ę¬†Terrorisme¬†: accord entre la France et les g√©ants du Net¬†¬Ľ, Les Echos, 23/04/2015.
  10. Philippe Vion-Dury, La nouvelle servitude volontaire, Enquête sur le projet politique de la Silicon Valley, Editions FYP, 2016.
  11. Götz Hamman, The United States of Google, Paris : Premier Parallèle, 2015.
  12. On pourrait ici affirmer que ce qui est en jeu ici est le solutionnisme technologique, tel que le critique Evgeny Morozov. Certes, c’est aussi ce que G√∂tz Haman d√©montre¬†: √† vouloir adopter des solutions web-centr√©es et du data mining pour m√©caniser les interactions sociales, cela revient √† les privatiser par les GAFAM. Mais ce que je souhaite montrer ici, c’est que la racine du capitalisme de surveillance est une id√©ologie dont le solutionnisme technologique n’est qu’une r√©surgence (un rhizome, pour filer la m√©taphore v√©g√©tale). Le ph√©nom√®ne qu’il nous faut comprendre, c’est que l’av√®nement du capitalisme de surveillance n’est pas d√Ľ uniquement √† cette tendance solutionniste, mais il est le r√©sultat d’une convergence entre des renversements id√©ologiques (fin du lib√©ralisme classique et d√©naturation du n√©o-lib√©ralisme), des nouvelles organisations (du travail, de la soci√©t√©, du droit), des innovations technologiques (le web, l’extraction et l’exploitation des donn√©es), de l’abandon du politique. On peut n√©anmoins lire avec ces cl√©s le remarquable ouvrage de Evgeny Morozov, Pour tout r√©soudre cliquez ici¬†: L’aberration du solutionnisme technologique, Paris¬†: FYP √©ditions, 2014.
  13. Peppino Ortoleva, ¬ę¬†Qu’est-ce qu’un gouvernement d’experts¬†? Le cas italien¬†¬Ľ, dans¬†: Herm√®s, 64/3, 2012, pp. 137-144.
  14. Vincent Dubois et Delphine Dulong, La question technocratique. De l’invention d’une figure aux transformations de l’action publique, Strasbourg¬†: Presses Universitaires de Strasbourg, 2000.
  15. Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès (dir.), Gouverner par les instruments, Paris : Les Presses de Sciences Po., 2004, chap. 6, pp. 237 sq.
  16. ¬ę¬†Rapha√ęl Mastier, Microsoft France¬†: le secteur hospitalier doit industrialiser sa modernisation num√©rique¬†¬Ľ, Econocom, 29/05/2015.
  17. ¬ę¬†Services aux citoyens, simplification, innovation¬†: les trois axes strat√©giques du secteur public¬†¬Ľ, CGI¬†: Blog De la Suite dans les Id√©es, 02/05/2017.
  18. Ariane Beky, ¬ę¬†Loi num√©rique¬†: les amendements sur le logiciel libre divisent¬†¬Ľ, Silicon.fr, 14/01/2016.
  19. Marc Rees, ¬ę¬†La justice annule un march√© public excluant le logiciel libre¬†¬Ľ, Next Inpact, 10/01/2011.
  20. Mark Zuckerberg, ¬ę¬†Building Global Community¬†¬Ľ, Facebook.com, 16/02/2017.
  21. Fred Tuner, Aux sources de l’utopie num√©rique. De la contre-culture √† la cyberculture. Stewart Brand, un homme d’influence, Caen¬†: C&F √Čditions, 2013.
  22. Christophe Masutti, ¬ę¬†Les nouveaux L√©viathans I — Histoire d’une conversion capitaliste¬†¬Ľ, Framablog, 04/07/2016.
  23. Compte-rendu de l’audition deBruno Lasserre, pr√©sident de l’Autorit√© de la concurrence, sur la r√©gulation et la loyaut√© des plateformes num√©riques, devant la Commission de r√©flexion et de propositions sur le droit et les libert√©s √† l’√Ęge du num√©rique, Mardi 7 juillet 2015 (lien).
  24. Alain Supiot, La gouvernance par les nombres. Cours au Collège de France (2012-2014), Paris : Fayard, 2015, p. 206.

Firefox Night-club, entrée libre !

Par framasoft

Aujourd’hui c’est un peu sp√©cial copinage, mais pourquoi pas¬†? Ils ne sont pas si nombreux les navigateurs web √† la fois open source, grand public et √† la pointe des technologies, respectueux des personnes qui les utilisent et de leurs donn√©es, distribu√©s en langue locale √† peu pr√®s partout dans le monde, pour toutes les plateformes, etc.

Il est temps de consid√©rer que c’est une ressource pr√©cieuse pour tous (et pas seulement pour la communaut√© du libre).

– D’accord, mais comment y contribuer lorsqu’on est seulement utilisateur ou utilisatrice¬†?

Pascal Chevrel qui r√©pond aujourd’hui √† nos questions nous pr√©sente une version de Firefox trop peu connue mais qui m√©rite toute notre attention et m√™me notre implication¬†: Firefox Nightly

Bonjour Pascal ! Commençons par le début : peux-tu te présenter ?
Bonjour, Parisien, 45 ans, je suis impliqu√© dans le projet Mozilla depuis pratiquement sa cr√©ation et je travaille √† plein temps pour Mozilla depuis 11 ans. De formation plut√īt √©conomique et linguistique, j’ai longtemps travaill√© sur l’internationalisation des sites web de Mozilla, l’animation de communaut√©s de traducteurs et le d√©veloppement d’outils de suivi et d’assurance qualit√© de nos traductions. Depuis un an, j’ai quitt√© mes pr√©c√©dentes fonctions pour rejoindre l’√©quipe Release Management qui est charg√©e d’organiser et de planifier les livraisons de Firefox. Dans ce nouveau contexte, au sein du d√©partement Product Integrity, je suis maintenant responsable du canal Nightly de Firefox.

L’√©quipe de Release Management chez Mozilla. Tiens, il n’y a pas que des mecs¬†;-)

 

Alors, je doute que beaucoup des personnes qui nous lisent sachent ce qu’est exactement Nightly, tu peux nous en dire plus¬†?
Nightly est la version alpha de Firefox, chaque jour nous compilons Firefox avec les modifications apport√©es par les d√©veloppeurs la veille √† notre code source et nous proposons cette version de Firefox au t√©l√©chargement afin de recevoir des retours sur l’√©tat de qualit√© du logiciel.

Quel est l’int√©r√™t pour moi, p√©quin moyen, d’utiliser Nightly¬†?
Pour un internaute lambda, pas forc√©ment √† l’aise avec l’informatique, il n’y a effectivement aucun int√©r√™t √† utiliser Nightly. Les utilisateurs ¬ę¬†ordinaires¬†¬Ľ sont encourag√©s √† utiliser le canal Release qui est la version finale grand public et pas une version alpha ou b√™ta de Firefox.

Pour un utilisateur averti, utiliser Nightly signifie avoir acc√®s √† une version de Firefox qui plusieurs mois de d√©veloppement d’avance sur la version finale et donc de pouvoir utiliser des fonctionnalit√©s auxquelles n’ont pas encore acc√®s les utilisateurs de Firefox. Depuis plusieurs mois, nous faisons un gros travail de modernisation et de nettoyage du code source de Firefox afin d’am√©liorer ses performances, les utilisateurs de Nightly ont donc acc√®s √† un navigateur beaucoup plus performant que la version grand public.

Pour un utilisateur averti et sensible aux valeurs v√©hicul√©es par Mozilla et par le logiciel libre, c’est aussi le meilleur moyen de participer √† un projet de logiciel libre lorsque l’on a pas de temps √† investir dans des activit√©s de b√©n√©volat. Le simple fait d’utiliser Nightly est une aide plus que pr√©cieuse au d√©veloppement de Firefox car Nightly envoie par d√©faut des donn√©es de t√©l√©m√©trie et les rapports de plantage √† nos d√©veloppeurs qui peuvent ainsi rep√©rer imm√©diatement toute nouvelle r√©gression.

Attends ! Ça veut dire que vous préparez toutes les nuits une nouvelle version de Firefox ? ! Elle doit être pleine de bogues ! Ça marche vraiment ton machin ?
Toutes les nuits en effet (d’o√Ļ son nom de Nightly), nous compilons Firefox avec le code de la veille, dans toutes les langues, pour tous les syst√®mes d’exploitations que nous supportons, en 32 comme en 64 bits. Toutes ces versions (builds) doivent passer notre batterie de tests automatis√©s qui valident un niveau de qualit√© minimal. √Čvidemment, c’est une version alpha, donc moins stable, elle peut planter plus facilement qu’une version destin√©e au grand public…

Ceci dit c’est tr√®s utilisable, j’utilise des nightlies depuis 2002 et les v√©ritables probl√®mes sont rares. Lorsqu’un vrai probl√®me passe entre nos filets, en g√©n√©ral la t√©l√©m√©trie nous en informe en quelques heures et nous livrons une deuxi√®me nightly dans la journ√©e pour le r√©gler ou fournir une solution d’att√©nuation de l’impact caus√© par le bug (retour arri√®re sur le patch fautif, d√©sactivation temporaire d’une nouvelle fonctionnalit√© si le retour arri√®re n’est pas possible).

Et si j’installe Nightly, √ßa veut dire que √ßa me remplace mon Firefox habituel¬†? Et mes favoris et mots de passe enregistr√©s¬†?

D√©j√†, on dit marque-page, ¬ę¬†favori¬†¬Ľ c’est de la terminologie Microsoft, je peux avoir dans mes marque-pages le site des imp√īts, √ßa ne veut pas dire que ce soit un des mes sites favoris¬†;)

On peut tout √† fait installer Nightly √† c√īt√© d’un Firefox classique, la chose importante est de ne pas leur faire partager le m√™me profil de donn√©es. Le plus simple est d’installer Nightly dans un nouveau profil et de synchroniser les donn√©es (marque-pages, historiques, mots de passe…) entre les deux versions via Firefox Sync, notre service de synchronisation de donn√©es.

Histoire de bien comprendre : je dois télécharger Nightly tous les matins pour profiter des dernières mises à jour ?

Non, Nightly se met √† jour en arri√®re-plan tout seul, lorsque la nouvelle version est disponible et peut √™tre install√©e, une petite fl√®che verte appara√ģt sur l’ic√īne de menu et il suffit de cliquer dans ce menu sur un bouton qui appliquera la mise √† jour, ce qui se traduit concr√®tement par la fen√™tre qui se ferme et se rouvre en quelques secondes.

Allez, fais-nous r√™ver¬†: c’est quoi les nouvelles fonctionnalit√©s attendues¬†?
En novembre, nous allons sortir une mise √† jour majeure de Firefox, la plus grosse mise √† jour du logiciel depuis 2011. Nous travaillons √† une modernisation importante du moteur de rendu des pages (Gecko) en int√©grant des parties m√Ľres de notre autre moteur de rendu en R&D, Servo. Ce moteur est √©crit dans un nouveau langage informatique tr√®s performant, Rust, les gains attendus en termes de performances sont importants. Ce projet de modernisation des fondations s’appelle Quantum. Il s’agit d’un projet proprement titanesque sur lequel plusieurs √©quipes de d√©veloppeurs travaillent √† plein temps depuis plusieurs mois, la version de novembre int√©grera les premiers fruits de ce travail.

Nous travaillons aussi √† une modernisation de l’interface actuelle de Firefox avec notre √©quipe d’ergonomes et de designers afin d’am√©liorer aussi l’interaction avec l’utilisateur, ce projet s’appelle Photon. Tu peux voir √† quoi ressemblera Firefox d’ici quelques mois en parcourant ce diaporama illustr√© d’aper√ßus de la future interface.

La mascotte du projet Photon/Quantum

Tous les travaux en cours sur Quantum et Photon ne sont disponibles que sur Nightly, les amateurs de performances et de design peuvent donc avoir accès en avant première à ces avancées.

En termes de fonctionnalit√©s sp√©cifiques √† Nightly, la gestion d’identit√© multiples dans une m√™me session (qui permet d’avoir des onglets ¬ę¬†boulot¬†¬Ľ et des onglets ¬ę¬†perso¬†¬Ľ par exemple) semble √™tre la nouveaut√© la plus appr√©ci√©e de nos utilisateurs sur ce canal.

Bon si c’est pour avoir une version toute en anglais, merci bien¬†!
Nous proposons Nightly dans toutes nos langues, il est donc disponible au t√©l√©chargement en fran√ßais. √Čvidemment, pour les nouvelles fonctionnalit√©s, il faut parfois attendre quelques jours pour voir celles-ci en fran√ßais dans l’interface, il arrive donc parfois que certaines phrases ou items de menu soient en anglais. Mais c’est rare, les traducteurs veillent au grain.

Cliquez sur l’image pour avoir le grand poster (attention gros fichier de 4,2 Mo)

 

Excellent¬†! Nightly, j’en veux ¬© Je fais comment¬†?
Mozilla fournit des binaires pour Windows, Mac et Linux √† cette adresse¬†: https://nightly.mozilla.org. La seule difficult√© √† l’installation par rapport √† un Firefox pour le grand public est qu’il faut cr√©er un profil de donn√©es s√©par√© si l’on veut installer Nightly √† c√īt√© d’un Firefox d√©j√† install√© et pas le remplacer. Nous travaillons sur notre installeur pour qu’√† l’avenir, ce profil s√©par√© soit cr√©√© automatiquement sans intervention de l’utilisateur mais ce ne sera probablement pas effectif avant 2018.

Notre wiki contient des informations d√©taill√©es (mais en anglais) sur l’installation de Nightly selon son syst√®me d’exploitation, dont un screencast pour Windows.

Mais au fait, √ßa fait quand m√™me beaucoup, beaucoup d’√©nergie d√©pens√©e par Mozilla pour une version de Firefox plut√īt m√©connue. C’est quoi votre int√©r√™t¬†?

Pour d√©velopper Firefox qui est un projet de grande envergure (des centaines de d√©veloppeurs, une base de code tr√®s importante, pr√®s de 100 langues et 4 syst√®mes d’exploitation pris en charge…), il faut le compiler tous les jours et avoir une infrastructure d’int√©gration continue en place, il √©tait donc logique de proposer ces versions (que nous utilisons d√©j√† en interne) √† nos utilisateurs afin de pouvoir b√©n√©ficier d’un b√™ta test externe qio r√©ponde √† des questions comme¬†: est-ce que le site de ma banque en Belgique fonctionne avec¬†? Est-ce que la traduction est bonne¬†? Est-ce qu’il est stable sur ma configuration¬†?…

Cela représente donc un investissement mais avoir une version dédiée au bêta-test communautaire est fait partie (ou devrait faire partie) de tout projet de logiciel libre communautaire.

Au fait, beaucoup de gens l’utilisent¬†?
Trop peu de gens utilisent Nightly, essentiellement les employ√©s Mozilla et notre communaut√© de b√©n√©voles les plus impliqu√©s dans le projet Mozilla, quelques dizaines de milliers de personnes dans le monde. Cela peut sembler beaucoup dans l’absolu mais c’est en r√©alit√© assez faible car le Web est immense, les configurations mat√©rielles sur lesquelles tournent Firefox sont des plus diverses dans le monde et nous n’avons pas aujourd’hui assez de retours d’utilisation (que ce soit la t√©l√©m√©trie ou des rapports de bugs plus formels) afin de prendre les meilleures d√©cisions de d√©veloppement.

Nous recherchons donc des utilisateurs mais bien s√Ľr nous sommes tr√®s clairs sur le fait que Nightly est destin√© √† un public plus √† l’aise avec l’informatique que la moyenne et pr√™t √† accepter des changements de comportement ou d’interface du logiciel au jour le jour avec en contrepartie l’acc√®s en avant-premi√®re √† des fonctionnalit√©s innovantes.

Si vous voulez aider Mozilla, que vous √™tes √† l’aise avec l’informatique, utiliser Nightly √† la place ou √† c√īt√© de votre navigateur actuel (qui n’a pas √† √™tre Firefox) est probablement le moyen le plus simple de participer au projet.

Donc, m√™me si je n’y connais rien de rien en logiciel libre, en code, et tous les autres trucs techniques, rien qu’en utilisant Nightly, je fais avancer le schmilblick¬†?
Si vous √™tes √† l’aise avec l’informatique (en gros, si vous savez installer et d√©sinstaller un logiciel sans faire appel √† la cousine en √©cole d’ing√©nieur), simplement utiliser Nightly aide √©norm√©ment Mozilla et les d√©veloppeurs de Firefox.
Nous avons aujourd’hui une qualit√© de Nightly qui est suffisante pour de tr√®s nombreux utilisateurs sans connaissances techniques particuli√®res.

Si je vois des trucs qui clochent, je le signale o√Ļ et comment¬†? Parce que moi le bugzilla, comment dire
Pour les francophones, le plus simple est d’expliquer ce qui cloche dans nos forums de mozfr √† cette adresse¬†: https://forums.mozfr.org/viewforum.php?f=24
S’il s’av√®re que c’est effectivement un probl√®me dont nous n’avons pas connaissance, nos mod√©rateurs les plus anglophiles se chargeront d’ouvrir un ticket sur Bugzilla et d’agir comme interm√©diaires avec les d√©veloppeurs. Je passe sur le forum moi-m√™me deux fois par semaine.

Et si je suis un d√©veloppeur, et que les mots ¬ę¬†code source¬†¬Ľ, ¬ę¬†mercurial¬†¬Ľ, ¬ę¬†bugzilla¬†¬Ľ ou ¬ę¬†RTFM¬†¬Ľ me parlent, je peux aider quand m√™me¬†?

Si vous √™tes d√©veloppeur non seulement vous pourrez rapporter des bugs directement dans Bugzilla mais on peut aussi vous aider √† √©crire le patch pour r√©soudre ce bug¬†! Il y a d’ailleurs une vingtaine de d√©veloppeurs Firefox qui sont francophones si l’anglais vous fait un peu peur.

Les d√©veloppeurs mais aussi les utilisateurs les plus techniques peuvent ouvrir des bugs et faire une recherche du patch qui a caus√© une r√©gression gr√Ęce √† l’outil mozregression

Tiens une question qu’on nous pose souvent, qui peut para√ģtre hors sujet, mais en fait pas du tout¬†: qu’est-ce que je peux dire √† mon cousin qui utilise Google Chrome, afin qu’il envisage de passer √† Firefox¬†?

Il n’y a pas de r√©ponse unique √† cette question car pour cela il faudrait savoir pourquoi il utilise Chrome. Si ton cousin est sensible au respect de sa vie priv√©e, utiliser Firefox va probablement de soi. Si ce qui importe pour lui ce sont les performances, alors Nightly est certainement dans la course avec Chrome, voire plus performant sur certaines activit√©s, ce n’a pas toujours √©t√© le cas donc c’est important √† souligner. S’il est un utilisateur compulsif d’onglets, la gestion des onglets de Nightly est certainement plus riche et performante que celle de Chrome¬†; avoir une session avec plusieurs centaines d’onglets ouverts sur une machine r√©cente ne pose aucun probl√®me sous Nightly.

Je pense que de nombreux utilisateurs qui sont pass√©s de Firefox √† Chrome il y a quelques ann√©es seraient tr√®s surpris des avanc√©es (performances, ergonomies, fonctionnalit√©s) que nous avons int√©gr√©es dans Firefox. C’est encore plus vrai pour Nightly et je re√ßois quasiment quotidiennement du feedback d’utilisateurs Chrome pass√©s avec bonheur √† Nightly, C’est tr√®s encourageant pour notre grosse livraison 57 en novembre √©videmment. Le magazine en ligne am√©ricain CNET a publi√© en juin un article intitul√© ¬ę¬†New speed boost means maybe it’s time to try Firefox again¬†¬Ľ plus qu’√©logieux et ils n’ont test√© que la version grand public 54. Nightly qui est en 56 est d√©j√† bien plus performant.

Merci Pascal¬†! Un dernier mot¬†? Ou une question que tu aurais aim√© qu’on te pose¬†?

Un grand merci √† toi pour l’int√©r√™t que tu portes √† Firefox, Mozilla et mon travail sur Firefox Nightly¬†! Merci aussi pour le travail de vulgarisation que fait Framasoft en ce qui concerne le logiciel et la culture libre. Firefox est l’outil qui permet √† Mozilla d’avoir un impact sur le Web. √Čtant donn√© le travail que fait Framasoft sur la d√©centralisation et de d√©googlisation du web, les lecteurs de cet article seront peut √™tre int√©ress√©s par cette r√©cente annonce de Mozilla dans laquelle nous annon√ßons un budget de 2 millions de dollars d√©di√© √† financer les projets de d√©centralisation du Web.

… et le slogan du blog de Nightly pour le mot de la fin¬†:
Am√©liorons ensemble la qualit√©, version apr√®s version (Let’s improve quality, build after build¬†!)

 

Pour un covoiturage libre sans blabla car c’est un bien commun !

Par framasoft

Le partage de v√©hicule pour faire ensemble un trajet est une pratique d√©j√† ancienne¬†: les moins jeunes se souviennent des globe-trotters le pouce lev√©,des trajets entre copains serr√©s √† l’arri√®re de la 4L et… bref vous voyez le tableau, inutile de raviver le clich√© des hippies dans le Combi VW.

Crise √©cologique et crise √©conomique ont contribu√© √† remettre au go√Ľt du jour ces pratiques conviviales¬†: le pouce lev√© de rezopouce, parti du Sud-Ouest, gagne du terrain un peu partout en France, certaines municipalit√©s comme dans les Yvelines prennent des initiatives pour stimuler et organiser le covoiturage. Il en va de m√™me avec des associations comme Voisine Covoiturage en Loz√®re, qui dans un monde rural menac√© d’isolement re√ßoit le soutien des collectivit√©s locales.

Oui mais voil√†¬†: l’engouement pour le covoiturage est aussi un march√© √©conomique domin√© par un acteur majeur qui s’est taill√© un nom et un presque-monopole au point que pour beaucoup c’est le mot blablacar qui remplace le mot covoiturage dans les recherches sur Internet. On peut saluer le succ√®s de l’entreprise comme le font depuis plusieurs ann√©es la plupart des m√©dias. On peut aussi s’interroger sur cette confiscation et mon√©tisation d’une pratique solidaire gratuite¬†: le mod√®le √©conomique de Blablacar repose sur la captation d’un bien commun.

Les solutions alternatives existent pourtant, comme La Roue verte, qui peut proposer des services gratuits et éthiques aux particuliers en se rémunérant par des prestations aux entreprises.

Aujourd’hui c’est une association ind√©pendante et sans but lucratif que nous souhaitons mettre en valeur¬†: Covoiturage-libre a des engagements et des valeurs qui r√©sonnent agr√©ablement aux oreilles libristes. Nous esp√©rons qu’apr√®s avoir lu cette interview nombre d’entre vous deviendront avec ce beau projet des covoitureurs et covoitureuses libres¬†!

Cliquez sur l’image pour d√©couvrir leur site.

 

Bonjour Fran√ßois, peux-tu te pr√©senter et nous d√©crire l’association dont tu fais partie¬†?

Bonjour¬†! Je m’appelle Fran√ßois Vincent et je m’occupe pour ma part plus sp√©cifiquement du d√©veloppement de Covoiturage-libre.fr, qui est un site de covoiturage libre et gratuit.

Nous avons un certain nombre de personnes qui travaillent bénévolement pour le site, notamment son développement (le code source est accessible par tous sous licence GNU GPL v3), sa communication sur les réseaux sociaux ou la participation à des rencontres des logiciels libres ou de manifestations spécifiques, et les réponses aux demandes effectuées via la hotline par les utilisateurs. Chacun est libre de nous rejoindre, il sera bien accueilli, notamment par moi-même !

Comment sont nés votre site et votre association ?

Notre site a une histoire d√©j√† assez longue. Une premi√®re version a √©t√© mise en ligne quelques jours seulement apr√®s le passage au payant de la part de Blablacar (ce devait √™tre en 2011). Le site et l’association sont n√©s du rejet de l’appropriation du covoiturage par Blablacar, et d’une volont√© ferme de promouvoir un covoiturage social, c’est √† dire non contr√īl√© par une entreprise, mais profitant et appartenant √† tous.

Un coup d’œil sous le capot¬†?

La premi√®re version a √©t√© d√©velopp√©e en solo par Nicolas Raynaud. Le site √† cette √©poque avait √©t√© √©crit en PHP. C’est peu apr√®s qu’a √©t√© cr√©√©e l’association pour soutenir la plateforme. Une nouvelle version du site a plus tard √©t√© √©crite en Ruby on Rails, car la premi√®re version √©tait difficile √† maintenir et ne permettait pas vraiment un travail collaboratif. Cette nouvelle mouture du site est assez r√©cente, date de moins d’un an, c’est maintenant sur celle-ci que nous travaillons, les am√©liorations √©tant pouss√©es… lorsqu’elles sont pr√™tes √† l’√™tre.

Qu’est-ce qui vous diff√©rencie de sites mieux connus comme Blablacar¬†?

Notre philosophie du covoiturage est qu’il s’agit d’un bien commun et qu’il doit le rester¬†!

L’un de nos engagements est de rester ind√©pendants, de rester sous le contr√īle de la communaut√©. Toute personne voulant participer est la bienvenue pour s’exprimer, et son avis sera pris en compte. Nous ne serons jamais rachet√©s par quelque entit√©, visant le profit, que ce soit. Nous pr√īnons un covoiturage sans frais, qui n’ira pas enrichir une soci√©t√© levant des millions d’euros. Nous nous construisons en partie CONTRE cette vision du covoiturage.

Pour r√©sumer, notre diff√©rence principale avec des sites comme Blablacar est notre conception m√™me du covoiturage, et c’est sur cette derni√®re que nous nous appuyons pour avancer.

Votre plateforme est un ¬ę¬†bien commun¬†¬Ľ, qu’entendez-vous par l√†¬†?

Nous entendons par l√† quelque chose de simple et qui nous parait √† la fois fondamental et naturel pour le covoiturage¬†: la plateforme nous appartient √† tous, elle appartient √† la communaut√© que nous formons, nous les conducteurs et les passagers qui utilisons le covoiturage, tous ensemble nous la faisons vivre. Elle appartient √† ceux qui l’ont d√©velopp√©e et qui en font la promotion, √† nous qui travaillons sur le projet, mais aussi, ET SURTOUT, √† celles et ceux qui l’utilisent, c’est-√†-dire monsieur Dupuis-Morizeau par exemple qui utilise notre plateforme en tant que passager pour aller de Paris √† Rouen et retrouver sa famille. D’ailleurs, il peut nous rejoindre pour participer √† la r√©flexion sur la plateforme, proposer des am√©liorations, signaler des bugs…

Comment √ßa marche alors¬†? il faut que les personnes qui se sont contact√©es aient une relation de confiance¬†? Parce qu’on communique un mail ou un t√©l√©phone…

En effet, les personnes covoiturant ensemble doivent √©tablir un lien social, un lien de confiance entre elles, c’est l’une de nos raisons d’exister qui fait partie de nos 5 engagements.

Copie d’√©cran du site Covoiturage-libre

Tous ceux qui ont d√©j√† fait du covoiturage savent que c’est un moyen de rencontrer des personnes que nous n’aurions jamais rencontr√©es autrement, ayant une autre vie, d’autres passions, o√Ļ qui au contraire travaillent, par exemple, dans le m√™me domaine, ce qui peut alors d√©boucher sur des conversations tr√®s pouss√©es¬†! La parole est un moyen de se faire confiance, et nous pensons que les gens voulant se d√©placer ensemble sont de bonne volont√©. Elles √©changent donc par mail ou SMS sur les modalit√©s du trajet.

Il y a des possibilit√©s de d√©rives que nous combattrons de toutes nos forces, mais celles-ci existent sur toutes les plateformes de covoiturage, et m√™me dans d’autres situations de la vie de tous les jours. Elles sont quasi inexistantes par rapport √† la masse de covoiturages effectu√©s chaque jour.

Donc Covoiturage-libre ne ponctionne aucune commission, c’est chouette, mais je dois me mettre d’accord sur un tarif avec un conducteur ou un passager (suivant les cas)¬†?

Eh bien oui, la prise de contact entre conducteur et passager pour fixer les modalit√©s du covoiturage en amont de sa r√©alisation est une √©tape indispensable pour avoir un covoiturage qui se d√©roule bien. Ce premier contact permet de fixer les modalit√©s du voyage, comme l’endroit o√Ļ l’on se retrouve, le lieu de d√©pose, et en effet, la somme d’argent que le passager donnera au conducteur. Mais on esp√®re bien que vous discuterez d’autres choses bien plus int√©ressantes pendant et m√™me apr√®s le trajet¬†!

Comment je peux savoir par exemple combien demander (dans quelle fourchette raisonnable) pour partager les frais pour un trajet entre Tours et Lyon ?

Pour l’instant, la plateforme ne propose pas de suggestion de tarif. Les prix que le conducteur propose pour le trajet global ainsi que pour les √©tapes sont √† sa discr√©tion. On peut cependant utiliser plusieurs ressources pour s’aider dans le choix des frais que l’on demande, comme regarder sur d’autres sites les tarifs pratiqu√©s¬†; ou bien appliquer un calcul simple qui consiste √† prendre le prix global du trajet et le diviser par le nombre de personnes dans la voiture, conducteur compris. √† noter que l’une des nombreuses fonctionnalit√©s que nous pr√©voyons de mettre en place est justement la mise en place d’un prix conseill√©, d√©pendant de la distance et √©galement des p√©ages. Nous rappelons √©galement sur le site que le covoiturage ne doit pas √™tre rentable, et qu’il s’agit d’abord et avant tout d’entraide.

Qu’est-ce qui me garantit la confidentialit√© de mes donn√©es si je m’inscris pour passer une annonce¬†?

Comme tout projet sous licence libre et open-source, vous avez acc√®s vous m√™me au code source du site sur le d√©p√īt github, n’h√©sitez pas √† le parcourir.

Nous sommes des gens comme vous, qui aimons garder nos donn√©es personnelles… personnelles. Le d√©veloppement du site se fait avec cette id√©e de respecter au maximum les donn√©es des utilisateurs.

Et qu’est-ce qui me garantit qu’on ne va pas me demander une somme excessive¬†?

Soyons franc, rien ne vous le garantit. Vous discutez du prix avec le conducteur avant le voyage, et vous payez de la main √† la main pendant le trajet. Encore une fois, nous rappelons sur le site que le covoiturage ne doit pas √™tre rentable, ce qui limite normalement les sommes si les usagers sont honn√™tes. Un passager peut √©galement tout simplement refuser un covoiturage si le prix est trop √©lev√©. Nous sommes persuad√©s que les gens peuvent discuter entre eux et se mettre d’accord sans probl√®me.

Nous ne pr√©voyons par ailleurs pas de d√©ployer une solution de paiement en ligne avant le trajet comme d’autres sites (qui serait toujours sans frais soit dit au passage) pour plusieurs raisons¬†: la premi√®re, c’est que cela ne fait pas partie de notre repr√©sentation du covoiturage, o√Ļ les gens se mettent d’accord entre eux et discutent en amont du voyage, et n’ont donc pas besoin de ce syst√®me. La deuxi√®me raison est que cette solution nous demanderait la mise en place d’un syst√®me tr√®s s√©curis√© (qui am√®nerait de plus √† une ambiance que nous trouvons anxiog√®ne, ph√©nom√®ne que l’on peut d√©j√† observer sur un autre site bien connu qui pr√īne une ¬ę¬†s√©curit√©¬†¬Ľ omnipr√©sente justifiant tout et n’importe quoi…), et que nous devrions alors collecter des donn√©es bancaires que nous ne voulons surtout pas poss√©der. Ce sont vos donn√©es personnelles, nous ne voulons surtout pas y avoir acc√®s¬†!

D√©j√† plus de 730 000 covoiturages, beau succ√®s¬†! √áa vous fait autant d’adh√©rents √† l’association¬†? Pour profiter des services propos√©s sur le site, il faut √™tre adh√©rent √† l’association¬†?

Eh bien non, le nombre de b√©n√©voles donnant du temps pour la plateforme est assez faible. Pour d√©poser une annonce sur le site, contacter une personne proposant un covoiturage, aucune adh√©sion √† l’association n’est n√©cessaire, les gens restent libres au maximum de faire ce qu’ils veulent, et cela ne nous a m√™me pas travers√© l’esprit de forcer les gens √† adh√©rer (m√™me gratuitement)¬†! Ils sont cependant tous les bienvenus s’ils veulent participer √† la plateforme et/ou l’association¬†!

Pas besoin d’√™tre adh√©rent donc, mais nous pensons dans le futur mettre en place des comptes sur notre site. Leur seul objectif sera de g√©rer plus facilement les annonces que l’on propose en tant que conducteurs ou celles qui nous int√©ressent en tant que passagers. La gestion des annonces pour les conducteurs se fait actuellement par mail, ce qui n’est pas optimal pour g√©rer une annonce appel√©e √† potentiellement √©voluer dans le temps, nous souhaitons am√©liorer ceci¬†!

Que se passe-t-il si un requin aux intentions lucratives clone votre site et prend une commission de 5 % ?

Il sera liquidé par un mercenaire GNU dans les 12 heures suivant la mise en ligne de son site.

Non plus s√©rieusement, il peut essayer… Puisqu’il n’aura pas acc√®s √† notre base de donn√©es, son site sera vide d’annonces. Notre plateforme est la deuxi√®me de France, nous avons une petite-(pas-si-petite)-mais-grandissante communaut√© d’utilisateurs qui postent leurs annonces et consultent notre site, ils ne migreront pas vers ce faux site. Nous en voulons pour preuve le nombre d’annonces post√©es jusqu’ici que vous citez plus haut¬†!

Avez-vous fait l’objet de d√©marchage pour faire de votre service une op√©ration commerciale¬†? Des startups sur le m√™me cr√©neau¬†?

La loi du march√© √©tant ce qu’elle est, et notre position de deuxi√®me plateforme fran√ßaise de covoiturage √©tant √©tablie, certains organismes/entreprises/start-up/que sais-je encore ont voulu nous racheter ¬ę¬†nos utilisateurs¬†¬Ľ (oui je cite les gens qui viennent vers nous). Ce √† quoi nous leurs r√©pondons gentiment et poliment que ce n’est pas notre conception de la chose, que l’argent ne nous int√©resse pas, que pour r√©cup√©rer nos utilisateurs il faudra d’abord marcher sur nos cadavres et accessoirement celui du site, ce genre de choses…

Il y a bien s√Ľr d’autres entreprises qui souhaitent concurrencer Blablacar, nous leur tendons la main si elles veulent int√©grer notre association et adh√©rer √† nos valeurs qui pr√īnent le non-profit. Notre plateforme a cet avantage par rapport √† toutes les autres d’√™tre une association avec des gens motiv√©s par des convictions, et travaillant sur ce projet sur leur temps libre. Sans vouloir nous vanter, avec le soutien de quelques donateurs, nous sommes virtuellement immortels et indestructibles¬†;) le temps joue pour nous…

Quelle continuit√© souhaitez-vous donner √† votre service communautaire¬†? L’√©largir √† d’autres pays¬†? Qu’est-ce qui serait le plus efficace pour vous faire mieux conna√ģtre et pour que chacun adopte votre d√©marche¬†?

Nous sommes totalement ouverts √† la propagation de notre mod√®le et de notre plateforme √† d’autres pays. Nous aurons cependant besoin de partager une base de donn√©es commune √† tous, cette derni√®re √©tant interrog√©e par une instance nationale pour chaque pays. Nous avons d’ailleurs d√©j√† des contacts de gens int√©ress√©s dans d’autres pays. Notre r√™ve ultime serait une grande organisation mondiale, libre, avec une √©quipe par pays. L’impact √©cologique et √©conomique pour tous pourrait √™tre consid√©rable¬†!

Si je veux participer √† vote site, √† ce commun, √† votre projet, √† votre asso… je fais comment¬†? Vous avez besoin de quelles comp√©tences¬†?

Vous pouvez consultez les propositions de la page https://covoiturage-libre.fr/missions-benevoles

Certaines façons de participer sont tout à fait simples :

  • √Čvidemment, la premi√®re chose √† faire, publier vos trajets sur notre plateforme, en parler autour de vous, et chercher les trajets que vous souhaitez r√©aliser sur le site.
  • Ensuite, dans un premier temps si vous voulez prendre contact avec nous, vous pouvez rejoindre les groupes facebook (oui je sais c’est mal, chacun ses faiblesses, et puis on va l√† o√Ļ les gens sont) ¬ę¬†Covoiturage-libre – groupe de test¬†¬Ľ et √©galement ¬ę¬†Covoiturage-libre.fr – Communication¬†¬Ľ
  • Certains d’entre vous s’y connaissent en programmation (c’est un euph√©misme), nous avons besoin de gens capable de programmer en Ruby on Rails. √Ä notre √®re connect√©e nous souhaitons √©galement d√©velopper une appli Android qui sera elle aussi diffus√©e sous licence libre, probablement GNU GPL, et sera ajout√©e √† F-Droid assez rapidement (nous avons d√©j√† une appli, qui n’est que du web encapsul√©, le code est disponible sur github, et l’appli en elle m√™me est disponible sur Google Play). Et √©ventuellement une appli iOS, si certains d’entre vous sont motiv√©s pour √ßa¬†!
  • Chose anodine, installer le moteur de recherche Lilo. Chaque recherche effectu√©e vous donne une goutte, donnez ensuite ces gouttes √† notre projet sur la page d√©di√©e et vous nous ferez des micro-dons √† chaque fois que vous nous les donnerez, on vous remercie d√©j√†¬†!
  • Nous recherchons √©galement des graphistes, des gens qui voudraient faire de la com pour nous, des gens pour nous repr√©senter √† des forums…

Le mot de la fin ?

Les bases de la plateforme pour un retour √† un vrai covoiturage qui ne profite pas √† une entreprise sont d√©j√† l√†. Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, il ne tient plus qu’√† vous de nous rejoindre et d’y participer¬†!

Dé BlaBlaCarisez le covoiturage avec Covoiturage-Libre !

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